Rappelons à tous les petits et grands qu'on ne fête pas le dimanche de Pâques pour faire une chasse aux oeufs mais que c'est plutôt l'inverse... On n'en dira pas plus sur la chasse aux oeufs qui devient de plus en plus un rituel de substitution à un autre: celui de la principale fête religieuse du christianisme. Ce dimanche de Pâques nous donne l'occasion de vous présenter quelques traditions normandes dont certaines sont toujours vivantes:

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La chasse aux oeufs justement! dérive d'une ancienne tradition pascale notamment pratiquée en Normandie: la cueillette des oeufs "pâquerets" posés dans l'herbe nouvelle des prés au milieu des... pâquerettes:

Traditions de Pâques en Normandie

http://www.histoirenormande.fr/tradition-paques-normandie

C’était une tradition fort ancienne et encore bien vivante il y a un siècle, quand le journaliste Georges Dubosc écrivait : « Les oeufs de Pâques, les oeufs « pâquerets», comme on dit encore en Normandie, inauguraient l’année naissante, qui commençait à Pâques avec le retour du beau temps et des fleurs. Il en fut ainsi jusque sous Charles IX, jusqu’en 1565, où le premier jour de l’an fut déplacé et reporté au 1er janvier. Mais, comme les bonnes habitudes ne se perdent jamais, l’usage de se faire d’agréables cadeaux ne se perdit pas et on continua à s’entre-donner des oeufs de Pâques ».

"La mariée, un dimanche de Pâques", par George Hitchcock - 1904

Pendant tout le Moyen-Âge on avait connu la Procession des oeufs, pendant laquelle « clercs, et gens de loi se réunissaient, avec sonnettes et tambours, lances et bâtons. Le cortège s’arrêtait à l’église pour chanter les Laudes, puis allait de porte en porte quêter les oeufs ». Au XIXe siècle, la cueillette des oeufs « pâquerets » était accompagnée d’une de ces chansons de quête naïves et simples, comme celles du Jour de l’An ou des Rois. En Normandie, les chansons étaient plutôt drôles et l’historien Pluquet raconte qu’à Bayeux « de lamentables chanteurs, accompagnés de violons discordants, chantent la Passion et la Résurrection aux portes des maisons pendant la Semaine sainte. Ils entremêlent souvent leurs pieux cantiques de couplets goguenards, reçoivent de l’argent et des oeufs, et vont passer la nuit au cabaret ». « Cet usage est fort ancien, et la révolution n’a pu le détruire », remarque Pluquet, un peu grincheux... On quêtait encore les oeufs de Pâques en Normandie au tournant du XXe siècle. « De porte en porte, raconte Georges Dubosc, ils font leur cueillette traditionnelle, et tous, depuis la fermière, habituée à cette demande annuelle, jusqu’au plus pauvre, placent les douzaines d’oeufs dans le panier des petits quêteurs. Parfois même, ils reçoivent un poulet ou des fruits. Le vieux sacristain, lui, distribue de grandes hosties blanches, du « pain à chanter » qu’on gardera précieusement. Quand la tournée sera terminée, les petits « cueilleux » se partageront la récolte».


 Commentaire de Florestan:

Cette année le dimanche de Pâques tombe un 1er avril et ses blagues puisqu'il s'agissait de l'ancien début de l'année civile jusqu'en 1565. Le poisson du 1er avril  vient de la référence au Christ "fils de Dieu sauveur" qui donne en acrostyche grec le mot "ICTHUS" qui signifie poisson puisque la date du 1er avril tombait toujours en période de Carême, période de 40 jours avant la fête de Pâques durant laquelle il fallait manger "maigre" en souvenir de l'errance dans le désert du peuple juif libéré de la servitude d'Egypte... A moins de payer la taxe pour le droit dérogatoire de consommer du beurre en temps de Carême, taxe dont le produit aurait permis d'élever la célèbre tour dite de "Beurre" sur le flanc Sud de la cathédrale de Rouen. Mais il se peut aussi que la tour de la cathédrale de Rouen fut nommée ainsi en raison de la couleur jaune de la pierre de Saint Maximin venant du Valois et dont la couleur tranche avec le reste de l'édificie élevé dans une pierre locale plus blanche, la pierre de Caumont.

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Autre tradition pascale normande toujours vivace celle-là:

Celle qui consiste à déposer sur les tombes du cimetière le jour du dimanche de Pâques une branche de buis aspergée d'eau bénite le jour du dimanche des Rameaux pour signifier la foi dans le possible triomphe de la Vie sur la Mort...

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Autrefois, en Normandie on croyait que le buis bénit le jour des Rameaux préservait la maison de la foudre et des mauvais esprits ou du mauvais sort et si l'on pouvait s'emparer de la branche de buis que le curé avait attachée à la croix, on pouvait faire du beurre tant que l'on veut. Aujourd'hui encore, dans nos villages normands, on voit, le jour des Rameaux à la sortie de l'église, de grandes distributions de rameaux de buis bien vert qui sècheront au dessus des portes l'année durant.

Enfin, parmi les antiennes et hymnes latines autrefois chantées dans les églises catholiques pour la fête de Pâques il y en avait une qui était très en faveur dans les diocèses de la province ecclésiastique de Rouen:

L'hymne "O Filii et Filiae" créée par le frère franciscain Jean Tisserand en 1494 un célèbre prédicateur qui n'était pas Normand mais Bourguignon...

https://fr.wikipedia.org/wiki/O_filii_et_filiae

 

O_filii_et_filiae