Damien Adam se trouve être le député "marchiste" de la 1ère circonscription de la Seine-Maritime, "et en même temps" le rapporteur zélé du projet gouvernemental de réforme de la SNCF qui est à l'origine du mouvement de grève massif des cheminots... Il nous proposait dans l'édition de ce 3 avril 2018 du quotidien normand "Paris Normandie" un vibrant plaidoyer de la réforme qui ne convaincra que les imbéciles: le vrai sujet ce n'est pas le statut des cheminots c'est la prise en charge d'une dette de près de 50 milliards par un Etat qui n'en veut pas de peur d'exploser les "critères de Lisbonne" de stabilité budgétaire. Le vrai sujet c'est d'investir autrement dans le ferroviaire que dans le seul TGV.

L'ouverture à la concurrence, nous dit-on, permettrait une amélioration d'un service enfin plus adapté aux besoins réels des territoires en permettant la régionalisation complète de la gestion des lignes Intercités et des TER: ce point est essentiel pour la Normandie qui s'est déjà engagée dans cette voie pour nous obtenir une amélioration du service ferroviaire dès 2020...

Sauf qu'on apprend que l'Etat refuse de verser 800 millions d'euros aux Régions pour qu'elles assurent l'entretien du réseau ferré dont elles ont la charge:

https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-04-avril-2018

Le problème est que ce député élu d'une circonscription normande fait allusion à la catastrophe ferroviaire normande sans nous esquisser la moindre solution: est-il capable d'imaginer que la Normandie pourrait constituer un nouveau modèle ferroviaire, celui de la grande vitesse de proximité pour desservir un réseau régional de villes si le projet de LNPN était repensé à cette aune?

En attendant que les "marchistes" prennent le train de la Normandie, ils marchent ou on les fait marcher...

 

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Commentaire de Florestan:

Libérer la SNCF d'une dette dont les cheminots ne sont pas responsables semble être la SEULE solution. Voir cette analyse pertinente proposée par Les Echos:

https://www.lesechos.fr/19/05/2017/LesEchos/22449-077-ECH_sncf---le-traitement-de-la-dette-ne-peut-attendre.htm

La dette de l'établissement public chargé des infrastructures ne cesse d'enfler. La requalification en dette d'Etat se profile.

Le nouveau gouvernement hérite d'un dossier à hauts risques que le précédent exécutif s'est bien gardé de traiter : la situation financière intenable du système ferroviaire français. Celui-ci est structurellement déficitaire - ce qui conduit SNCF Réseau, le gestionnaire des infrastructures, à augmenter son endettement de 1,5 à 3 milliards d'euros chaque année - et la réforme ferroviaire de 2014 n'a pas apporté les réponses attendues.

La dette de SNCF Réseau dépasse désormais les 40 milliards d'euros. Elle devrait même atteindre 63 milliards en 2026, si l'on en croit le contrat de performance pluriannuel signé récemment avec l'Etat. Mais ce scénario, pourtant alarmant, a été jugé « irréaliste » par l'autorité de régulation du ferroviaire... car trop optimiste, notamment sur les hypothèses de recettes. La poursuite de l'endettement de SNCF Réseau aura pour conséquence, tôt ou tard, de requalifier tout ou partie de cette dette en dette d'Etat, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Le précédent gouvernement s'est évertué à écarter cette éventualité à court terme, afin d'en éviter les conséquences très négatives sur les indicateurs budgétaires scrutés par Bruxelles. Mais ce scénario est inéluctable de l'avis de plusieurs experts du secteur, et le nouveau gouvernement n'aura sans doute pas la possibilité de, lui aussi, jouer la montre.

Rouvrir le dossier social

 Emmanuel Macron semble prêt à s'atteler au sujet : « Il faut, d'une part, traiter la dette de la SNCF, en examinant les solutions à l'aune de leur impact progressif sur les finances publiques, avait-il indiqué dans un questionnaire soumis par TDIE, un think tank spécialisé sur les questions de transport. Il faut, d'autre part, que la SNCF gagne en performance, ce qui passe par la poursuite des efforts de productivité et par une évolution des règles d'emploi des cheminots... » Ce dernier point supposerait de rouvrir l'épineux dossier du cadre social du ferroviaire, sur lequel le gouvernement avait cédé en juin 2016, après des grèves à répétition, sur la quasi-totalité des revendications des syndicats.


Et le sujet est tellement sensible que le gouvernement s'en prend à la... LIBERTE DE LA PRESSE !

https://www.marianne.net/medias/les-echos-ont-supprime-une-interview-d-elisabeth-borne-sur-la-sncf-demesurement-reecrite-par

Face à un caviardage trop important, le quotidien économique raconte avoir passé à la trappe un entretien avec la ministre des Transports au sujet de la SNCF, quinze jours plus tôt. Une pratique excessive de la relecture par le gouvernement de plus en plus dénoncée par les médias.

Control freak, Matignon ? La réforme de la SNCF est un sujet tellement inflammable - et d'ailleurs déjà enflammé - que les services du Premier ministre sont largement repassés derrière une interview de la ministre pourtant la mieux placée en la matière : Elisabeth Borne, en charge des transports au sein du gouvernement et ancienne directrice de la stratégie de la SNCF. C'était le 13 mars, Les Echos avaient prévu de publier cet entretien avec la ministre au coeur du dispositif. Deux jours plus tard, les syndicats allaient annoncer leur "grève perlée" étalée sur trois mois. Seulement le quotidien économique n'a jamais publié l'interview, nous raconte-t-il au détour d'un long papier ce 2 avril... car elle avait été trop caviardée.

"A Matignon, la volonté de contrôle sur cette ministre 'technique' peut être vexatoire, peut-on lire. Une interview, pourtant prudente, de cette dernière a été tellement réécrite par les services du Premier ministre que les Echos refusent de la publier le 13 mars."

Abus récurrents de caviardage

Une volonté de contrôle absolu de la communication sur un sujet sensible, et ce donc malgré la "prudence" de la ministre durant l'entretien. Cet abus de caviardage a déjà été récemment critiqué par La Voix du Nord qui a annoncé en conséquence ne plus accepter ces conditions de la part des politiques, au point de refuser toute relecture. Le rédacteur en chef Patrick Jankielewicz déplorait dans ses colonnes : "Si certains interviewés jouent le jeu en corrigeant à la marge des aspects techniques, la relecture est devenue un exercice de réécriture pour la plupart. Dernièrement, on nous a renvoyé un texte totalement 'caviardé', coupant des réponses qui avaient été faites et ajoutant des questions qui n'avaient pas été posées !"

A Marianne, comme a pu l'expliquer ici Renaud Dély, directeur de la rédaction, nous considérons également que les éventuelles corrections ne peuvent être que minimales, rarissimes et de pure forme : "Nous faisons relire aux politiques les entretiens que [les politiques] nous accordent mais nous refusons d’intégrer leurs éventuelles corrections dès lors que celles-ci nous semblent injustifiées et/ou trop nombreuses."

Face à ce caviardage démesuré, les Echos ont choisi de passer tout simplement l'entretien à la trappe. Le 13 mars, c'est finalement la parole de Manuel Valls qui a été mise à l'honneur dans le journal. Il déclarait alors, à propos des réformes : "Il faut éviter la brutalité, je parle d'expérience". De quoi faire peut-être réfléchir Matignon lors de ses prochaines furieuses envies de coupes...


 

Commentaire de Florestan:

L'Etoile de Normandie ne pratique pas le caviardage mais le commentaire marginal libre à la mode civique et normande...