Au delà des mots d'ordres nationaux de mobilisation de cette journée d'action syndicale (grève et manifestations) du 22 mars 2018 liés à la réforme à venir de la SNCF, la question de l'avenir du service public à la française est une nouvelle fois posée. Et la question de l'avenir des services publics "à la française" est aussi et surtout une question... normande!

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Gestion comptable de la SNCF: la gare de Sotteville-les-Rouen est devenue le plus grand cimetière de matériel ferroviaire de France

Dans notre région la question de la fracture territoriale et sociale entre territoires urbains et territoires ruraux est lancinante et, avec elle, la question du maillage des territoires normands par les services publics sachant que nous avons la chance de disposer d'une ville de 10000 habitants tous les 30 km: ce maillage urbain régional exceptionnel en France par sa densité et par sa distribution régulière sur tous les territoires normands est le principal argument à opposer aux raboteurs de l'Etat central qui imposent depuis Bercy une conception strictement comptable de l'activité des services publics quitte à oublier que le rôle "incommensurable" des services publics permet aux autres services et aux autres activités, notamment privées, de se développer en toute sécurité.

Les Normands, dans les principales villes de la région ont, donc, été assez nombreux à se mobiliser lors de cette journée qui, semble-t-il, risque de ne pas être la dernière...

Lire Normandie actu pour connaître la mobilisation à Caen:

https://actu.fr/normandie/caen_14118/opposes-gouvernement-environ-8-000-manifestants-dans-rues-caen_16033945.html

Opposés au gouvernement : environ 8 000 manifestants dans les rues de Caen

La journée de grève du 22 mars 2018 a été bien suivie à Caen avec environ 8 000 manifestants.

Opposées aux réformes du gouvernement les fonctionnaires étaient présents en nombre jeudi 22 mars 2018 à Caen (Calvados).

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L’appel à manifester avait été lancé par l’intersyndicale de la fonction publique du Calvados.

Des fonctionnaires, mais aussi des retraités, des lycéens et quelques salariés du secteur privé hostiles à Emmanuel Macron et au gouvernement d’Edouard Philippe.
La « suppression de 120 000 fonctionnaires » ou le « non-remplacement d’un agent sur deux » faisaient partie des thèmes retenus par les manifestants.

Aide-soignante à l’EPSM (établissement public de santé mentale, ex Bon Sauveur), Isabelle stigmatisait ainsi « le manque de moyens à l’hôpital, les suppressions de poste et les fermetures de lit. Il y a de plus en plus de déambulatoire et nous ne sommes pas contre, mais cela dépouille les services d’hospitalisation. »

Les gens sont épuisés, il y a des arrêts maladie.

A l’ESPM de Caen (1 100 salariés), « 40 suppressions de postes sont annoncées. En 2017 avec l’externalisation de la blanchisserie nous avons perdu 14 postes. Du coup nous avons des soucis de logistiques. On manque de gants, de couvertures. Certains de nos patients sont restés plusieurs jours en pyjama. »

Aujourd’hui notre mouvement rejoint aussi celui national des hôpitaux en lutte.

A l’heure du bilan de la manifestation de Caen, le secrétaire départemental de la CGT, Jacques Ambroise, faisait part de « satisfaction après la manifestation des retraités jeudi 15 mars. »

Avec 8 000 manifestants il y a le double de personnes que le 10 octobre 2017. Les Français veulent des réformes, mais pas celles qui provoquent la précarité. Les salariés doivent être encore plus nombreux la prochaine fois. 

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L’intersyndicale a en effet prévu une réunion lundi 26 mars 2018. « Une nouvelle manifestation est possible d’ici quelques semaines ou une dizaine de jours », estime Jacques Ambroise.

Du côté de la Normandie orientale, lire ce compte-rendu de Paris-Normandie:

http://www.paris-normandie.fr/actualites/dieppe-le-havre-evreux-fecamp--pourquoi-ils-sont-descendus-dans-la-rue-jeudi-22-mars-OB12574846?utm_source=Utilisateurs+du+site+LA+NEWS&utm_campaign=a31f6766cb-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_233027d23b-a31f6766cb-137315997

