L'Etoile de Normandie vous donne à lire l'enquête ci-dessous proposée par Christophe Hubard journaliste à Paris-Normandie. Une enquête plutôt bien faite et qui reste objective, à un détail près cependant sur lequel il nous paraît essentiel d'insister afin d'éviter tout amalgame:

Tous les régionalistes normands ne sont pas FORCEMENT d'extrême droite ou identitaires.

Cela peut être même plutôt le contraire: ces groupuscules naviguant à la droite du FN sont plutôt farouchement opposés à la régionalisation pour défendre le retour d'un état central jacobin régalien fort et autoritaire.

Plus fondamentalement, toute l'histoire politique et culturelle de la Normandie plaide pour une conception non identitaire de l'identité normande qui n'est pas la recherche d'une pureté ethno-linguistique: la quête de la pureté viking est absurde puisque le nom même de Normandie nous raconte l'histoire réussie d'une intégration. En conséquence, la curiosité intellectuelle pour la civilisation des anciens Scandinaves ou pour la civilisation médiévale anglo-normande, par exemple, n'implique pas automatiquement que l'on soit fasciné par une idéologie réactionnaire, identitaire d'extrême droite. Bien au contraire, on y trouve bien des exemples à méditer pour mener un combat culturel normand...

Car, nous aussi, nous prêtons une attention toute particulière à la question posée par Antonio Gramsci du "combat culturel" et cette question est, pour nous, trop essentielle, trop urgente, trop importante pour l'abandonner aux extrémistes idéologues de tout poil qu'ils soient d'extrême droite ou d'extrême gauche ou... islamistes salafistes.

Au nom de la tolérance, de la liberté d'expression, les grandes institutions publiques, administratives, sociales ou culturelles de notre pays fuient le champ de bataille des idées dès que le sujet devient "trop clivant": le consensus mou est donc mis à l'épreuve par tous les excités extrémistes du combat culturel, combat culturel qui peut aller jusqu'à l'usage de la violence politique, notamment avec le terrorisme islamiste. Ce combat culturel violent très minoritaire génère, en retour, des armées d'idiots utiles qui en renforcent la surface. C'est précisément contre ce phénomène que nous voudrions mener un combat culturel normand avec des valeurs normandes spécifiques que l'on pourrait résumer ainsi:

LIBERTE / PAIX / DROIT  tryptique normand aussi fondamentale qu'un autre auquel nous sommes évidemment attachés: LIBERTE / EGALITE / FRATERNITE.

Car, l'identité normande est donc essentiellement individuelle et existentialiste: il s'agit moins d'être plus Normand que tout le monde que d'être plus soi-même grâce à la Normandie.

http://www.paris-normandie.fr/actualites/politique/enquete-a-rouen-sur-generation-identitaire-AF12602453

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Enquête à Rouen sur Génération identitaire

Christophe HUBARD
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Publié 26/03/2018 22:00
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Mise à jour 10:02

L’ascension d’une figure majeure des identitaires au sein du FN est certainement moins médiatique que le changement de nom de ce parti. Pourtant, l’arrivée de Philippe Vardon, ex-membre du Bloc identitaire, au Bureau national et au Conseil national, annoncée lors du congrès à Lille, tenu les 10 et 11 mars, illustre les passerelles existant entre les deux mouvements.

Européen et régionaliste, Génération identitaire (la section jeunesse des Identitaires) est aujourd’hui le groupe le plus visible. Son plus gros coup demeure l’opération « Defend Europe », une campagne anti-migrants menée en Méditerranée, à l’été 2017, à bord du navire C-Star.

À Rouen, La Vague normande lancée en 2009 a intégré la nouvelle marque Génération identitaire à sa création en 2012. Localement, ils sont une vingtaine de membres actifs. Reconnaissables à leurs sweats jaunes, ils font parler d’eux au travers d’actions médiatiques : début mars ils s’en prennent à des associations accusées d’« encourager la venue de nouveaux clandestins » en Europe. L’hiver, une fois par semaine, ils mettent en pratique leur devise « Les nôtres avant les autres » lors d’une maraude à la rencontre des SDF du centre-ville. Qui sont-ils ? Quels sont leurs liens avec le Front national ? Nous les avons rencontrés à plusieurs occasions, depuis le mois d’octobre, pour y voir plus clair.

