Les "Marcheurs" savent que plus on compte ses pas plus la randonnée risque d'être longue... Les "Marchistes" (appelons-les ainsi pour laisser les randonneurs en paix dans les solitudes solennelles d'un chemin des douaniers sur la falaise) semblent devoir se compter pour mieux tourner en rond:

godillots-suspendus

il est vrai que les lourds godillots qu'ils ont chaussés leur font gonfler les chevilles et quand on traine des pieds en pensant au prochain arrêt, le chemin n'a plus guère d'intérêt. Ne parlons même pas de pélerinage...

Pourtant les objectifs des Macronistes sont ambitieux, notamment en Normandie: il s'agit de prendre les villes les plus importantes de la région, notamment la ville de Rouen ou celle d'Evreux pour renforcer, osons le dire, les "forces de l'Axe" qui vont se mettre en scène sur l'Axe Seine entre la région parisienne et Le Havre pour, à nouveau, diviser une Normandie qui vient à peine de recouvrer son unité. En effet, il ne s'agit plus de faire une Fabiusie haut-normande centrée sur Rouen comme ces trente dernières années mais de faire correspondre à l'axe Paris- Le Havre improprement dénommé "Axe Seine" un axe politique Macron (Paris)- Philippe (Le Havre) en passant par le renfort du relais eurois (Lemaire/ Lecornu) en prenant Evreux et par la prise de la ville et métropole de Rouen chef-lieu d'une Fabiusie crépusculaire.

Objectif?

Que Le Havre ne soit plus seulement une "tête de pont" et que cet axe Seine "en Marche" puisse trancher la Normandie en son coeur même dans le but de neutraliser durablement Hervé Morin premier véritable opposant politique à l'expansion des "Marchistes" vers le reste du centre, même si, une fois de plus, des stratégies politiciennes "nationales" donc parisiennes prennent le risque de tuer l'avenir de notre région.

On ne saurait expliquer autrement le nouveau report sine die de la fameuse conférence territoriale sur le Grand Paris annoncée depuis l'automne dernier comme l'arlésienne par Emmanuel Macron qui n'a donc visiblement toujours pas tranché sur la question de savoir s'il faut intégrer l'axe Seine normand dans le projet du Grand Paris ou non (On peut, en effet, imaginer que le ci-devant député-maire du Havre aujourd'hui Premier ministre fasse pression en ce sens sachant que, de toute façon, la transformation du mille-feuilles francilien en région métropolitaine du Grand Paris est, en soi, un casse-tête quasi insoluble...).

Voilà donc les chimères qu'ils poursuivent!

En 2020 aux élections municipales dans les grandes villes normandes, notamment à Rouen et Evreux, il faudrait pouvoir voter pour des candidats qui veulent rester sur le plancher des vaches... normandes de préférence!

Dans la dernière édition de la Chronique de Normandie (N° 535 datée du 21 mai 2018) Bertrand Tierce nous propose un tableau général de la ronde des Marchistes qui "se retrouvent seuls avec eux-mêmes"...


 

Les “municipales “de LREM.

Depuis que Christophe Castaner, délégué général de LREM, a demandé à ses troupes de réaliser des “diagnostics locaux” pour préparer les prochaines
élections municipales, les “Marcheurs” normands se sont mis en mouvement.

- C’est particulièrement vrai dans plusieurs grandes villes où “des places sont à prendre” ; Sébastien Lecornu a lui même indiqué que les chefs-lieux de département étaient des cibles prioritaires, à condition - bien sûr - d’avoir de bons candidats à présenter.

- Or, c’est là que le bât blesse. Depuis sa nette victoire aux législatives (17 députés normands sur 28 + 2 “alliés” qui les soutiennent), LREM n’a pas encore réussi à s’organiser pour identifier, former et mettre en lice ses futurs candidats à présenter comme le font habituellement tous les partis politiques. Résultat : à deux ans des municipales, les “Marcheurs” normands sont vraiment démunis et leurs “référents départementaux” (que personne ne connait, c’est un signe) se grattent la tête pour relever le défi.

• Rouen est à prendre...

Sur le papier, la ville est à prendre. Yvon Robert, le maire PS, se retire, la gauche est divisée, la droite est morcelée, et aux dernières élections, Rouen a voté Emmanuel Macron, bref, la situation est idéale.

- Quel candidat ? “On ne ferme la porte à personne”, disent les représentants de LREM qui viennent de lancer (mais sans l’assumer vraiment) “Demain Rouen, notre Métropole”, une plate-forme de réflexion transpartisane qui pourrait fonctionner comme un sas de pré-sélection.