Maintenir l’emploi pour les contractuels

Cyril Bouchereau, 45 ans, est facteur à Montivilliers depuis près d’une vingtaine d’années mais sous le régime de contractuel. Donc de droit privé.
« Le concours de facteur n’existait plus quand je suis entré à La Poste. Seuls les anciens ont le statut de fonctionnaire mais il disparaît lentement. Les rares fonctionnaires remplacés en nombre ne le sont que par des contrats signés par un Groupement d’employeurs logistique (GEL). Même s’il s’agit de CDI, ils peuvent très bien ne concerner La Poste que durant quelques années », dénonce le facteur également membre du bureau départemental de la CGT-FAPT (fédération des salariés des activités des postes et télécommunication).
Bien que déterminé, le syndicaliste n’est pas très optimiste concernant l’avenir de sa profession. « Mon métier est amené à disparaître complètement. En tant que contractuel, je ne suis pas sûr de pouvoir faire les 16-17 ans qui me reste avant d’atteindre la retraite. Peut-être serais-je licencié. On a de plus en plus recours à des intérimaires que l’on forme à la va-vite avant de les lâcher dans la nature. Et ce sont les usagers que l’on appelle clients qui en subissent les conséquences. Pour des services qui de surcroît deviennent tous payants car tout est sous-traité, part dans le privé. Autrefois, on nous traitait peut-être de fainéants mais la qualité du service était là... »

Défendre les écoles rurales

Professeure des écoles à Vittefleur, Marion a manifesté à Fécamp.
« Je suis d’accord avec les revendications avancées au niveau national », confie Marion De Menis, une professeure des écoles de 27 ans, rencontrée jeudi parmi les 200 personnes qui défilaient à Fécamp. Une jeune femme domiciliée à Bosville, qui enseigne en CP-CE1 à Vittefleur. « Le gel des salaires, ça me fait un peu peur vu que je viens de commencer dans le métier », avoue-t-elle. Ce qui l’inquiète : « Le manque d’effectifs dans l’enseignement, il n’y a pas toujours de remplaçant quand on en a besoin. » Sa crainte : « La disparition des écoles rurales. »

Journée de carence, mesures non financées

Benoît Havard est directeur d’école à Neuville-lès-Dieppe. Il n’imaginait pas ne pas descendre dans la rue jeudi, pour défendre les services publics, à commencer par l’Éducation nationale.
Drapeau sur l’épaule, Benoît Havard battait lui aussi le pavé dieppois, hier jeudi, à l’instar de plus de mille autres manifestants de tous milieux professionnels. Pour le directeur d’école, qui œuvre dans l’établissement Paul-Bert de Neuville-lès-Dieppe, il y a principalement deux griefs en ce qui concerne son métier : « D’abord la journée de carence. Cette dernière, mise en place depuis le 1er janvier dernier, est vraiment révoltante. D’autant que, depuis, on n’a jamais eu autant de malades parmi les collègues, notamment à cause de la grippe ! Ce qui prouve bien que ce n’est pas une mesure efficace. » Autre revendication : « La carte scolaire et les décisions politiques mises en place sans les moyens derrière. Un exemple frappant : les CP à douze en REP. À l’école Paul-Bert, un an après cette mesure, on a perdu notre dispositif ‘Plus de maîtres que de classes’. Le poste a été supprimé pour permettre de rouvrir une classe de CP à douze. »

Évreux : actifs et retraités côte à côte

Agent de la fonction publique hospitalière, Stéphane manifestait jeudi aux côtés de Patricia, retraitée.
« On nous a fait de promesses qui n’ont pas été tenues concernant l’évolution du point d’indice, gelé depuis trop longtemps, autrement dit de nos salaires et d’autres concernant nos possibilités d’évoluer professionnellement jusqu’à la retraite. Aucune n’a été tenue », explique Stéphane Capelle, 48 ans, agent du foyer départemental de l’Enfance à Évreux depuis 2001. « Ajoutée à la hausse de la CSG, c’est le trop-plein », explique l’agent qui n’est descendu dans la rue pour manifester que deux fois dans sa vie : « Je veux montrer mon mécontentement et, s’il faut se remettre en grève, je le referai. Ma présence ici est aussi un soutien aux autres catégories de fonctionnaires, y compris les cheminots de la SNCF. » « J’ai trois fils dont un est cheminot, explique Patricia Matelot, retraitée de 66 ans, après une carrière dans l’industrie, puis comme assistante maternelle. J’ai toujours été engagée mais aujourd’hui je suis là pour mes enfants. Comment arriveront-ils à se constituer une retraite ? » s’interroge la retraitée de Gaillon, hostile à un nouveau recul de l’âge de départ à la retraite.
  Anne-Sophie Groué