A une journée de la clôture de la première édition du Forum mondial de Caen "Normandie pour la Paix" qui ambitionne de s'installer dans l'agenda mondial comme le grand rendez-vous de réflexion  et de rencontres autour du thème de la Paix, des relations internationales et des questions de sécurité, à l'instar du forum de Davos en Suisse pour les questions économiques et financières, celles et ceux qui ont pu participer à ces deux journées très intenses organisées à l'abbaye aux Dames sont unanimes:

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Cette première édition un peu expérimentale fut un succès. Les débats, ateliers et conférences plénières attirèrent du monde avec, notamment, de nombreux étudiants et lycéens. Et les échanges furent jugés par les spécialistes présents d'un haut niveau. 5000 personnes, au total, ont fréquenté le forum. 65 journalistes venus du Monde entier ont couvert l'évenement avec, notamment, la présence sur les deux jours de Ban Ki-Moon, l'ancien secrétaire des Nations Unies, une ONU qui était venue en force à Caen d'ailleurs avec la présence de hauts cadres dirigeants. On pensera, par exemple, au Russe Alexandre Zouev, responsable des missions des Casques Bleus qui découvrait, enfin, la Normandie qu'il connaissait pourtant depuis l'école à cause de l'épopée des aviateurs de l'escadrille "Normandie-Niemen". Lors de la dernière plénière, vendredi 8 juin, à laquelle nous avons pu assister, il a déclaré ceci: "je suis arrivé depuis deux jours et je suis stupéfait par la beauté historique et politique de la Normandie" (sic!).

Autre personnalité présente et très remarquée sur le forum, Hubert Védrine, l'ancien ministre des affaires étrangères qui a fermement rappelé la nécessité de nous préparer au grand retour de la géopolitique (mais elle n'est jamais partie, c'est seulement nous autres somnambules qui nous réveillons)...

L'un des moments qui restera sera celui de la remise du Prix Liberté avec pour témoin un vétéran américain du Débarquement de 1944.

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Autre grand moment: la présentation d'un indice global de la Paix par son concepteur, l'homme d'affaires et philanthrope australien Steve Killelea, indice composite qui synthétise des dizaines d'indicateurs mesurant le niveau de violence sociale, politique, institutionnelle, économique dans les sociétés humaines de chaque pays. L'idée étant de saisir avec objectivité les réalités qui font qu'une société humaine est "paisible" ou non tout en estimant, à destination des décideurs politiques et économiques, l'impact financier de la violence sur les sociétés humaines. Cet indice existe depuis 12 ans maintenant et le pays le plus paisible du Monde c'est... l'Islande tandis que le Portugal, à la 4ème place mondiale de ce classement très enviable, est donc le pays membre le plus paisible d'une Union Européenne qui voit se dégrader, au sein de cet indice global de Paix, le critère de la tolérance et de l'acceptation du droit des autres...

Chose signifiante: dans son brillant exposé, l'Australien n'a pas parlé de la France en tant que telle. C'est que l'étoile de la "patrie des droits de l'Homme et du citoyen" ne brille plus assez pour être considérée...

Outre la fréquentation du "grand public", l'intérêt du forum était de se faire rencontrer physiquement des grands spécialistes, acteurs politiques ou institutionnels des relations internationales venus du Monde entier et qui, en raison d'agendas surchargés, n'ont pas souvent sinon jamais l'occasion de se rencontrer directement: le pari normand de ce forum d'un genre inédit se trouve là et d'après les premiers retours, l'idée de se retrouver régulièrement, une fois par an à Caen en Normandie a séduit et pourrait faire son chemin. L'idée c'est que des rencontres informelles puissent avoir lieu dans le forum ou en marge du forum entre gens qui devraient se rencontrer pour se parler mais qui pour toutes les mauvaises raisons du monde ne se rencontrent pas et ne se parlent pas. C'est ainsi que sur ces deux jours, des Palestiniens et des Israéliens se sont croisés dans les jardins de l'abbaye aux Dames fondée par la Reine Mathilde qui avait voulu qu'elle fût toujours une maison de Paix.

