Les dernières éditions disponibles de la Chronique de Normandie éditée par Bertrand Tierce (16 avril 2018  n°533) et de la Lettre EcoNormandie (13 avril 2018 n°1573) nous permettent de revenir à l'essentiel sur la question régionale normande qui est de savoir si, oui ou non, on va commencer à prendre au sérieux l'idée régionale dans notre beau pays républicain, jacobin parisiano-centré...

Avant de commencer, signalons la tenue d'une soirée de conférences consacrée à Charlotte CORDAY qui aura lieu à Caen, à la bibliothèque Alexis de Tocqueville ce mercredi 18 avril 2018... 

Ce sera l'occasion d'entendre Michel Onfray qui y présentera son dernier texte: "le syllogisme jacobin".

http://bibliotheques.caenlamer.fr/Default/doc/AGENDA/1781

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Manifestement, Hervé Morin est devenu l'empêcheur NUMERO 1 de "jacobiner" en rond dans un hôtel parisien...

A lire, donc, l'éditorial qui suit, signé Bertrand Tierce extrait de la Chronique de Normandie:

L’anti-étatisme d’Hervé Morin. (sic!)

À chaque fois qu’il s’exprime, Hervé Morin dénonce désormais - systématiquement - les insuffisances de l’état qui, comme il le disait le 2 septembre
dernier à Epreville en Lieuvin, est “usé jusqu’à la corde et promet sans jamais tenir ses promesses”. Il avait aussi ajouté : “quand l’état tourne la clé de contact, le moteur reste à l’arrêt, la batterie est vide ; le président d’une collectivité, lui, sai le démarrer.”

- Ce discours anti-état n’est pas une nouveauté. Il l’utilisait déjà en 2015, lors de la campagne des Régionales, quand il invitait les Normands à devenir des “bonnets rouges” pour s’opposer à Paris. Dans ses meetings, l’effet était garanti ; applaudissements et vivats, c’est l’avantage des discours d’estrade.
- Devenu président, Hervé Morin continue sur la même ligne, de façon plus policée, la référence aux bonnets rouges a disparu, mais le fond reste le même : l’état est le problème et la Région la solution.

- C’est ce qu’il répète quand il parle d’apprentissage, d’emploi, de ports, de trains ou de quartiers ; c’est ce qu’il explique quand il revendique davantage de compétences et d’autonomie pour sa collectivité afin de compenser les impuissances de l’état. “Avec moi, tout est possible”, dit-il en substance, en rappelant que la Région “a les moyens”.

Sa marque de fabrique à l’ARF.

À la tête de l’ARF depuis quelques mois, Hervé Morin a fait de son discours “anti-état” sa marque de fabrique nationale, un discours qui lui permet de relancer le débat sur la décentralisation.
- En bon Girondin, il va d’ailleurs très loin dans ce domaine puisqu’il défend l’idée de territoires à compétences variables, ce qui implique une révision constitutionnelle pour permettre cette différenciation.
- En Corse, Gilles Siméoni apprécie. Les Indépendantistes considèrent le président de l’ARF comme l’un de leurs soutiens importants ; n’a-t-il pas déclaré, dans Corse Matin le 14 décembre dernier, “il me semble qu'en Corse, il doit y avoir un pouvoir législatif délégué extrêmement significatif dans un certain nombre de domaines...”
- De fait, Hervé Morin entretient d’excellentes relations avec Jean-Guy Talamoni et Gilles Siméoni : “ce sont des hommes de caractère qui
ont une belle ambition...” Il y a peu, croisant Gilles Siméoni dans les allées du Salon de l’Agriculture, Hervé Morin l’a salué comme l’un des hommes les plus puissants de France.
- Mais revenons à la dévolution du pouvoir législatif. Elle intéresse la Corse, mais pas seulement : toutes les Régions sont concernées. Le président de l’ARF l’a rappelé au Président de la République, lors de sa venue à Rouen, le 5 avril dernier, “les Régions sont les mieux placées pour piloter les politiques d’emploi et d’apprentissage”, Emmanuel Macron lui a répondu: “non !”

La République féodale. (re sic!)

Hervé Morin fait le pari d’une République féodale, animée par ses grands feudataires (qui ont la légitimité du terrain) ; il pense aussi que la Normandie peut devenir - grâce à lui - la région-pilote qui teste cette nouvelle France girondine qu’il appelle de ses voeux : l’état est le problème, les Régions sont la solution.

