Le fameux " et en même temps" cher à Emmanuel Macron confine désormais à l'absurde et il est à craindre que les Marchistes se prennent sérieusement les godillots dans le tapis de la dialectique présidentielle...

On apprend, ces temps-ci que le feu roulant des réformes va aussi concerner les lycées professionnels qui ne sont pas assez attractifs dans la jeunesse française alors que l'économie industrielle de notre pays a cruellement besoin de techniciens, d'ingénieurs ou de professionnels bien formés pour continuer à être compétitive et innovante. La faute à une mauvaise image persistante. La faute à un manque de culture technicienne chez certaines élites françaises. La faute surtout à un manque structurel de moyens qui n'est compensé que par les subventions des Régions. La faute et c'est peut-être le point le plus grave à une confusion très regrettable entre politique de l'enseignement professionnel et politique de la jeunesse en difficulté socio-éducative faute d'avoir pu ou su lire, écrire et compter correctement à la fin de l'école primaire.

La dernière fois que l'on s'était sérieusement penché sur le sort des lycées professionnels ce fut à la fin des années 1990 sous la mandature Jospin avec un certain Jean-Luc Mélenchon comme secrétaire d'Etat dédié. A l'époque, il était déjà question de faire des grands lycées professionnels spécialisés ou "lycées des métiers" avec l'idée d'installer dans les lycées professionnels certaines classes préparatoires pour les grandes écoles d'ingénieurs. Cette politique n'eut pas le temps de porter ses fruits car les financements ne furent pas préservés. D'autres réformes passèrent avec un esprit plus comptable que pédagogique comme la réduction du cursus de quatre à trois ans pour faire des économies avec une réduction massive des moyens horaires dispensés par le Ministère. Pendant ce temps-là, fort heureusement, les Régions ont dépensé sans compter pour mettre à neuf les ateliers, les salles de classe, le parc informatique, les cantines scolaires, les gymnases...

Alors aujourd'hui Monsieur Blanquer, le Ministre de l'Education Nationale qu'on pourrait apprécier, par ailleurs, pour sa vision de l'école primaire afin que cesse au plus vite le scandale de laisser entrer en classe de Sixième des élèves qui n'ont pas correctement acquis l'écriture, la lecture ou le calcul, se propose de conduire une vaste réforme du lycée professionnel...

Sauf que Monsieur le Ministre s'empare surtout de notre montre (financée par les Régions) avec l'outrecuidance de nous dire l'heure!

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 http://www.europe1.fr/societe/bac-pro-et-cap-jean-michel-blanquer-annonce-trois-axes-de-reformes-3664790

Bac pro et CAP : Jean-Michel Blanquer annonce trois axes de réformes

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Le ministre de l'Éducation nationale a annoncé plusieurs axes de changement pour la formation professionnelle, lundi, parmi lesquelles des formations plus claires et un test de positionnement en fin de Seconde.

Insérer les lycées professionnels au sein de campus ou de réseaux, revoir la liste des bacs pro et rendre leur intitulé plus compréhensible, remanier les trois années du lycée : avec ces trois axes annoncés lundi, le ministre de l'Éducation entend revaloriser la voie professionnelle à l'école.

Une voie professionnelle qui a mauvaise presse

Après la réforme du bac général et technologique, Jean-Michel Blanquer s'attaque à la voie professionnelle : éternelle mal-aimée du système éducatif français, elle compte quelque 700.000 élèves, qui préparent un bac pro, un CAP ou une mention complémentaire (formation d'un an après le bac pro ou le CAP).

Cette voie a connu plusieurs réformes au fil des ans, avec notamment la création du bac pro il y a 30 ans. Mais elle reste dévalorisée, contrairement à la situation dans d'autres pays comme l'Allemagne ou la Suisse. Très marquée socialement, elle accueille principalement des enfants des milieux les moins favorisés. La réforme, qui s'inspire d'un rapport de la députée LREM Céline Calvez et du chef étoilé Régis Marcon, s'appuie sur trois "leviers". 