- On le sait, plusieurs élus d’opposition, comme les centristes Patrick Chabert ou Robert Picard, sont prêts à se “repositionner”. Pendant ce temps là, depuis son bureau de la Métropole, Frédéric Sanchez observe la situation avec la patience du chasseur à l’affût. Nouveau : d’autres élus commencent à se faire remarquer. C’est le cas de Laurent Bonnaterre, aujourd’hui maire PS lde Caudebec-lès-Elbeuf et directeur de Quevilly-Habitat, qui vient de prendre la présidence de “Rouen Normandie Tourisme”. Ce politique habile n’est pas n’importe qui, il fut notamment le directeur de cabinet de Laurent Fabius à la
CREA ; depuis le début de l’année, il s’intéresse davantage à Rouen.

Mon commentaire : paradoxalement, le “vide politique local” rend la situation compliquée. Faute de champion, LREM va devoir négocier un projet commun entre la gauche citoyenne et le centre droit ; à moins qu’un parachutage national soit organisé par Christophe Castaner, dans cette perspective, une personnalité comme celle de Sébastien Lecornu pourrait être la bienvenue.


À Caen, c’est plus compliqué

Ici, il n’y a pas, comme à Rouen, de vide politique. Joël Bruneau “tient bien sa maison” et, sauf événements exceptionnels (problèmes sur la reconstruction du tramway, par exemple), (commentaire de Florestan: ajoutons le casse-tête immobilier de la place de la République) ses chances d’être réélus sont importantes.

- Il a pour lui d’apparaître comme un élu LR “modéré”, dont les ambitions sont d’abord locales, qui a su garder ses distances à l’égard de Laurent
Vauquiez.
- Un rapprochement avec LREM est-il envisageable ? Edouard Philippe et Christophe Castaner y pensent sûrement. Pour Joël Bruneau, ce n’est pas le sujet, il n’a pas besoin d’eux, il trace sa route à sa manière.

Mon commentaire : à Caen, les Marcheurs se retrouvent seuls avec eux-mêmes, tandis que la gauche fragmentée cherche à se retrouver, mais sans savoir comment, ni avec qui et pourquoi. (commentaire de Florestan: l'affaire de la place de la République va être l'enjeu des élections municipales à Caen)


Le Havre, un domaine réservé...

La situation est très différente au Havre, le domaine réservé d’Edouard Philippe.
- Ici, c’est le Premier Ministre qui décide et les Marcheurs suivent sa ligne. L’an dernier, Edouard Philippe a choisi Luc Lemonnier pour lui succéder ; ce dernier n’appartient plus à LR, toutes les conditions sont donc réunies pour qu’il soit tête de liste en 2020.

Mon commentaire : une élection gagnée d’avance ? Pas du tout ! Au Havre, l’alliance PCF/Insoumis représente un sérieux danger pour Luc Lemonnier et son équipe ; on aurait tort de croire que le domaine réservé est un domaine préservé.


La bataille d’Évreux se prépare.

Dans l’Eure, depuis que LREM a fait exploser LR, il y a d’un côté les bons, comprenez ceux qui suivent Bruno Le Maire et Sébastien Lecornu dans leurs aventures “macroniennes”, et de l’autre les méchants, ceux qui refusent de se rallier au président.Guy Lefrand, le maire d’Évreux, est un “méchant”. C’est un homme entier qui ne veut pas se renier, un proche d’Hervé Morin qui s’oppose au gouvernement ; n’a-t-il pas organisé la grève de ses services publics municipaux, à l’automne 2017, pour lutter contre la suppression de la taxe d’habitation ?

- Oui, qu’il est loin le temps où les trois “L” de l’Eure faisaient équipe (Le Maire, Lecornu, Lefrand), c’était il y a 18 mois, une éternité...

Mon commentaire : pour LREM, la bataille d’Évreux est engagée, mais son ancrage territorial est faible. De son côté, Guy Lefrand a crée “Le Beffroy” un microparti pour rassembler ceux qui apprécient son action locale en dehors des jeux partisans, cet ancrage est sa force.


• Saint-Lô, Cherbourg, Alençon...

Trois maires, François Brière (DVD), Benoit Arrivé (PS), Emmanuel Darcissac (DVG) ; alliance ou bataille, les Marcheurs n’ont pas encore fait connaître leurs intentions. À suivre...