Mon commentaire : l’ancien ministre de la Défense y croit-il vraiment ? Où est-ce une “posture politique” pour exister nationalement aux yeux d’Emmanuel Macron ? Là est la question...


 Commentaire de Florestan sur le commentaire de Bertrand Tierce:

"l’ancien ministre de la Défense y croit-il vraiment ? Où est-ce une “posture politique” pour exister nationalement aux yeux d’Emmanuel Macron ?" se demande Bertrand Tierce...

Les deux mon capitaine!

Une belle idée à laquelle on croit, a d'autant plus de réussite qu'elle croise aussi une opportunité politique. Hervé Morin est authentiquement Normand avec sa tête et ses tripes: pour la renaissance politique de la Normandie c'est déjà en soi un événement. Mais cette réalité politique nouvelle pour la Normandie consistant à incarner l'intérêt général normand au moyen d'une action régionale authentique, prend une dimension nationale inédite qui consiste à reprendre le flambeau d'une alternative girondine face à un état central jacobin qui n'a plus les moyens ni intellectuel ni financier de son autorité...

De fait, en occupant le créneau d'une opposition centriste girondine, Hervé Morin devient le principal opposant politique à Emmanuel Macron, bien plus redoutable qu'un Wauquiez ou un Mélenchon puisque le Normand barre la route de la conquête totale du Centre par les "Marchistes" tout en revivifiant des valeurs politiques essentielles, les valeurs normandes de Liberté, de Paix et de Droit qui sont indispensables au bon fonctionnement d'une République française qui gagnerait à être moins centralisée, moins monarchique, moins jacobine, plus démocratique!

Contrairement à ce qu'affirme Bertrand Tierce, Hervé Morin n'est pas  "anti-Etat" et encore moins le promoteur d'une "République féodale": il aimerait simplement que Monsieur Macron se prenne un peu moins pour Louis XIV ou Napoléon 1er en laissant aux collectivités territoriales la responsabilité de co-construire avec l'Etat central l'intérêt national en ne jetant pas aux orties près de quarante années d'acquis de la décentralisation.

En ce qui concerne la Normandie, la question est, par exemple, de savoir si l'enjeu national de l'Axe Seine qui se déploie au coeur même de la Normandie, pourrait être piloté par la Normandie...

En effet, il ne faudrait peut-être pas oublier que c'est un certain candidat aux dernières élections présidentielles, du nom d'Emmanuel Macron, qui avait promis aux collectivités territoriales un "pacte girondin" ouvert à l'expérimentation...

Cessons donc de prendre les Normands et le reste des Français pour des imbéciles!


 Dans la dernière édition de la lettre EcoNormandie nous avons relevé les articles suivants comme autant de preuves que l'affirmation d'une Normandie girondine aux portes du pouvoir "grand parisien" est surveillée de près par le duo Philippe/ Macron avec, en filigrane, la menace d'une captation de l'Axe Seine normand (qui correspond à l'axe politique Philippe-Lemaire-Lecornu, tous au Gouvernement) par le Grand Paris Macron...

  • Emmanuel Macron à Berd'huis: confirmation d'une tentative d'instrumentalisation de la Normandie...

16-04-2018 09;22;24

 

  • Confirmation d'un réveil économique normand: l'action spécifique du conseil régional auprès des entreprises normandes n'y est pas pour rien...

16-04-2018 09;23;55

 

  • Le modèle alternatif normand, celui d'une géographie régionale du réseau et des polyvalences complémentaires (le contraire du modèle dominant de l'hypercentralisation jacobine et de l'hyperspécialisation stérile ) prend son envol:

16-04-2018 09;25;48

 

  • Une Normandie maîtrisant son rayonnement européen et international, pourrait bien plus contribuer au prestige de la France qu'une stérilisation grand parisienne d'une Normandie divisée et avachie dans son localisme: là encore, l'affirmation inédite d'un réseau métropolitain normand "capitale européenne de la Culture" ferait toute la différence...

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Commentaire de Florestan:

Edouard Philippe, un ancien député-maire du Havre devenu Premier ministre semble vouloir mettre en oeuvre, sans mot dire, la vision des deux Antoines (Rufenacht/ Grumbach) à savoir: un pilotage politique "Paris-Le Havre" de l'Axe Seine alors qu'il s'agit du coeur battant de la Normandie!


  • Pour finir, cette brève lue dans une édition récente de Paris-Normandie nous démontre que les enjeux de l'Axe Seine n'existent pas dans les cerveaux des élus de la région parisienne. Raison de plus de nous en occuper nous-mêmes!

