Le 10 avril 2018, nos amis de la FALE, la fédération des associations culturelles qui font la promotion de la langue normande étaient enfin reçus au plus haut niveau de la hiérarchie du conseil régional pour que la défense et la valorisation du patrimoine linguistique spécifiquement normand fassent l'objet d'une politique publique régionale à l'instar de ce qui est pratiqué depuis longtemps dans les régions voisines de la Normandie comme, par exemple, la Bretagne pour le breton, bien sûr, mais aussi pour le gallo ou encore, la région des "Hauts-de-France" pour le picard ou pour le flamand...

Alors que la Normandie est dotée d'un patrimoine linguistique très riche qui a joué dans l'histoire de la langue française et anglaise un rôle essentiel, alors que nous avons avec la langue normande l'une des langues régionales françaises les plus littéraires qui existe encore, il est navrant d'avoir à constater que ce patrimoine immatériel spécifiquement normand ait encore à subir des préjugés idéologiques quasi racistes qui peuvent être troublants lorsqu'ils sont proférés par de soi-disant beaux esprits si prompts à la curiosité intellectuelle pour le "folklore" des autres...

Néanmoins, on se réjouit que l'actuelle majorité régionale normande ait enfin compris tous les enjeux de promouvoir la spécificité linguistique normande car la région Normandie est une vraie région et non pas seulement un périmètre géographique de l'action publique d'une République française dont la culture jacobine et centralisée empêche de bien comprendre les réalités régionales...

Ci-après, vous pourrez lire le compte rendu de cette rencontre importante au conseil régional de Normandie proposé par la FALE:

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Fédération des Associations pour la Langue normandE,

Rémi Pézeril et Pascal Grange, le 10 avril 2018 à Caen, Conseil régional,

Compte-rendu de la réunion avec Anne Mounolou, secrétaire de cabinet du président Hervé Morin, par Rémi Pézeril.

Accueil chaleureux et discussion pendant environ 1 h 30. Le rapport sur la langue normande fait par Nicolas Abraham, Jean-Philippe Joly et des membres de la FALE ayant été lu attentivement par Anne Mounolou, nous lui avons présenté un résumé sur une page avec 7 priorités. Elle a parlé plus que nous avec un certain enthousiasme (juste tempéré par sa fonction), nous conseillant sur la méthode pour progresser… (en gras, citations d’après nos notes rapides, elle a noté aussi ce que nous disions) :

La priorité 1 est essentielle : il nous faut donc nous-mêmes analyser « avec précision, concrètement, ce que font les Conseils Régionaux pas seulement sur les territoires des langues d’oïl » : langue basque, alsacien (« Que continue à faire le CR de la Région Grand-Est en faveur de l’alsacien aujourd’hui ? »). Pour construire une réflexion, avoir des faits précis incontestables face à des opposants éventuels : quels types d’actions sont menées, soutien à des associations, autres formes juridiques ? Comparer des évolutions.

Hervé Morin est Président de l’association des régions de France : quelle place pour les langues localement, au niveau national, européen ? »

Il nous faut donc chercher le plus d’informations « sur les sites officiels des Régions (l’onglet langue, le sous-onglet…, cela demande du temps, téléphoner pour obtenir des documents… Avoir des infos par les associations des autres régions. (DPLO peut nous aider…).

Prendre un nouveau rendez-vous lorsque nous aurons tout cela dans un premier temps, aller par étapes, ce sera long. »

2) « Quelques infos sur le normand sur le site du CR Normandie, choses simples, acceptables par tous : cela doit être possible, avec renvois vers vos sites ».

3) Les arguments de base doivent rassembler : « Lutter contre la disparition, remettre doucement dans le circuit collectif en accessibilité des choses simples, expressions (Pascal lui a remis le livre de Gilles Mauger, expressions de ma grand-mère, elle s’est renseignée sur l’éditeur : le Pucheux, a noté la diffusion par l’OREP). Oui les caunchounettes, les livres pour enfants qui ont une faculté d’apprendre, de reproduire sons et mots. Faciliter la diffusion, notion de plaisir, côté ludique : si les petits chantent à tue-tête, c’est bon »

Elle est étonnée que notre rapport soit sur la défensive (patois : le sens a évolué, elle vient du Sud-Ouest). On a un parler du territoire, des expressions qui traduisent ce qu’est la Normandie. Donc faciliter l’usage, ludique, courant, travailler sur cette diffusion en plus grand nombre, réinvestir le champ du courant et non ce qui est trop pointu car peu de gens peuvent le lire, poèmes… ».

