Nous aimons bien la devise de Beaumarchais qui préside à chaque une du Figaro, l'un des derniers grands quotidiens d'information français d'audience "nationale" donc parisienne: "Sans liberté de blâmer, point d'éloge flatteur."

Et quand un article qui parait dans un journal de qualité ou ayant cette réputation n'est pas bon, il faut le dire d'autant plus lorsque le sujet abordé concerne directement ce qui nous préoccupe ici, à savoir, la Normandie, son image et ses projets dans l'un de ses lieux les plus symboliques, le Mont Saint Michel en l'occurrence.

L'article à lire ci-dessous paru le 4 juin 2018 est plus que décevant: il a abusé notre confiance comme le ferait la fausse monnaie.

Comme souvent, le problème de départ est bien posé:

  • La valorisation touristique du Mont St Michel dans sa médiocrité notamment commerciale insulte l'esprit des lieux.
  • Le Mont Saint Michel "Tour Eiffel du Moyen-âge" (l'expression est la nôtre) est une tirelire dont le profit principal n'est pas destiné à améliorer la qualité de l'accueil et à mieux présenter sur place, l'histoire, la géographie, la culture et la spiritualité de ce haut-lieu de l'âme française et normande...

L'article pointe, notamment, le blocage du projet de créer un établissement public national dédié au Mont St Michel par Philippe Belaval, le directeur de la Réunion des Monuments Nationaux mais la journaliste parisienne (est-elle allée sur place?) ne pousse pas plus loin la curiosité de son enquête au risque de faire allusion, non sans paresse intellectuelle, à une sempiternelle querelle totalement, définitivement hors-sujet si l'on devait, enfin, parler de cette question de l'avenir du Mont Saint Michel de façon intelligente, sérieuse, responsable et positive.

L'article n'offre aucune perspective de réflexion puisqu'il ignore les solutions qui sont à l'étude, solutions normandes pour la plupart d'entre-elles, consistant à créer dans le cadre du futur Etablissement public national un centre d'interprétation du patrimoine avec l'objectif de présenter aux touristes et pélerins le Mont Saint Michel dans son contexte culturel, spirituel, géo-historique authentique et global. Cela revient à dire et à assumer aussi les deux réalités suivantes pour mieux les défendre et les valoriser:

1) Le Mont Saint Michel est en Normandie et c'est l'un des hauts-lieux de l'identité de notre région.

2) Le Mont Saint Michel n'est pas historiquement et spirituellement lié à Saint Malo mais à Avranches et à l'Avranchin, ancien diocèse et véritable pays du Mont Saint Michel qui partage la Baie (et pas le Mont, la confusion est savamment entretenue...) avec la Bretagne voisine: c'est à Avranches et non pas à Fougères, à Rennes, Nantes ou à Saint Malo que se trouve toujours conservé le trésor artistique, historique, culturel et spirituel de la "Merveille de l'Occident", notamment quelques 200 manuscrits médiévaux aussi extraordinaires que précieux qui se trouvent conservés à la bibliothèque patrimoniale de l'hôtel de ville d'Avranches et présentés au Scriptorial d'Avranches, qui présente la muséographie sur le Mont Saint Michel qui n'est pas présentée au Mont Saint Michel.

L'article de la journaliste du Figaro ne fait aucune allusion à Avranches et à son Scriptorial. Elle ne parle pas du projet du futur Etablissement public du Mont Saint Michel et des intentions de la Région Normandie dans ce dossier aussi sensible que symbolique. Elle ne parle pas non plus du rapport très critique de la Chambre Régionale des Comptes de Normandie sur le sujet ou du rapport du CESER de Normandie sur le sujet qui pourrait, lui aussi, faire l'objet de nombreuses remarques aussi critiques qu'impertinentes:

Comme beaucoup de plumitifs parisiens quelque peu fainénants sur un sujet qui, finalement, ne les intéresse guère au-delà de la question folklorique que vous savez, elle n'a vu du Mont Saint Michel que ce qu'une promotion touristique fallacieuse peut en dire sur le quai de la gare de Rennes en descendant d'un TGV parisien...

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