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  • Néo--jacobinisme managérial d'Emmanuel MACRON, la réaction en forme de constat consterné d'Hervé Morin, président de la Normandie et de l'association des régions de France:

https://www.normandie.fr/decentralisation-lamf-ladf-et-regions-de-france-unis-pour-lavenir-de-tous-les-territoires?utm_medium=email&utm_source=newsletter&utm_campaign=normandirect95

Décentralisation : l'AMF, l’ADF et Régions de France unis pour l'avenir de tous les territoires

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Le 11 avril 2018

Les trois principales associations d’élus, l’AMF, l’ADF et Régions de France, déplorent l’absence de dialogue politique avec le gouvernement dans l’élaboration de ses réformes, et le non-respect des engagements de l’Etat. Les projets de réformes du gouvernement mettent en danger la décentralisation. Surtout, ils risquent de creuser gravement la fracture territoriale, déjà béante, entre la France rurale/périurbaine et la France des métropoles.

Apprentissage : près de la moitié des CFA menacés de fermeture au terme de la réforme prévue par l’Etat

La réforme de l’apprentissage annoncée par le gouvernement dessaisit les Régions de cette compétence. Alors qu’elles géraient l’apprentissage en proximité et en confiance avec les Centres de formation des apprentis (CFA) depuis de nombreuses années, celui-ci sera désormais confié aux branches professionnelles. Or, l’apprentissage est le meilleur moyen pour un jeune de s’insérer professionnellement dans notre société, d’alterner théorie et pratique et de préparer son avenir. Cette politique publique sera désormais régulée selon la loi de l’offre et de la demande. Ce sont les branches qui détermineront depuis Paris ce qu’elles verseront aux CFA pour former chaque apprenti.

En parallèle, les Régions verront leurs moyens pour l’apprentissage passer de 1,6 milliard d’euros à 250 millions d’euros, elles ne seront donc quasiment plus en mesure d’intervenir et de soutenir financièrement ces CFA. Pour équilibrer leur budget, les CFA ne pourront donc plus compter sur les subventions régionales : ils devront impérativement attirer un nombre suffisant d’apprentis, ce qui ne sera pas possible sur tous les territoires. Selon nos estimations, entre 69 % et 95 % des CFA seront touchés par la réforme et entre un tiers et la moitié des formations seront menacées.

Si cette réforme venait à être votée, elle entrainera une concentration sans précédent du nombre de CFA et leur disparition à terme en milieu rural, dans les villes moyennes ou dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, et de façon encore plus alarmante dans les territoires ultramarins. Pourtant, il est nécessaire de proposer des formations en apprentissage, garantes d’un accès plus facile à l’emploi, sur tous les territoires.

Réseau ferroviaire de proximité : alerte sur l’avenir des « petites lignes »

Le 15 février dernier, le « rapport Spinetta » était remis au Premier ministre. Ce rapport envisageait la fermeture des « petites lignes ». Cette hypothèse a fait vivement réagir les Régions : ces lignes ont un rôle essentiel pour l’irrigation des territoires. Elles offrent un service quotidien à des milliers de voyageurs. Le transport ferroviaire ne peut être réduit, dans une vision parisiano-centrée, à une fonction de transport de masse : il a également pour rôle d’aménager le territoire.

En réponse à la levée de boucliers des territoires, le gouvernement a indiqué qu’il ne suivrait pas les recommandations de ce rapport sur ce point. Ces lignes, qui représentent plus de 9 000 km, soit un tiers du réseau national, ne sont donc plus menacées de fermeture à très court terme. Néanmoins, leur sort reste en suspens. Sans investissement supplémentaire, leur viabilité n’est pas assurée à moyen terme.

Les Régions prennent déjà à leur charge le financement des services TER et la majeure partie du financement de l’entretien et de la régénération de l’infrastructure de ces « petites lignes ». Mais l’État doit également prendre sa part au maintien d’une infrastructure en bon état, élément indispensable d’un service de transport qualité.