4) Elle a pris note des pages en normand sur le site de l’O.T. Val-de-Risle. Pascal a montré sa maquette CHAINT-PHILBÉ-SUS-RîLE. « Le C.R. peut difficilement intervenir près des communes et des départements jaloux de leurs domaines de compétence. »

5) « Le travail du C.R. avec l’Éducation Nationale est très compliqué ».

6) étonnée que 2 albums d’Astérix, de Tintin et Le petit Prince soient traduits : important de l’éditer. (Je vais me recoller à cette possibilité… !).

7) elle a demandé à avoir les 3 CD et 5 livres que j’avais dans ma carte (mon cartable) !

Elle a noté les journaux qui ont des textes en normand, nous lui avons remis deux exemplaires (L’Eveil de Pont-Audemé et La Presse de la Manche) qu’elle a lu en partie avec intérêt.

J’ai évoqué la comédie musicale des Ouées de Pirou, donné le livret du CD.

Je pense que nous avons pu construire une relation de confiance permettant d’avancer, lentement, trop lentement, mais que faire d’autre ?

R. P.

 


Ci-après, la note de synthèse transmise par la FALE:

Fédération des Associations pour la Langue normandE,

Rémi Pézeril et Pascal Grange, le 10 avril 2018 à Caen, Conseil régional,

à M. Hervé Morin, Président de la Région Normandie

Voici une proposition de "feuille de route" pour bâtir une politique linguistique en faveur du normand (et ses parlers), établir des priorités (à court, à moyen et à long terme) en instaurant des rendez-vous réguliers pour faire le point. 

Les priorités gratuites ou peu coûteuses :

1. reconnaître officiellement par le Conseil régional la langue normande comme langue de Normandie, au même titre que le français ; ce serait une déclaration forte et symbolique de soutien à la langue régionale, cela légitime le normand au niveau des instances régionales. Observer l’action des autres régions depuis plusieurs années : le picard en Picardie en 1993, le gallo et le breton en Bretagne en 2004, le basque avec la création d'un Office public de langue basque en 2004, l'occitan avec la création d'un Office public de la langue occitane en 2015,... Voir aussi l’Office du jersiais et à Guernesey.

2. rendre visible le normand au sein de l'administration régionale (Conseil régional), avec quelques mots ou phrases en normand sur le site internet du Conseil régional, une signalétique bilingue dans les locaux, des cartes de visites bilingues,..., ce serait une prise en compte du normand dans la communication de la région, cela en ferait une langue du quotidien aussi dans les Offices de Tourisme. 

Les priorités plus coûteuses :

3. désigner un élu délégué à la langue normande et recruter un chargé de mission au normand. Cela permettrait d'avoir un interlocuteur privilégié pour les associations du normand et d'assurer sa reconnaissance, encourager l'initiation et favoriser son expression. À terme, c'est demander la mise en place d'un office de la langue normande....

4. revitaliser et promouvoir l'usage du normand avec une méthode d'apprentissage (15 minutes/ jour ou 1 heure/semaine dans le primaire et le secondaire, collèges et lycées). C'est autorisé pour les langues d’oïl dans le cadre de dispositif de l'Éducation Nationale "sensibilisation aux langues et cultures régionales". Cela permettrait de donner la priorité à la transmission aux enfants (augmentation et rajeunissement des locuteurs). Soutenir une enquête (de vocabulaire…) inter-générationnelle dans les écoles.

5. soutenir l'affichage bilingue : français/normand (panneaux de noms de communes, noms de rues) et la signalétique bilingue (commerces, aéroports, gares,...). C'est rendre visible le normand dans la sphère publique, c'est donner une reconnaissance sur l'ensemble du territoire régional.

6. soutenir la création de ressources pédagogiques (sites internet, méthodes d'apprentissage, imagiers, abécédaires, livres de contes et comptines,...) et l’édition (littérature et chansons).

7. aider financièrement à la prise en charge d'intervenants extérieurs dans les écoles, les collèges, les lycées. Merci de votre attention à cette problématique !


Voir aussi:

http://www.paris-normandie.fr/actualites/la-langue-normande-a-t-elle-un-avenir-LL5850739

 

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