L'"esprit" de la Pentecôte c'est toujours un peu ça: rien ne se passe comme prévu!

51247771_Untitled1

La réalité s'insurge et l'on repart surpris, désorienté, avec de nouvelles questions alors que l'on croyait apporter sinon imposer ses solutions ou ses réponses...

Puisqu'on évoque les Evangiles, l'affaire qui suit fera penser à la célèbre parabole du repas des noces (Evangile de Matthieu chapitre 22 versets 1 à 14) qu'on vous rappelle pour ceux qui auraient oublié leurs leçons de catéchisme:

Le royaume des cieux est semblable à un roi qui fit des noces pour son fils. Il envoya ses serviteurs appeler ceux qui étaient invités aux noces ; mais ils ne voulurent pas venir. Il envoya encore d’autres serviteurs, en disant : Dites aux conviés: Voici, j’ai préparé mon festin ; mes bœufs et mes bêtes grasses sont tués, tout est prêt, venez aux noces. Mais, sans s’inquiéter de l’invitation, ils s’en allèrent, celui-ci à son champ, celui-là à son trafic et les autres se saisirent des serviteurs, les outragèrent et les tuèrent. Le roi fut irrité ; il envoya ses troupes, fit périr ces meurtriers, et brûla leur ville. Alors il dit à ses serviteurs : Les noces sont prêtes ; mais les conviés n’en étaient pas dignes. Allez donc dans les carrefours, et appelez aux noces tous ceux que vous trouverez. Ces serviteurs allèrent dans les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, méchants et bons, et la salle des noces fut pleine de convives. Le roi entra pour voir ceux qui étaient à table, et il aperçut là un homme qui n’avait pas revêtu un habit de noces. Il lui dit : Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir un habit de noces ? Cet homme eut la bouche fermée. Alors le roi dit aux serviteurs : Liez-lui les pieds et les mains, et jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Car il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus.


 L'autre jour à Pont-Audemer, le 14 mai 2018, Hervé Morin avait donc convié les grands élus normands à un grand raoût ayant pour thème le développement des territoires. Ils ne sont pas venus mais sont venus ceux qui n'étaient pas, a priori, invités:

Les "petits" élus de la Normandie rurale, celle dont on ne parle jamais sauf pour évoquer les zones blanches numériques ou le désert médical. Ils sont venus, non sans raison, interpeller Hervé Morin le président de région et ce qui est à lire, ci-après, extrait du dernier numéro paru de la Chronique de Normandie éditée par Bertrand Tierce ( N°538 lundi 21 mai 2018) est plutôt édifiant sur une certaine déconnexion entre la Normandie d'en haut et celle d'en bas qu'il faudrait d'urgence résoudre si l'on veut porter au niveau national le message pourtant indispensable d'une alternative girondine et territoriale à l'actuelle tentation recentralisatrice néo-jacobine du président de la République...


 

Les élus ruraux ne veulent pas être oubliés par la Région.

Organisées par la Région, le 14 mai à Pont-Audemer, les 2èmes rencontres “Développement et Territoires” s’annonçaient comme un rendez-vous important. Hervé Morin voulait en effet s’en servir pour :

- Valoriser ses politiques territoriales, les contrats en particulier.
- Zoomer sur ses priorités d’avenir : “l’attractivité des centres-villes”, “la culture et le développement durable”, “la mobilité et le numérique”.
- Et rappeler aux représentants des collectivités locales que la “Région est toujours présente à leurs côtés”.

Naturellement, les principaux vice-présidents avaient été mobilisés, les directeurs aussi, il faut dire que de très nombreux élus étaient attendus, ceux
des 73 EPCI ; un parking “VIP” avait même été prévu pour accueillir les plus importants ; l’ennui, c’est qu’ils ne sont pas venus.

- De fait, Frédéric Sanchez, Luc Lemonnier, Joël Bruneau, Jean-Louis Valentin et beaucoup d’autres encore ne se sont pas déplacés.