Double appartenance

Le groupuscule, essentiellement masculin, recrute les moins de 30 ans. Mais beaucoup n’attendent pas leurs 18 ans pour sympathiser. « Il est difficile de former les gens politiquement quand ils sont plus vieux », reconnaît Matthieu Bontant, 28 ans, responsable de Génération identitaire en Normandie, lors d’une opération collage mi-octobre. Au milieu de la petite bande prenant la direction du lycée Jeanne-d’Arc : Nina. Actuellement en première, elle s’est intéressée au groupe dès l’âge de 14 ans, attirée par leurs publications sur les réseaux sociaux. « Dans mon lycée, il y en a plein qui ont mes idées mais ils n’osent pas, affirme la jeune majeure. Moi, j’ai attendu avant de m’engager. » Elle ne vit plus chez elle. La rupture familiale est due, « en partie », à son engagement. Nina raconte vouloir « défendre l’intérêt national à l’heure de la mondialisation » et de l’« invasion culturelle ». Elle évoque pêle-mêle « l’insécurité [qui] monte » et ces « petits commerces qui n’arrivent plus à vivre de leur travail ».

« Politiquement, nous sommes des gramscistes de droite », éclaire Matthieu Bontant. Antonio Gramsci, philosophe marxiste italien du XXe siècle, a théorisé « le combat culturel ». « Notre but est de préparer le terrain à nos idées pour que les gens soient prêts. C’est la politique de l’extrême gauche depuis des années. Il nous faut exister dans la société. » Leurs idées sont centrées sur la préservation des traditions, une culture et une identité européenne qui seraient menacées par la mondialisation (avec l’américanisation des sociétés) et l’immigration.

Dans leur local, dont l’adresse est tenue secrète, en centre-ville historique, on se remémore sur un panneau d’affichage les venues, à Rouen, d’Éric Zemmour et de Philippe de Villiers. La bibliothèque regorge d’ouvrages sur l’histoire de la Normandie. Dans la pièce principale, un livre publié par Les Identitaires est placé en évidence : « 30 mesures pour une politique d’identité et de remigration ». « Le principe de remigration a été inventé par les Identitaires », rappelle Matthieu Bontant. Souvent, celui-ci désigne le retour dans leur pays d’origine des immigrés, en remontant sur plusieurs générations. À Génération identitaire, on parle d’« incitation » à quitter le pays à travers plusieurs mesures à destination de « cette population française entre guillemets qui rejette la France » : fin de la double nationalité suivie de la fin des aides sociales aux non-Français, interdiction des minarets...

Des passerelles existent avec le FN pour ceux décidant de s’engager politiquement. À commencer par... Matthieu Bontant par exemple. Ou plutôt de son vrai nom, Mathieu (un seul « t ») Balavoine. En 2015, en parallèle de ses activités identitaires, il se présente aux élections départementales dans le canton de Dieppe 2 pour le FN, en utilisant son deuxième prénom, Maurice. Membre du Front national de la jeunesse il y a une dizaine d’années, il a poussé l’engagement jusqu’aux urnes. « C’est une histoire très éphémère. J’ai lâché parce que ça ne me branchait pas. Le FN est un outil de conquête politique. L’objectif est de faire passer les idées majeures que l’on a en commun », déclare-t-il aujourd’hui. Son activité ne s’est pourtant pas arrêtée là. Parce qu’« il n’y a pas d’ennemis à droite », entre identitaires et frontistes, on se rend « des coups de main ». Il réalise ainsi des vidéos pour le groupe FN au conseil régional. « Ça l’a été mais ce n’est plus le cas, assure-t-il. J’ai des compétences là-dedans », justifie celui qui a créé sa société de « production de films ». « Je peux aider mais ça reste assez rare. » L’histoire de « deux ou trois fois »... La dernière remonterait à janvier 2017 pour filmer la galette des rois de Nicolas Bay (FN) à Rouen.