Premier axe : créer de "véritables campus professionnels"

Un projet régional. Certaines mesures devraient commencer à être introduites à la rentrée 2019, certaines sous la forme d'expérimentations. Il s'agit d'abord de renforcer la création de "véritables campus professionnels", "que nous concevrons avec les régions", a annoncé lundi Jean-Michel Blanquer sur RMC/BFMTV.

Fédérer autour des lycées pro. Ils sont actuellement 78 sur le territoire mais peu existent sous la forme d'un réel campus, avec un ou des lycées pro, un centre de formation des apprentis (CFA), parfois un IUT, un internat, des équipements sportifs et culturels, un incubateur d'entreprises et des lieux de formation continue. Pour les lycées pro situés ailleurs que sur des campus, le ministère souhaite qu'ils fassent partie d'un réseau autour d'un métier, à l'échelle régionale (aéronautique, automobile, etc.) ou nationale (services à la personne par exemple).

Deuxième axe : des formations plus claires

Le deuxième axe de la réforme concerne la carte des formations, qu'il faut revoir, afin de mieux prendre en compte les métiers de demain et réduire les effectifs d'élèves dans les filières qui insèrent mal sur le marché du travail (par exemple le bac pro gestion-administration, 75.000 élèves).

Des intitulés plus clairs. Le ministre veut aussi rendre plus lisible la liste des 80 bacs pro, dont les intitulés sont souvent hermétiques. Ainsi, l'intitulé "Industrie des procédés" laisse perplexe, tandis que "Chaudronnerie" n'évoque en rien les métiers actuels auxquels conduit ce bac. Les bacs pro devraient ainsi être regroupés en familles de métiers (métiers du bois, de bouche, de la relation clients, etc.).

Troisième axe : une spécialisation seulement en Première

Une Seconde plus générale. Enfin, le parcours des élèves lors des trois années de lycée sera revu. La Seconde restera une Seconde pro mais la formation sera moins spécialisée. L'élève suivra lors de cette première année une formation par famille de métiers (par exemple le bâtiment), avant de se spécialiser en Première.

Un "test de positionnement" en fin d'année. Toujours en classe de Seconde, les élèves passeront "un test de positionnement", l'équivalent d'un bilan des acquis pour connaître points forts et points faibles, une évaluation à laquelle seront également soumis les élèves des Secondes générale et technologique, a précisé le ministre lundi matin.

Un "chef d'oeuvre". La classe de Terminale proposera deux modules : un pour les élèves visant l'insertion professionnelle tout de suite après le bac, l'autre pour ceux qui souhaitent poursuivre en études supérieures (un BTS le plus souvent). Tous devront aussi réaliser "un chef d'oeuvre", nom du projet à construire sur les deux dernières années, application concrète de leurs enseignements.

Une durée de CAP modulable. Pour le CAP, une formation actuellement le plus souvent sur deux ans, le ministère de l'Éducation veut qu'elle puisse être modulée sur un, deux ou trois ans, en fonction des besoins de l'élève.

Des réformes complémentaires. Cette "transformation" de la voie pro, selon le terme du ministère, est complémentaire avec la réforme des deux autres bacs (général et technologique) et s'articule aussi avec celle de l'apprentissage, toutes présentées en février. Jean-Michel Blanquer veut d'ailleurs que tous les lycées comptent une unité d'apprentissage, afin de "dépasser l'opposition entre apprentissage et enseignement professionnel scolaire".


 Commentaire de Florestan:

Non! Justement les réformes ne s'articulent pas!

