74 ans après le terrible été libérateur de l'été 1944, certains historiens font leur travail, c'est à dire qu'ils réévaluent les faits à la lumière de nouvelles hypothèses, de nouvelles sources documentaires ou de nouveaux outils d'investigation à l'instar des limiers de la police judiciaire chargés de débrouiller une ténébreuse et tragique affaire: par nature, le travail de l'historien est révisionniste et s'il devient négationniste c'est qu'il est tombé sur la tête de l'autre côté du cheval... Il lui faut donc exercer son patient travail d'enquête avec beaucoup de précaution car le sujet du martyre de Caen en juin 1944 demeure encore très sensible, 74 ans après. Raison de plus de l'aborder avec les moyens de la Vérité qui seule permet les résiliences qui ouvrent sur le Pardon et la Réconciliation.

Nous avons sélectionné dans l'édition caennaise de Ouest-France du 6 juin 2018 les deux articles qui suivent...

Premier exemple: l'ampleur véritable  de l'urbicide subi par la Ville de Caen et ses habitants au nom de la Liberté.

Romain Stepkow, un géographe de l'université de Caen armé des dernières technologies numériques, nous démontre que les bombes alliées entre le 6 juin et le 22 juillet 1944 auraient détruit 38% de la surface bâtie de la ville: il serait donc faux de croire que Caen fut détruite à plus de 70% comme il a été souvent répété depuis. Nous avions déjà évoqué sur l'Etoile de Normandie cette thèse innovante qui démontre une confusion entre surface bâtie réellement rasée par les bombes et nombre de logements détruits: cela ne fait que confirmer le terrible urbicide commis contre la ville de Caen car c'est la densité urbaine centrale qui a été visée, là où se concentraient les planchers habitables dans les immeubles les plus hauts, là où se trouvaient aussi les architectures et les biens culturels ou artistiques les plus estimables.

Ce chiffre de 38% de destructions directement imputables aux bombardements ne tient évidemment pas compte des destructions engendrées par le déblaiement et le nouveau plan d'urbanisme d'une Reconstruction qui ne sera pas à l'identique (sauf pour quelques rares monuments classés): il serait intéressant d'estimer ce surcroît de destructions commises entre 1944 et 1963 car il est probable que ce qui reste aujourd'hui du bâti caennais datant d'avant la guerre sur le territoire communal représente désormais moins de 50% de la surface bâti, et encore, nous ne comptons pas dans le calcul de cette estimation les ensembles immobiliers importants pourtant rescapés de la guerre et de la reconstruction qui furent rasés ces 20 derniers années par des promoteurs immobiliers sans scrupules (par ex: l'ancien couvent Saint Vincent de Paul et une large partie du Bon Sauveur).

06-06-2018 22;08;17

Second exemple: l'énigme du massacre des résistants emprisonnés à Caen assassinés par la Gestapo le jour du 6 juin 1944.

Ce massacre nazi reste un sujet douloureux et comme celui des victimes civiles normandes de la Libération il a longtemps été passé sous silence d'autant plus que les barbares de la Gestapo voyant leur fin venir ont voulu tout "nettoyer" après leur passage en ne laissant aucune trace de leurs sinistres forfaits: les corps des 87 résistants fusillés furent exhumés de la prison et transportés par camions vers le sud de la ville pour y être enterrés dans un lieu tenu secret. Mais il se pourrait qu'à la faveur de rares témoignages et par une analyse précise des sources documentaires encore disponibles on puisse déduire le lieu où les corps de ces martyrs de la Liberté peuvent reposer...

06-06-2018 22;05;04