Autre exemple de double appartenance : Nicolas Goury. Son exclusion de la CGT, à la suite de son engagement sur la liste FN aux municipales d’Elbeuf en 2014, lui vaut une médiatisation nationale. Mais avant de se lancer en politique, il est membre de Génération identitaire. Et l’est encore en 2015 lors des élections départementales (toujours pour le FN). Le 9 janvier 2015, on le voit prendre part à une manifestation à Rouen contre « l’islamisation », dans une vidéo postée par Matthieu Bontant sur Youtube. Aujourd’hui, il certifie avoir tourné la page. À 32 ans, « je n’ai pas spécialement de temps à perdre dans des mouvements de jeunesse comme ça. Leur combat contre culturel pour moi, c’est assez limité. Le meilleur moyen de faire changer les choses concrètement est d’essayer d’accéder au pouvoir », explique-t-il, tout en saluant « une bonne formation politique ». Son suppléant aux élections législatives de 2017, Jean-François Bollens, élu au conseil municipal de Rouen, est également connu pour ses liens avec Génération identitaire. « Un ami plus intellectuel » pour Matthieu Bontant qui « venait plus au début de nos activités entre 2009 et 2012 ».

Interrogé à l’issue d’une conférence de presse du FN organisée à Rouen en novembre dernier, le porte-parole du parti, Julien Sanchez, réussit, malgré ces exemples, à déclarer, sans sourciller, que « la double appartenance est interdite ». Pour le secrétaire départemental, Guillaume Pennelle : « Mon objectif est de faire en sorte qu’on puisse rassembler le maximum de personnes. Qu’ils viennent de Génération identitaire ou d’ailleurs. »

Quand ils ne s’investissent pas dans le parti, les Identitaires gardent un œil sur l’évolution du FN. « La dédiabolisation est juste un changement d’attitude, pas du message. Il n’y a pas besoin », reprend le responsable du groupuscule normand, se félicitant de la direction prise. « C’est bien, ils se réorientent vers ce qu’ils devraient être. L’identité, les musulmans. » Le Front national, « ils sont hyper audibles pendant les élections, nous, c’est l’inverse », résume Mathieu Balavoine, qui chante les louanges de Jean-Marie Le Pen, sur Twitter, en l’appelant « le parrain ».

En Normandie, Génération identitaire compte également une section au Havre (une petite vingtaine de militants) et à Brionne (une dizaine).

« On n’a plus envie de se laisser faire »

Leur local L’Yggdrasil sert de bar associatif, permet l’organisation de conférences, de séances de sport... « On a développé un lifestyle identitaire. Tu n’es pas obligé de devenir une racaille ou de te convertir », expose Mathieu Balavoine, ce fils d’un « père militaire et d’une mère fonctionnaire », qui rêve de devenir professeur d’histoire. À « tous ces petits blancs qui ne savent pas à quoi s’identifier », Génération identitaire propose « du sport pour apprendre à se défendre en cas d’agression, de se cultiver, pas de drogue, sur le concept un peu du chevalier des temps modernes », enchaîne Matthieu Bontant, ne rigolant qu’à moitié. « On n’a plus envie d’être une victime, de se laisser faire. » Pour Antoine, anciennement installé à Paris, l’engagement remonte à ses 15 ans. « Quand tu te retrouves avec un couteau sous la gorge pour un portable... C’était souvent les mêmes à Paris. Ceux des quartiers que l’on appellera plus tard les zones de non-droit. Ce fut l’électrochoc », relate le militant de 26 ans arrivé à Rouen il y a deux ans et en recherche d’emploi. « Je viens d’une famille de gauche. J’ai toujours eu le social à cœur », avance-t-il.

« À un moment ça va dégénérer »

À Rouen, les relations entre Génération identitaire et l’extrême gauche sont plutôt calmes. Un nouveau groupe « Quartier Anti-Fa » a été créé. Il a commencé ses activités (collage...) en début d’année. « Il n’y a pas un côté agressif de leur côté », reconnaît Arnaud Benoist, militant de longue date à Ras l’Front. « Ils essaient de faire comme dans les grandes villes mais Rouen ce n’est pas Lyon. »
Au sein de l’extrême droite locale, Génération identitaire est un maillon influant dans une constellation de mouvements. « Il y a deux ans, ils avaient participé à un cortège, lors des fêtes Jeanne d’Arc, avec le Parti nationaliste français. Eux, ce sont de vrais dangereux. Le groupe le plus important ce sont les Veilleurs, des catholiques tradis. Ce sont eux qui ont fait venir Zemmour et De Villiers. À un moment, ils étaient jusqu’à 300 à prier contre le mariage pour tous. »
À une échelle plus large, « il y a autant de violences qu’avant. La violence vient des groupuscules. Ma vraie crainte c’est qu’à force de légitimer un discours de haine, ça légitime le passage à l’acte d’un déséquilibré. À un moment ça va dégénérer. C’est pour ça qu’on a relancé Ras’ l’Front en 2010 à la suite du mouvement Fac libre. » Dimanche, militants antifascistes et identitaires de la Ligue du Midi se jetaient des projectiles, à Montpellier, deux jours après l’intervention d’hommes encagoulés dans la fac de droit...