C'est, en effet, l'un des objectifs les plus ambitieux du forum "Normandie pour la Paix": celui de généraliser le principe du "format Normandie" mis en oeuvre pour discuter, entre partenaires concernés, d'une solution à la question de l'Ukraine orientale (séparatisme russe du Donbass), à savoir, profiter d'une occasion "informelle", en l'occurrence une réception au château de Bénouville le 6 juin 2014 à l'occasion du 70ème anniversaire du Débarquement, pour discuter du fond puisqu'on est là, ensemble, à jouir des aménités normandes (il se dit que Poutine adore manger des fruits de mer sur le vieux port de Honfleur...).

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A la fin de la dernière plénière, Hervé Morin président de la Normandie et ancien ministre de la Défense ne cachait pas sa satisfaction face à Justin Vaïsse, historien spécialiste de la diplomatie américaine, directeur du Centre d'Analyse, Prévision et Stratégie du ministère des affaires étrangères et qui a été chargé par Emmanuel Macron d'organiser, à l'automne prochain à l'occasion du 100ème anniversaire de l'armistice de 1918, un... forum de Paris pour la Paix qu'il s'est empressé de présenter comme ne devant surtout pas doublonner ou concurrencer le forum normand au point de faire, devant un Hervé Morin goguenard, un peu d'humour... jacobin: "pour une fois que Paris peut piquer une bonne idée à la province". Le mot fut diversement apprécié dans la salle. Justin Vaïsse a donc argumenté pour défendre un peu mieux son affaire:

Le forum de Paris va se concentrer sur la gouvernance (sous-entendu: le forum normand est trop généraliste) avec invitation des ministres des affaires étrangères (l'absence à Caen en Normandie de Jean-Yves Le Drian, officiellement ministre des affaires étrangères à la France mais pas de la Bretagne a été notée) car face à la montée des populismes et au grand retour de l'égoïsme dans le concert des grandes puissances, c'est notre modèle européen démocratique, libéral (au sens politique du mot) et multilatéral qui redevient minoritaire au risque d'une mise en cause comme jamais depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Il y aurait donc deux forums en France consacrés à la Paix et à la sécurité internationale: Caen- Normandie en juin et Paris en novembre. On a fait deux guerres mondiales: évitons la guerre entre deux forums consacrés à la Paix mais il est évident que l'actuel président de la République n'a guère apprécié l'incursion d'Hervé Morin Le Normand dans le sacro-saint domaine réservé de notre monarque républicain (Le Drian, visiblement ne sert à rien sauf à signer nos contrats d'armement avec l'Arabie Saoudite...) et au lieu de se réjouir de voir s'accroître l'influence française dans le Monde par le déploiement d'un "pouvoir doux" normand (Le Drian étant le ministre du "soft power" breton), il semble tout faire pour en limiter la portée surtout lorsqu'il s'agit du coeur même du pouvoir régalien.

Le fait, d'ailleurs, que les problématiques de Paix et de sécurité internationale n'aient toujours pas de forum mondial dédié s'explique précisément par le fait que ces questions éminentes ressortent du domaine réservé des chefs d'état: l'innovation normande est donc très ambitieuse, elle est même révolutionnaire car il s'agit de faire enfin sortir ces questions essentielles souvent de vie ou de mort des cabinets ministériels, des antichambres du Pouvoir pour mieux les mettre sur une place publique mondiale afin de les offrir à la sagacité d'une société civile d'ONG, de chercheurs universitaires, d'experts à l'occasion d'un forum mondial fonctionnant sur le principe d'une grande université populaire (pendant ces deux jours, l'ensemble ou presque du programme du forum était gratuit et en accès libre avec inscription préalable sur le site Internet).

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Si l'on devait comparer à Davos ou à ce qui va se faire à Paris en novembre prochain, l'originalité du forum Normandie pour la Paix, c'est bien celle-là: son accessibilité citoyenne.

