Il fallait oser transposer au cinéma, en noir et blanc qui plus est, le cliché le plus éculé du roman d'apprentissage français qui nous raconte comment la jeunesse provinciale se fait dégrossir à Paris à grand coups de pied dans le cul ou dans le coeur...

C'est un genre littéraire qui eut déjà ses lettres de noblesse dès le XVIIIe siècle: que l'on se souvienne des aventures du "paysan perverti" de Restif de la Bretonne ou du "tableau de Paris" de Louis-Sébastien Mercier avec ce vieux thème moral en filigrane:

La grande ville rend libre autant qu'elle corrompt, alors que les "Arcadie" provinciales conserveraient l'authenticité et l'identité des valeurs morales individuelles dans le cadre rigide des traditions familiales et des collectivités locales. On connait la conséquence: un coeur jeune et libre ne supporte plus le carcan immémorial du village et s'enfuit à Paris dans la première diligence venue...

Arrivé à Paris, on connait les figures imposées du genre qui s'imposent cruellement à tout coeur pur provincial: l'ambition naïve finit fracassée sur le pavé parisien comme la lune dans le caniveau; les compromis deviennent des compromissions; la lutte pour sauvegarder son intégrité morale et intellectuelle contre le cynisme devient impossible pour tenter, en vain, de réussir socialement sans tricher au sein d'une concurrence exacerbée entre tous ces jeunes premiers ou ces jeunes premières tombés du train en provenance de la province...

Comment éviter la "promotion canapé" quand on est un jeune homme ou une jeune fille resplendissant de la beauté et d'un talent à leur printemps? Mais aussi: la rencontre avec un grand maître à l'université ou à la terrasse d'un café qui sortira la larve de sa chrysalide provinciale pour en faire le plus splendide des papillons parisiens même si, on le sait, les plus beaux papillons ne durent qu'une saison, surtout à Paris...

Voici donc un film "Normandie- Paris" de plus sachant que faire l'inverse reste plus difficile et risqué car il faudrait faire un film "Paris-Normandie" qui puisse éviter le mépris sinon le racisme social du Parisien pour la Province, chose extrêmement difficile à faire car les "Parisiens", comme on dit, sont des Provinciaux qui ne veulent surtout plus se souvenir qu' ils le furent...

Néanmoins, on constate que la pompe aspirante et refoulante des talents éclos en province qui s'en vont mourir à Paris en croyant pouvoir s'y épanouir marche de moins en moins bien: depuis quelques années, en effet, les départs des "Parisiens" vers leurs provinces natales équivalent les exils provinciaux vers la Capitale pour la bonne et simple raison que tout le monde ne peut pas profiter d'un café en terrasse à près de 5 euros ou de vivre dans 10 m² en déboursant près de 1000 euros par mois!

Pour de nombreuses raisons parfois parfaitement justifiées, Paris ne fait plus rêver...

Aussi, pour renouveler le genre du roman d'apprentissage français par le truchement du cinéma, nous suggérons que l'on puisse filmer avec objectivité, exactitude sinon bienveillance, le retour d'un ex Parisien dans son bocage natal...

Bref, la décolonisation mentale de l'empire parisien qu règne dans nos têtes n'est toujours pas à l'ordre du jour!


 

http://www.paris-normandie.fr/loisirs/dans-mes-provinciales-le-choc-de-monter-a-paris-GC12763555?utm_source=Utilisateurs+du+site+LA+NEWS&utm_campaign=08a1a8eedb-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_233027d23b-08a1a8eedb-137315997

Dans « Mes provinciales », le choc de « monter à Paris »

image_content_23499367_20180414203839

Cinéma. Étienne, jeune provincial établi à Parispour étudier le cinémaest le héros du nouveau film de Jean-Paul Civeyrac,« Mes provinciales ».

Dans « Mes provinciales », en salles mercredi, le personnage principal pourrait bien passer pour Lucien de Rubempré dans les « Illusions perdues », le roman d’apprentissage de Balzac.

Le réalisateur de « Des filles en noir » (2010) et « Mon amie Victoria » (2014) a choisi de tourner en noir et blanc, clin d’œil à la Nouvelle vague qui donne au film un caractère intemporel et poétique.

Dans le roman de Balzac, le héros monte à Paris pour devenir écrivain mais se lance dans le journalisme face aux difficultés.

Dans le film de Jean-Paul Civeyrac, Étienne (Andranic Manet) quitte Lyon, ses parents et sa petite amie pour se lancer dans le 7e Art dans la capitale. Mais n’échappera pas aux désillusions juvéniles.

« La première phrase qu’Étienne dit en arrivant, c’est ‘ce ne sont pas les images qui m’intéressent, c’est le cinéma’. Mais il finit par travailler pour une boîte de télévision », explique Andranic Manet, 21 ans, encore inconnu du grand public, dont il s’agit du troisième film.

« Il y a ce qu’on projette quand on est en province ou en banlieue, et puis il y a la confrontation réelle avec le métier », ajoute le jeune acteur, lui-même venu de banlieue il y a trois ans pour une formation théâtre au Cours Florent et cinéma à la Femis.

Présenté en février dans la sélection parallèle Panorama de la Berlinale, le film de plus de deux heures marque l’entrée en scène d’une nouvelle jeune génération d’acteurs. Avec pour titre anglais « A Paris Éducation » pour sa version internationale, c’est donc un film aux allures de roman d’apprentissage que propose Jean-Paul Civeyrac, résonnant avec des classiques du roman d’apprentissage comme « L’Education sentimentale » de Flaubert ou le « Père Goriot » de Balzac. « Seul en province, on se sent doué, invincible, mais arrivé à Paris (...) on quitte le rêve flou de ce que l’on croyait être capable de faire. C’est brutal, douloureux », estime le réalisateur de 53 ans, cité dans le dossier de presse.

Vision idéaliste du métier

Pourquoi « Mes provinciales » ? Le film évoque à plusieurs reprises l’œuvre de Blaise Pascal, « Les provinciales », où le philosophe français du 17e siècle dénonce l’imposture des jésuites et plus généralement les actes qui ne sont pas en conformité avec les paroles. « Peu à peu, Étienne apprend à ne pas se mentir à lui-même, à ne pas s’illusionner sur ses propres capacités, artistiques et sentimentales », affirme le réalisateur. Armé de sa vision idéaliste du métier de cinéaste, Étienne intègre au début du film l’Université Paris VIII pour faire un master et se lie immédiatement avec l’affable Jean-Noël (Gonzague Van Bervesseles) et Mathias (Corentin Fila), charismatique mais plutôt grande gueule.

Mes provinciales, avec Andranic Manet, Gonzague Van Bervesseles, Corentin Fila. Sortie le 18 avril. Durée : 2 h 17.


 

Commentaire de Florestan:

Avouons ici que nous aimons tout particulièrement le voyage Province/ Paris réalisé en 1793 par Charlotte Corday: Cette jeune et belle normande à l'intelligence vive ne monta à Paris qu'une seule fois dans sa vie. Et pour cause, ce fut pour y mourir en martyre d'une Province qui ne supportait plus les délires politiques d'un Parisien.