A l'occasion du grand colloque international de géographie qui vient de se tenir à Rouen sur le thème de l'identité et de la représentation des territoires, le géographe universitaire rouennais Arnaud Brennetot revient sur le cas rouennais dans un entretien accordé au site normand d'informations FILFAX: le constat est lucide sinon sévère quant au rayonnement actuel de la "Babylone normande" (Gustave Flaubert).

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https://www.filfax.com/2018/03/21/rouen-reste-manque-dattractivite/

Rouen reste en manque d’attractivité

Représenter les territoires : c’est le thème d’un colloque international qui se tient du 22 au 24 mars à Rouen. Au débat, il y a notamment la construction de l’identité métropolitaine. Un sujet délicat puisque Rouen a perdu de sa superbe ces dernières années. Explication avec Arnaud Brennetot, géographe à l’Université de Rouen et co-organisateur de l’événement.

« Rouen n’est plus une commune. Elle est en train de devenir une métropole. Cela représente un enjeu politique, économique et social ». Arnaud Brennetot, géographe à l’Université de Rouen, pose également la question de l’identité métropolitaine, un des thèmes étudiés lors du colloque international sur Représenter les territoires qui se tient du 22 au 24 mars. « Il est important de créer un sentiment d’appartenance ». Pour l’enseignant chercheur, ce n’est « pas simple » pour les élus qui doivent composer à 71, pour les habitants et les entreprises et autres acteurs qui doivent « penser un destin commun à l’échelle d’une agglomération ».

Pas simple donc d’autant que l’image de Rouen est quelque peu ternie. « Le rayonnement de l’agglomération par rapport à d’autres métropoles repose sur un passé glorieux. Au XVIe et au XVIIe siècles, Rouen était une ville cosmopolite qui brassait des populations d’origines diverses. Les activités manufacturières se sont développées très tôt. La ville est entrée dans une ère d’industrialisation avec l’essor des usines textiles, de la construction navale… Elle avait une image de modernité. D’ailleurs les peintres impressionnistes racontent très bien cette période ».

Un solde migratoire négatif

Aujourd’hui, cet héritage a fondu en raison d’un « manque d’attractivité, de visibilité ». Selon une étude de l’Insee sur la démographie normande datant de décembre 2017, le rythme de croissance de la population s’élève à seulement 0,1 % par an entre 2010 et 2015. Et ce grâce à un solde naturel de 0,5 %. En ce qui concerne le solde migratoire, il diminue de 0,3 % par an pendant ces années. L’agglomération ne séduit pas comme les métropoles de la même taille, Montpellier (+ 1,2 %) ou Rennes (+ 0,7 %).

Pour expliquer ce manque d’attractivité, il faut remonter aux années 1970.

Selon Arnaud Brennetot, « durant cette décennie, l’économie française est sortie du modèle du fordisme pour entrer dans une économie mondialisée, métamorphosée qui repose sur le développement des services. Rouen a souffert de la proximité de l’Île-de-France. L’État a privilégié la croissance de pôles de services et de recherche dans la périphérie de Paris au lieu de s’appuyer sur un réseau de grandes villes. A l’époque, on ne pensait pas que ce secteur pèserait aussi lourd dans l’activité économique. Tout cela n’a pas bien été anticipé. Cette politique a davantage bénéficié à Rennes, Montpellier et Toulouse ». Les territoires attractifs sont donc ceux qui ont mené de grands investissements.

Pas assez de soleil

Autres points noirs : le manque d’ensoleillement. « Le climat reste un élément prégnant dans le choix des ménages. Tout comme la mobilité dans la ville, les accès aux services ». A cela s’ajoute un taux de chômage toujours élevé qui dépasse les 10 % à la fin de l’année 2017. « C’est le reflet de la difficulté d’un territoire à s’orienter vers les nouvelles filières », remarque Arnaud Brennetot. Sans oublier la connexion ferroviaire qui beugue régulièrement. « Cela joue sur l’image de la ville auprès d’une population francilienne qui pourrait être attirée par une résidence en grande banlieue ».

L’agglomération rouennaise ne manque pas d’atouts. Tout d’abord sa situation géographique, entre Paris et la Manche, sur l’axe de la Seine. Dans la colonne des bons points, il y a une main d’œuvre qualifiée, un marché de l’immobilier raisonnable et une couronne forestière. De grands enjeux sont donc à relever pour « attirer des services spécialisés. Il y a de grands projets autour de la motorisation électrique ».


 

Commentaire de Florestan:

Il y a aussi la nécessité de rétablir la destination rouennaise en  matière de patrimoine, d'histoire, d'art et de culture: contrairement à Caen, le potentiel patrimonial de la ville est pris très au sérieux par la métropole de Rouen