« Les identitaires ont identifié deux types de peur »

Cyril Crespin, chargé de cours à l’université de Caen, est l’auteur d’une thèse sur « Le FN en Normandie : (1972-2012) ».
Quel est le poids réel de Génération identitaire au sein du FN ?
Cyril Crepin : « Il y a évidemment des liens souterrains. Quand on creuse dans le FN, il y a probablement des gens qui partagent les idées de Génération identitaire. Leur but est d’être un poisson-pilote pour aiguiller le FN vers ces idées-là. Toute la question est de savoir à quel point ils ont l’oreille des dirigeants... »
La nomination de Philippe Vardon est tout de même un indicateur...
« En effet, Marine Le Pen envoie des signaux à l’intérieur du parti. Car deux dangers la menacent : elle-même avec son image issue de la présidentielle et du débat de l’entre-deux-tours et la concurrence à sa droite avec Marion Maréchal-Le Pen. Pour Marine Le Pen, l’idée est donc de rassembler au-delà, avec des gens qui ont pu commencer à dire qu’il faudrait Marion pour 2022. »
Les membres de Génération identitaire répètent qu’ils sont en train de gagner le combat des idées. En 2015, Marine Le Pen confiait : « Notre victoire idéologique doit se transformer en victoire politique. » Qu’en est-il selon vous ?
« Cela renvoie à la question complexe du vote d’adhésion et du vote de contestation. Aujourd’hui, une partie non négligeable adhère aux idées. Mais la dernière présidentielle semble montrer que ça reste un vote de premier tour. Oui, Marine Le Pen a cumulé 33 % au second tour, mais le premier a été laborieux. Toute la question qui se pose aujourd’hui est : comment construire une nouvelle alliance à droite à l’image de ce qui s’est fait en Italie ? C’est la stratégie de Dupont-Aignan. »
De même que le combat des identitaires, cette question dépasse la France ?
« C’est un mouvement beaucoup plus large, à l’échelle européenne. [Le politologue et politicien] Dominique Reynié a très bien compris ce phénomène. Les identitaires sont en phase [avec les attentes d’une partie des populations] car ils ont identifié deux types de peur : celle matérielle, avec la crainte d’un déclassement, liée au chômage, et celle liée à l’immigration, avec la théorie par exemple du grand remplacement. Dominique Reynié parle de populisme patrimonial. Et le discours du FN s’est adapté à ça dans les années 2000. »
Sans se revendiquer comme un mouvement religieux, Génération identitaire prêche pour la reconnaissance des racines chrétiennes de l’Europe. Quelle est la position du FN sur ces questions ?
« À vrai dire, les catholiques pratiquants votent moins pour le Front national que d’autres groupes. D’ailleurs, le combat de Marine Le Pen, c’est la laïcité. Cela permet d’attaquer une religion, l’islam, sans se revendiquer du catholicisme. »
Tous les membres de Génération identitaire ne viennent pas de milieux défavorisés, loin de là...
« La question sociologique, c’est une erreur de la gauche. L’idée que ce serait forcément des gens de milieux défavorisés et donc sans culture politique est fausse. C’est totalement le contraire ! Pour le FN, on a des exemples en Normandie avec la présence de cadres et de professions libérales. »
Selon vous, d’où Génération identitaire tire-t-il son succès ?

« Ils existent par la communication. Et ça fait la différence à l’heure d’une démocratie du net. Leur influence sur les réseaux sociaux est intéressante. Ils recherchent un poids politique au premier sens du terme, au sens des idées. Leurs actions sont plutôt légales mais leurs idées sont assumées.