L'année prochaine, le forum "Normandie pour la Paix" se tiendra à peu près aux mêmes dates (il serait judicieux de glisser sur le samedi pour une audience publique encore plus importante) et les acteurs du retour à la paix civile en Colombie seront mis à l'honneur.

Enfin, alors que la sonnerie de l'Angelus, qui commémore depuis 1456 la fin de la Guerre de Cent ans, se faisait entendre aux clochers de l'abbaye aux Dames, Hervé Morin a tenu à remercier très chaleureusement les "fonctionnaires du conseil régional qui ont tous bossé avec efficacité et dévouement" pour la réussite matérielle impeccable de cette première édition et a chaudement félicité, sous les applaudissements nourris du public encore présent sous la grande toile du forum, celui qui fut à l'origine du concept: François-Xavier Priollaud, vice-président du Conseil régional, maire de Louviers et grand amateur de diplomatie et de relations internationales.

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 François-Xavier Priollaud, au centre de cette photo.


 Commentaire de Florestan:

Premier forum mondial "Normandie pour la Paix": mission accomplie avec, cependant, un regret... C'est que les médias nationaux donc parisiens n'en aient pas plus parlé. Tant pis pour eux! Ils ne sont plus au centre de grand chose désormais...

Néanmoins, le forum mondial normand sera définitivement confirmé à l'agenda international lorsqu'il suscitera l'organisation dans les rues de Caen un "alterforum " international associatif et militant sur les mêmes sujets. La graine plantée ces jours derniers germe d'ailleurs déjà puisqu"à l'entrée de l'abbaye aux Dames, des militants associatifs tractaient leur message contre la corruption des institutions politiques en Europe...

Après la dernière plénière, nous avons eu le plaisir de dialoguer avec Michael Dodds, le directeur de l'agence de l'attractivité régionale pour lui dire, à nouveau, le rôle historique joué par la Normandie dans la naissance de l'état de droit moderne occidental ainsi que pour lui rappeler que l'oeuvre philosophique de l'abbé Pierre-Irénée Castel de Saint Pierre, qui forgea au début du XVIIIe siècle les concepts de notre sécuriité collective contemporaine, était, en large partie, inédite. Il serait judicieux qu'un projet scientifique régional autour de l'oeuvre de ce grand Normand des Lumières soit mis en oeuvre à l'initiative du Conseil Régional.

Enfin, nous avons échangé avec Nicole Gnosotto, experte à l'Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale dont nous avions apprécié la lucidité des analyses sur l'impossibilité de justifier absolument par une valeur morale l'action d'une politique diplomatique, pour lui rappeler que le lien entre la Normandie, la Paix et la Liberté par le Droit était une affaire qui remontait au droit normand: Nicole Gnosotto nous a alors dit qu'elle connaissait Sophie Poirey, notre spécialiste universitaire du sujet. Nous en avons donc profité pour dire à Nicole Gnosotto qu'un projet de classement du Droit Normand à l'UNESCO était à l'étude à l'initiative de Sophie Poirey. Ce dossier, s'il aboutissait avec celui du classement des Plages du Débarquement (annoncé pour juillet 2019), permettrait de confirmer la légitimité d'un "pouvoir doux"  mondial de la Normandie sur un sujet essentiel.


 VOIR AUSSI: le reportage officiel proposé par la région sur le déroulement de ces deux journées internationales normandes exceptionnelles...

https://www.normandie.fr/forum-normandie-pour-la-paix-comprendre-la-guerre-pour-mieux-construire-la-paix?utm_medium=email&utm_source=newsletter&utm_campaign=normandirect101

Forum Normandie pour la Paix : comprendre la guerre pour mieux construire la paix

Le 07 Juin 2018

Jeudi 7 juin, 9 heures du matin. Des centaines de lycéens, étudiants, enseignants, retraités, élus et militants associatifs affluent sur le site de l’Abbaye-aux-Dames à Caen pour assister au premier Forum Normandie pour la Paix organisé par la Région Normandie.
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Pour l’ouverture de cet événement international, de grandes personnalités sont réunies dans la salle des séances plénières devant un public dense pour évoquer l’état du monde, ses conflits, tensions et violences contemporaines. « J’ai voulu que cet événement ne soit pas seulement dédié à l’observation et à l’analyse, prévient en préambule Hervé Morin, le président de la Région Normandie, mais qu’il soit aussi dédié à l’action. Cela suppose d’analyser les enchaînements qui amènent de la crise à la guerre pour mieux les prévenir, identifier les causes majeures précurseurs de conflits.»

