Dans ce jargon infame que l'on appelle le globish, ça s'appelle du "benchmarking"... C'est-à-dire que l'on va visiter, plus ou moins discrètement, le potentiel et l'organisation de la concurrence pour faire aussi bien voire mieux.

Les lecteurs réguliers de l'Etoile de Normandie sont au parfum depuis longtemps: le grand port maritime du Havre a des résultats plutôt moyens au regard du potentiel du grand port hauturier normand, de  sa situation à la bouche du plus grand fleuve navigable de France avec au bout, une mégalopole de 12  millions d'habitants. De même, l'hinterland du port du Havre pourrait courir jusqu'à la Suisse et la Bavière...

Mais les lecteurs réguliers de l'Etoile de Normandie savent aussi deux choses à force de les rabâcher ici même:

1) Le Havre est une ville très prisée pour ses colloques, congrès et séminaires...

2) Anvers, port municipal flamand, donc belge, est en passe de devenir le premier port français pour le trafic des conteneurs.

Anvers

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Comment font-ils là-bas?

Une délégation normande est donc allée voir sur place et il semble certain que chaque courageux Normand de retour du voyage d'Anvers (comme d'autres avaient fait le voyage de l'URSS) mettrait sa main à couper ("antwerpen" dans le texte...) s'il n'était pas certain d'avoir vu là-bas ce qu'il fallait voir pour être sûr qu'un port de haute mer puisse fonctionner normalement...

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Mercredi 2 mai 2018, le président de la Région Normandie a rencontré Marc Van Peel, le président du port d’Anvers. (©ML/Normandie-actu)

Hervé Morin menait cette délégation normande à Anvers: nous nous en réjouissons tout particulièrement puisque nous avions suggéré cette idée, l'an passé, à quelques personnalités autorisées lors d'une réunion du collectif d'entrepreneurs logisticiens "Seine Solutions" au château de Sassetot le Mauconduit...

On voit bien la logique de l'opération: il y a ceux qui colloquent, qui procrastinent et ceux qui agissent. On espère que ce "retour d'Anvers" va permettre le retour de l'esprit de la "Hanse" dans nos ports et villes normandes: un "laissez nous faire" gage de réussite, notamment en matière d'économie maritime ou d'animation locale et régionale d'une véritable place portuaire et maritime, qui est donc la seule solution pour nous sortir de l'actuel naufrage parisiano-jacobin...


 https://actu.fr/normandie/havre_76351/pourquoi-port-havre-pas-hauteur-celui-anvers-deuxieme-port-europeen_16650746.html

Pourquoi le port du Havre n’est-il pas à la hauteur de celui d’Anvers, deuxième port européen ?

Mercredi 2 mai 2018, une délégation normande avec des entrepreneurs et le président de Région, a visité le port belge d'Anvers. Un port leader en Europe, un exemple pour Le Havre.

À Anvers en Belgique, il y a la ville… et le port. Deux villes en une seule, l’une romantique et classique, avec des habitations, des places, des hôtels… Et une autre qui s’étend sur 12 000 hectares, mêlant canaux, gigantesques porte-conteneurs, entrepôts géants, grands complexes industriels, nombreux camions et trains… Le port d’Anvers est une véritable fourmilière, où travaille chaque jour 150 000 personnes.

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Le port d’Anvers, une plateforme mondiale

Mercredi 2 mai 2018, une délégation normande, constituée d’entrepreneurs et de représentants de la Région Normandie, s’est perdue dans les dédales des canaux du port d’Anvers, en bus, puis en bateau.

Le but ? Essayer de comprendre comment un port comme Anvers, situé à 80 km de la mer, a pu devenir le deuxième port européen, une place incontournable pour le commerce mondial.

Il y a 25 ans, le port du Havre (Seine-Maritime) et le port d’Anvers en était au même point, souligne Hervé Morin, le président de la Région Normandie. Et quand on compare les deux ports aujourd’hui, on voit bien la différence. Anvers est quatre fois plus grand que Le Havre.

Des chiffres à faire pâlir les Havrais

Que s’est-il passé ? Les raisons sont multiples. Mais les résultats sont là et ceux du port d’Anvers font saliver les entrepreneurs havrais venus sur place avec le président de la Région, Hervé Morin. Quand Anvers se place deuxième port européen, derrière Rotterdam, et 17e mondial, Le Havre n’est que 58e à l’échelle mondiale et lutte pour rester dans le top 10 des plus grands ports européens. 

De son côté, le port d’Anvers enregistre 123 millions d’euros de bénéfices en 2016, quand le port du Havre n’en fait que 53. Quand 9,7 millions d’équivalent vingt pieds (EVP) de conteneurs transitent par Anvers, il n’y en a que trois millions au Havre… 

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« Sachant qu’ils ont un tirant d’eau plus bas dans l’estuaire de l’Escaut que le nôtre », souligne François Guérin, le directeur des Terminaux de Normandie au Havre. Soit 16,5 mètres à Anvers contre 21 mètres au Havre.

Mais alors, quelle est la recette de leur succès ? Les entrepreneurs havrais et Hervé Morin tentent de comprendre.