D'un côté le ministre veut créer un grand lycée professionnel polyvalent placé sous l'égide des régions. De l'autre, le gouvernement auquel il appartient dépossède les régions de leurs compétences pour privatiser l'apprentissage tout en le recentralisant avec pour conséquence une hécatombe dans la géographie des CFA...

https://www.ouest-france.fr/normandie/apprentissage-deux-centres-sur-trois-menaces-en-normandie-5788609

Le débat parlementaire sur la réforme de l’apprentissage débute cette semaine. Président du conseil régional de Normandie et de Régions de France, Hervé Morin ne décolère pas : il prévient de graves difficultés.

« Le système ne marchera pas. Ça va être d’une complexité gigantesque et ça ne marchera pas », répète Hervé Morin. Le président de la Région Normandie et de Régions de France tire la sonnette d’alarme depuis des mois sur la réforme de l’apprentissage. Alors que démarre ce mardi la phase de débat parlementaire, il a fait le point sur les conséquences à en attendre dans la Région.

La gouvernance, aujourd’hui régionale, transférée demain aux branches professionnelles, diminuera selon lui considérablement le nombre de formations aujourd’hui dispensées. Pire, la mise en place d’un nouveau système de financement au contrat, décidé au niveau national, aura pour effet de rayer de la carte « 44 des 60 centres de formation normands, estime Hervé Morin.  Toutes les formations aux petits effectifs vont fermer. Les centres des villes réussiront à s’en sortir, mais ceux qui sont implantés dans les zones à faible densité démographique ne pourront plus s’autofinancer ».

Privée de cette compétence, la Région a décidé de revoir son investissement sur le sujet. Les dispositifs d’aides aux apprentis (ils représentent 12 millions d’euros, notamment en matière d’aide à la mobilité) seront versés « pour la dernière fois » pour la rentrée scolaire 2018. Les aides régionales versées aux employeurs pour les jeunes de plus de 18 ans (3 millions d’euros pour 3 185 contrats) seront abrogées à la rentrée 2018.


 Lire aussi le communiqué publié ce 28 mai 2018 par l'association des Régions de France. Communiqué plutôt mesuré, pour l'instant, dans la forme mais qui pointe sur le fond l'ubuesque de la situation créée:

http://regions-france.org/actualites/actualites-nationales/reforme-de-voie-professionnelle-scolaire-mesures-sens/

Réforme de la voie professionnelle scolaire : des mesures qui vont dans le bon sens

Le Ministre de l’Education nationale a présenté ce jour la réforme de la voie professionnelle à l’issue d’une concertation à laquelle les Régions ont participé.

Régions de France considère que plusieurs des mesures vont dans le bon sens :

  • progressivité des choix (familles de métiers puis spécialité) ;
  • pluralité des formes : scolaire et apprentissage ;
  • soutien aussi bien à ceux qui font le choix de l’insertion après le bac professionnel qu’à ceux qui souhaitent poursuivre, par une adaptation du contenu de la terminale ;
  • ouverture plus grande au monde économique, y compris sur la redéfinition des diplômes ;
  • accord pour ouvrir la réflexion sur le devenir/l’évolution des Campus des métiers en partenariat avec les Régions.

En lien avec leurs compétences économique et de formation, les Régions seront en première ligne pour mettre en œuvre ces transformations aux côtés de Jean-Michel Blanquer.

Néanmoins, alors que la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale examine demain le projet de loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, les Régions soulignent le risque de cloisonnement des formations professionnelles initiales avec  la politique de l’apprentissage livrée à la loi de l’offre et de la demande et le pilotage de la voie professionnelle confié au Ministère de l’Education nationale et aux Régions.

Les Régions réaffirment leur volonté d’organiser la transversalité et d’adapter sur les territoires l’offre de formation à la réalité de l’environnement économique, à travers une stratégie régionale organisant la complémentarité entre l’apprentissage et la voie professionnelle scolaire, co construite avec l’ensemble des acteurs.

Enfin, cette réforme repose clairement sur une approche repensée en profondeur de l’information sur l’orientation, à travers à une vraie responsabilité confiée aux Régions accompagnée des moyens de l’exercer.