Et c’est ce à quoi vont s’attacher les différents intervenants de cette conférence inaugurale. Citant le philosophe Tocqueville, Ramon Luis Valcarcel Siso, vice-président du Parlement européen, rappelle que les guerres sont aujourd’hui moins nombreuses qu’aux siècles passés mais que « Plus l’écart entre une situation réelle et une situation idéale s’estompe, plus il devient insupportable ».

La présidente honoraire de l’Appel de Genève, Elisabeth Decrey Warner, enjoint la communauté internationale à travailler avec les groupes armés non étatiques pour les sensibiliser à la paix et aux droits de l’homme. Pour l’ancien ministre Hubert Védrine « l’Europe est la fille de la paix ». Abdoulaye Bathily, ex représentant aux Nations Unies pour l’Afrique centrale, dresse un tableau du continent africain où les conflits découlent de plus en plus de l’aggravation du climat, doublée d’un échec politique et économique. Plus largement, selon Renaud Girard, grand reporter au journal Le Figaro : « Le destin de la planète ne veut plus obéir à l’Occident ». Le mot de la fin revenant à Bertrand Badie, professeur des universités en sciences politiques : « Quand vous ferez de l’autre votre égal, vous en ferez un pacifique ».

Le Village pour la Paix

Pendant ce temps, de nombreux jeunes se pressent sur les stands des ONG présentes sur le Village de la paix, qui accueille aussi une série d’expositions ainsi qu’une vaste librairie éphémère où peut être consultée à loisir toute une sélection d’ouvrages sur le thème de la paix, de la mémoire et de la liberté (et rencontrer des auteurs).

Des ateliers qui font salles combles

Après la pause repas, l’intérêt du public ne retombe pas. Les files d’attente se forment pour assister à tel ou tel débat, à l’image de celui qui se tient dans l’auditorium de l’abbaye où de nombreux lycéens, notamment, se sont engouffrés. Attentifs, ils écoutent les témoignages de grands reporters de guerre qui ont couvert conflits, massacres, génocides au Cambodge, au Rwanda, en Bosnie, ou en Birmanie avec l’actuelle déportation des Rohingyas. Le thème qui les réunit en ce début d’après-midi est « comment dire l’indicible ?». Sur ce sujet quasi philosophique, leur approche est pédagogique. Pour Renaud Girard, du Figaro : « Il faut vérifier les rumeurs et raconter ce que l’on voit ». Jon Swain, du Sunday Times, explique qu’il est le témoin de ses contemporains, leurs yeux et leurs oreilles. Rémy Ourdan du journal Le Monde pense quant à lui que « rien n’est indicible car il y a toujours un moyen de raconter, sauf pour les victimes. Il faut trouver les bons mots, les mots justes pour que nous puissions informer et que les gens puissent nous lire», conclut le journaliste.

Témoignage d’un ex enfant soldat

Le récit poignant de Michel Chikwanine, kidnappé à 5 ans en République Démocratique du Congo, fait grande impression lors du débat intitulé « Enfants soldats : prévenir leur recrutement, garantir leur réinsertion ». A la question comment réinsérer, celui qui est maintenant étudiant à Toronto répond : « Il faut que les pays occidentaux se posent les bonnes questions : c’est notamment à cause de la prolifération des armes de petit calibre qu’on a recours aux enfants soldats. Enfant soldat n’est pas un statut à vie, même si cet épisode traumatique nous accompagne tous les jours. Réinsérer demande des moyens et des solutions individualisées. Est-ce qu’on est prêt à investir dans la paix, même si cela rapporte moins d’argent que la guerre ? »