« La marchandise qui débarque et embarque à Anvers n’est pas belge, elle vient du monde entier. Alors qu’au Havre, elle est très franco-française », précise Benoît Douillet, le directeur commercial de la Sogena au Havre, une société spécialisée dans la manutention portuaire et l’entreposage frigorifique. Et selon le Havrais, les modes d’évacuation de ces marchandises sont trop tournés vers la route (88%).

« Au Havre, le rail ne représente que 4%, la barge 10%. Le rail doit prendre une autre dimension, le fluvial aussi mais au Havre, nous avons un problème d’accès à port 2000. Faute d’infrastructures, une partie de la marchandise fuit vers Anvers. » Dans le port belge, la route ne représente que 52%, le fluvial, 37% et le rail, 8%.

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La proximité avec le Rhin est l’un de nos atouts incontournables. On peut aller jusqu’en Suisse !, s’exclame Marc Delbeke, représentant du port d’Anvers. Et le fait d’être à 80 km de la mer est aussi un atout car nous sommes proches des routes, du rail et des marchés européens.

Le projet de chatière au Havre pourrait permettre le développement du fluvial vers la Seine. Cette chatière consisterait en la création de deux brèches dans les digues existantes : l’une dans la digue sud du port historique, l’autre dans la digue nord de Port 2000. Le nouveau passage entre ces brèches serait protégé par une digue extérieure longue de deux kilomètres. « Cela fait 20 ans que l’on parle de cette chatière… », soupire Benoît Douillet.

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Un plan Marshall pour Le Havre

Hervé Morin veut prendre les choses en main et souhaite un véritable plan Marshall pour le port havrais. Espérant reprendre la main sur la gouvernance du port, qui est aujourd’hui un établissement public de l’État, Hervé Morin veut investir. « La Région va payer en partie la chatière. » Son coût ? 125 millions d’euros. 

« Nous espérons pouvoir décrocher environ 20% de subventions européennes », estime Hervé Morin, en pleine négociation avec l’Union européenne. Parmi les autres grands projets est également envisagé le parachèvement de Port 2000 avec la création des postes à quai 11 et 12 dits  « P 11 et P12 » , pour répondre au développement des trafics de conteneurs et aux attentes concernant l’accueil de porte-conteneurs toujours plus larges. 

Une gouvernance compliquée

À Anvers, c’est une société anonyme de droit public qui gère le port. La Ville d’Anvers, propriétaire du port, a mis en gérance cette gigantesque infrastructure dans les mains de cette société. « Le conseil d’administration est composé de membres de la mairie et d’entrepreneurs privés », précise Marc Van Peel, le président du port d’Anvers. Un gage d’agilité et de réactivité, selon ce dernier.

« C’est comment chez vous ? », demande Marc Van Peel à Hervé Morin. « Chaque port est gouverné majoritairement par l’État. Tout est décidé par quelques fonctionnaires. Et on voit bien la différence de résultats entre vous et nous », lui répond le président de Région. 

Les trois ports de la vallée de la Seine (Le Havre, Rouen, Paris) ont également choisi de créer en 2012 un groupement d’intérêt économique (GIE) sous l’appellation d’Haropa, une marque qui commence à se faire connaître. « Mais les ports se regardent en chiens de faïence et ne veulent pas vraiment travailler ensemble », souligne Hervé Morin.

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Une gestion autonome par port

« D’autant plus qu’il n’y a pas de décideur à la tête d’Haropa, tout repose sur la bonne entente des trois directeurs », fait observer Vincent Breteau, le directeur général adjoint Transports et aménagement du territoire à la Région Normandie. Hervé Morin plaide pour « une société holding avec des gestions autonomes par port ».

Il n’y a aucune continuité aujourd’hui dans la politique maritime de la France, déplore Hervé Morin. Pour le port d’Anvers, notre système centralisé paraît absurde.

Les grèves des dockers 

Les grèves des dockers du Havre sont également évoquées, un véritable fléau pour certains entrepreneurs. « Ici, à Anvers, il y a eu des grandes grèves dans les années 80-90’s, quand on a changé la gérance du port », raconte Marc Van Peel. « Aujourd’hui, ce sont des actions symboliques, précise Danny Deckers, consultant pour le port d’Anvers. Nous avons des syndicats responsables. »

« Pour le Havre, c’est un véritable exemple, réagit Bruno Béliard, le directeur de Euro Channels Logistics à Dieppe. Ici, il n’y a pas de grève et il y a des méthodes de travail qu’on devrait copier comme les groupements de petites sociétés, qui ont eu l’intelligence de travailler ensemble. Des choses qu’on ne sait pas faire en France. »

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« Le Havre est en retard mais peut se rattraper »

Si le port du Havre enregistre un grand retard face au port d’Anvers, il écume les chiffres positifs ces dernières années. Le trafic maritime s’est fortement développé durant l’année 2017, avec une progression de 10% relevée sur l’ensemble des trafics, dont 14% sur le flux conteneurs.

« En dix ans, le port du Havre a beaucoup évolué, fait remarquer Benoît Douillet. Nous avons pris du retard mais nous pouvons nous rattraper ». Les porte-conteneurs, de plus en plus gros, « n’iront plus dans des ports comme Bordeaux ou Nantes mais transiteront par des ports comme le Havre », assure le directeur commercial de la Sogena.

« Et si l’on développe notre zone de chalandise, qui s’arrête aujourd’hui à Paris, nous pouvons aller loin… », conclut-il.

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