Voici, en ce dimanche de Carême, une annonce que nous partageons volontiers sur l'Etoile de Normandie: un grand colloque oecuménique (c'est à dire rassemblant les principales confessions chrétiennes) aura lieu à Caen, le 14 avril 2018 au centre d'études théologiques de Caen. Et la Normandie dans ces affaires confessionnelles? Et bien parce que l'oecuménisme chrétien se vit en Normandie dans l'unité normande depuis un certain temps grâce à l'action de l'Association Chrétienne Oecuménique de Normandie (ACONOR), histoire d'être cohérent avec son sujet qui est celui de renouer les liens d'une unité chrétienne au-delà des différences ecclésiales et confessionnelles...

18-03-2018 21;20;05

18-03-2018 21;22;31


Commentaire de Florestan:

S'il y a bien une "fille aînée de l'Eglise", ce n'est pas la France, mais bel et bien la Normandie, dont la "duché" fut formée au Xème siècle dans le moule de l'antique Seconde lyonnaise devenue au IVeme siècle, la province ecclésiastique de Rouen. En 2004, précédant de dix ans, la réunification politique et administrative contemporaine de la Normandie, l'Eglise catholique romaine avait rétabli sa région apostolique de Rouen et relevé le titre honorifique de "Primat de Normandie" pour l'archevêque de Rouen: c'est un archevêque de Rouen qui a baptisé le chef viking Rollon pour lui permettre de rétablir la paix et l'unité de l'ancienne province ecclésiastique de Rouen et c'est un autre archevêque de Rouen qui avait baptisé le roi Olaf de Norvège. La Normandie, le pays des "Marie" fut profondément marqué par le catholicisme romain et marial: le dogme de l'Immaculée conception de la Vierge faisait l'objet de la vénération des Normands dès la fin du Moyen-âge au point que le 8 décembre était considéré comme la "fête des Normands". Au XVIIe siècle, le catholicisme normand eut ses "grandes âmes". On citera les caennais Jean Eudes ou Jean de Bernières (le fondateur du christianisme intérieur) mais aussi Jean de Brébeuf (Condé sur Vire), Antoine Daniel et Jean Delalande (Dieppe), qui sont les Normands faisant partie des huit martyrs de la nouvelle église du Canada...

La Normandie fut aussi une grande terre de réforme protestante: dès les années 1530, les idées nouvelles en matière de religion s'implantent en Normandie, une région riche et largement ouverte sur le Monde par ses ports et où le niveau d'alphabétisation était supérieur à la moyenne française. Les guerres de religion furent particulièrement dures en Normandie (1560 -1590) notamment en raison de la radicalité catholique rouennaise (la Ligue). Néanmoins, grâce au talent juridique normand, ce fut en Normandie que l'Edit de Nantes fut le mieux appliqué avec une réelle tolérance (notamment à Caen) jusqu'en 1685 et sa révocation stupide décidée par un Louis XIV pressé de soutenir un roi Stuart désireux de rétablir le catholicisme romain en Angleterre: 60000 familles normandes durent fuir dans des "refuges" proches (les îles anglo-normandes), l'Angleterre, l'Irlande, les Pays-Bas ou vers des refuges plus lointains (Afrique du Sud). C'est Louis XVI qui rétablira la "tolérance" pour les Protestants et les Juifs en 1787: de cette époque datent les temples de Luneray et de Bolbec. Après 1870 et la défaite contre la Prusse qui prit à la France, l'Alsace et la Moselle, certaines familles protestantes alsaciennes ayant opté pour la fidélité à la France se refugièrent en Normandie, notamment au Havre avec les Siegfried ou les Rufenacht. Aujourd'hui l'Eglise protestante unie de France (communion réformée et luthérienne) est présente en Normandie avec deux consistoires: l'un de Haute et l'autre de Basse Normandie, le tout rattaché à une "région" nommée "Nord-Normandie". On ne pourra que regretter le fait que les Protestants normands n'aient pas encore tenu compte du retour à l'unité normande en dépit d'un très riche patrimoine commun qui est valorisé par la société pour l'histoire du protestantisme en Normandie (SHPN) qui tiendra son assemblée générale au temple de Caen, le 7 avril 2018 à 11h00

La tradition chrétienne orthodoxe n'apparaît, bien entendu, qu'au XXème siècle en Normandie, après la Première guerre mondiale et l'arrivée massive des réfugiés russes et ukrainiens fuyant la révolution bolchévique de 1917 et surtout la terrible guerre civile qui a suivi: ces communautés orthodoxes se sont implantées dans les plus grandes villes normandes, notamment portuaires ou à proximité des grandes industries: c'est le cas, notamment, à Colombelles, près de Caen où la paroisse orthodoxe Saint Serge existe depuis les années 1920.