Monde rural : les agriculteurs et territoires ruraux font face aux retards de paiement des aides et aux incertitudes sur l’avenir des politiques nationales et européennes

L’agriculture et les territoires ruraux, déjà en difficulté, sont particulièrement menacés par les décisions prises aux niveaux national et européen. Les Régions, autorités de gestion du 2ème pilier de la PAC, s’alarment de l’absence de réponse de l’État sur le financement des programmes de développement rural jusqu’en 2020. Depuis quatre ans, les agriculteurs sont déjà lourdement pénalisés par le retard pris dans le versement des aides, en particulier pour les aides à l’agriculture biologique, aux mesures agroenvironnementales et climatiques ainsi que l’indemnité de compensation de handicap naturel (ICHN). Ces retards sont dus à la seule responsabilité de l’Agence de service et de paiement (ASP), l’opérateur de l’État imposé aux régions au moment de la décentralisation des fonds européens en 2014.

S’y sont ajoutées d’importantes impasses budgétaires sur l’ensemble des mesures, certes héritées du précédent quinquennat, mais auxquelles cet exécutif reste toujours dans l’incapacité de faire face. Ces impasses budgétaires seront dramatiques pour de nombreux agriculteurs et accentueront encore le déficit de compétitivité de la France vis à vis de ses voisins européens :

  • pour les agriculteurs les plus fragiles : dans la nouvelle carte ICHN qui vient d’être arrêtée par le gouvernement, la faiblesse des mesures de compensation pour les éleveurs sortant des zones défavorisées simples sera sans appel. Cette situation est inacceptable ;
  • pour les agriculteurs qui font le pari de changer leurs pratiques pour répondre aux attentes des marchés et de la société du point de vue de la qualité environnementale et sociétale, les actes de l’État sont contradictoires avec le voeu de transformation des systèmes agricoles. Aucun moyen supplémentaire n’est apporté pour faire face en particulier à la dynamique de développement de la bio pourtant plébiscitée par tous ;
  • pour tous les agriculteurs qui souhaitent moderniser et investir dans leur outil de travail pour rester compétitifs sur le plan européen et également contribuer à l’évolution des pratiques, l’État se désengage du co-financement des aides actuelles aux investissements (subventions) pour réorienter les crédits vers un soutien aux emprunts. Le « grand plan d’investissement » ne bénéficiera en réalité qu’aux banques et aux plus gros projets, ratant ainsi l’objectif de massification de la « transformation » et de la « montée en gamme » pourtant annoncée par le Président de la République ! Pire, le retrait de l’État du cofinancement actuel des aides accordées par les régions va se traduire par un recul net des subventions accordées !

A moyen terme, les territoires ruraux sont menacés d’étranglement financier si la réduction de la PAC et la mort de la politique de cohésion après 2020 sont confirmées par l’Union européenne. La politique de cohésion (FEDER et FSE) représente en France plus de 15 milliards d’euros de soutien à l’investissement sur la période 2014/2020. Dans les territoires ruraux, plus de 600 millions d’euros de fonds européens versés jusque-là au titre du programme Leader et du second pilier de la PAC (FEADER) manqueront au soutien du tourisme, de l’artisanat, du numérique… Les Régions sont mobilisées pour sauver les fonds européens partout sur nos territoires.

Développement économique : les régions freinées dans leurs actions économiques de proximité et dans leurs politiques de soutien auprès des entreprises de leurs territoires

En ce qui concerne le développement économique, compétence des régions depuis la loi NOTRe de 2015, celles-ci doivent aussi faire face au mépris du gouvernement qui ne les considère plus comme des interlocutrices mais comme des variables budgétaires.

Elles doivent ainsi composer sans les 450 millions d’euros du fonds de compensation destiné au soutien des entreprises. Cela correspond à une réduction du tiers de l’investissement des Régions en direction des entreprises. Près de 30 000 entreprises ne pourront pas bénéficier des dispositifs régionaux d’accompagnement à l’innovation et à l’internationalisation. Ou encore 7 000 entreprises et 100 000 emplois qui ne sont pas créés ou préservés notamment dans le secteur industriel à travers les régions !

Par ailleurs, la loi Pacte pour la croissance des entreprises a été élaborée sans que les Régions n’aient été associées ni consultées, malgré leur engagement sur le terrain au plus près des entreprises.

Contrats de plan Etat-Régions : des retards préoccupants sur le respect des engagements financiers de l’Etat

Au niveau national, nos territoires pâtissent du désengagement de l’Etat dans le cadre des Contrats de Plan Etat-Régions (CPER), qui freine considérablement les grands projets d’investissement des collectivités. C’est notamment le cas pour les transports : à la fin 2017, le taux de paiement des CPER par l’Etat était de moins de 25% ! Ces retards ont d’ailleurs contraint certaines Régions à avancer de l’argent afin d’éviter que des projets ne soient bloqués ou prennent trop de retard.