Explication d’Hervé Morin : “c’est logique, on est déjà en contact permanent” ; explication des services : “la date a peut-être été mal choisie”.
Résultat : la salle n’était pas pleine ; environ 130 élus, des ruraux en grande majorité, d’une moyenne d’âge élevée. C’était surtout des représentants de petites intercommunalités venus dire à Hervé Morin que la Région ne devait pas les oublier.

Les débats ont donc pris un tour inattendu ; les 2émes rencontres “Développement et Territoires” n’ont pas été celles qu’on attendait.


La Région, c’est loin et les EPCI font “écran”.

En fin de matinée, quand ils ont pris la parole, les “ruraux” ne se sont pas exprimés sur l’attractivité des centres-villes, la culture, le développement durable, la mobilité ou le numérique. Ils ont préféré adresser quelques messages simples à Hervé Morin :

1 - La Région oublie la ruralité profonde ; elle préfère se concentrer sur les grandes agglomérations qui attirent les services, les financements et les
projets ; bref sa politique est déséquilibrée. Inquiétude.

2 - La Région ne prend pas suffisamment en compte les “petits" elle tarde souvent à leur répondre, quand elle leur répond. Insatisfaction.

3 - Sans compter que, pour beaucoup d’élus, les EPCI sont des écrans institutionnels, dont ils ne reconnaissent pas les vertus, et qui les privent d’un contact direct avec la Région. Le maire d’une petite commune interpelle le président : “comment peut-on les court-circuiter ?”

Hervé Morin a été obligé de faire le grand écart pour leur répondre. Comme un contorsionniste tiraillé par des forces contraires, il a rappelé l’importance
des intercommunalités comme matrice des projets de territoire soutenus par la Région, tout en soulignant sa volonté d’aider les maires déboussolés sur
le thème “si vous avez un problème, venez me voir et tout va s’arranger”.

- À un élu de Domfront-Tinchebray Interco qui se plaignait de l’indifférence de la Région pour l’un de ses projets, il a répondu “je prends en compte
toutes les demandes ; la preuve j’ai déjà signé le sauvetage du dernier commerce dans plusieurs contrats”. Avant d’ajouter : “sans compter qu’avec
les élus que vous avez (sous-entendu, ce sont mes “amis politiques”), on devrait rapidement trouver une solution”.

- À celui qui lui demandait “comment court-circuiter l’EPCI ?”, il a bien tenté d’expliquer que le bon fonctionnement d’une intercommunalité est une
chance pour tout le monde si tout le monde participe à sa réussite. Mais, devant le scepticisme de l’élu, il a conclu, “venez me voir pendant le cocktail,
on en parlera tous les deux...”

Il est venu, comme tous ceux qui avaient un dossier particulier à traiter “en direct, avec le président”. Pendant le cocktail, Hervé Morin a été très entouré,
comme l’étaient autrefois les présidents de Départements quand ils avaient de l’argent à distribuer, le message est passé : “venez me voir, tout
va s’arranger”.

Mon commentaire : l’autre jour, à Pont-Audemer, on a entendu une région qu’on n’entend pas souvent. Celle des petits EPCI qui ont du mal à décoller, celle des ruraux qui se sentent oubliés, celle des élus “‘absorbés” par le local. c’est une Normandie éloignée de l’Axe Seine, des grandes filières industrielles, des métropoles et de la région-monde ; une Normandie différente de celle des grands.

“On n’a pas de problème avec les intercommunalités qui ont un projet, reconnaît Hervé Morin, avec les autres, c’est plus compliqué”… Pour autant, la Région doit-elle financer le sauvetage du dernier commerce, la remise en état de la piscine, l’extension de la salle polyvalente... au nom de l’équité territoriale ?

Sont-ce là ses missions véritables ? Le président hoche la tête : “si je ne le fais pas, je ne ferai rien dans beaucoup d’endroits...”


 

Commentaire de Florestan:

Il faudra créer des antennes ou "maisons de la Normandie" à l'échelle départementale avec des équipes volantes pouvant tenir des permanences humaines et physiques (la dématérialisation sur Internet montre rapidement ses limites) dans les communes rurales car la Normandie est devenue l'institution publique du dernier recours.