 

 


Forum Normandie pour la paix : J2

 

https://www.normandie.fr/forum-normandie-pour-la-paix-j2?utm_medium=email&utm_source=newsletter&utm_campaign=normandirect101

Le 08 Juin 2018

Plus de 5000 participants, dont de nombreux étudiants et lycéens, et 60 journalistes pour cette première édition. Rendez-vous l'année prochaine !
Participants

La journée de jeudi s’est achevée avec le témoignage de Lassana Bathily, rescapé de l’attentat perpétré contre l’Hypercasher de la porte de Vincennes, qui a raconté par le menu sa folle et tragique journée du 9 janvier 2015. Son récit a conclu la conférence plénière intitulée « Terrorisme et nouvelles violences : comment faire face ? » où sont notamment intervenus Pierre de Bousquet de Florian, coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, et Mohammed Mahmoud Ould Mohamedou, ancien ministre des Affaires étrangères de Mauritanie.

Ce vendredi matin, place aux jeunes avec la présentation du nouveau prix Liberté qui récompensera à partir de 2019 une personnalité engagée de façon exceptionnelle en faveur de la liberté. Créé par la Région Normandie, ce prix sera décerné par un panel de jeunes du monde entier, selon un processus pédagogique inédit. Le premier lauréat sera dévoilé lors de la 2e édition du forum Normandie pour la paix.

Les conflits de demain

A 10h30, RDV à la conférence plénière sur le thème : « Aux origines des conflits de demain, quels facteurs de déstabilisation ? ». Pour répondre à cette vaste question, les organisateurs de Normandie pour la Paix ont convié des personnalités de très haut vol, à commencer par le 8e secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon. « Nous sommes face à de nombreux défis, a-t-il rappelé, mais aussi face à de nombreuses opportunités pour que le monde aille mieux. Je répète souvent aux leaders mondiaux qu’ils s’assurent que leur leadership serve leur peuple mais aussi le peuple du monde. Nous devons avoir une citoyenneté mondiale ! »

Alain Boinet, fondateur de l’ONG Solidarités International, souligne que la tendance est à la diminution des conflits mais que paradoxalement, le nombre de réfugiés est passé de 40 millions de personnes en 2006 pour atteindre le chiffre de 70 millions cette année. « Quand une population n’a pas les moyens vitaux, elle se met en marche pour les trouver » a-t-il expliqué.

La conclusion revenant à Jean Fabre, ancien directeur adjoint au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), qui a exhorté tous et toutes à oser la fraternité : « La pauvreté tue davantage que les guerres et il y a 15 fois plus de risque de conflits dans les pays pauvres que dans les pays riches. N’oublions pas qu’à travers le monde, ce sont 1 700 milliards d’euros dépensés chaque année dans l’armement quand 140 milliards sont  injectés dans l’aide au développement. Le partage est une chose nécessaire » a souligné ce grand spécialiste sous les applaudissements de la salle  avant de laisser la place à l’appel de la Normandie en faveur des Rohingyas.

L’appel de Normandie

Les Rohingyas sont des musulmans birmans persécutés dans leur propre pays. A ce jour, 700 000 personnes ont été déplacées avec le lot d’exactions, de viols, de meurtres que cela implique. Après son bac, Tun Khin, président de l’organisation Burmese Rohingyas UK (BROUK) et Rohingya, a fui son pays pour suivre ses études en Angleterre, ce droit  lui étant interdit en Birmanie en raison de son origine ethnique. Son témoignage fait grande impression : « C’est une persécution systématique contre mon peuple, une persécution religieuse, ethnique et culturelle. Pour moi, ce qu’il se passe avec les Rohingyas est un génocide car fait de manière délibérée ». Philippe Bolopion, de Human Rights Watch, abonde : « En Birmanie, il y a un énorme racisme envers les Rohingyas. L’Etat Birman ne cache pas ce qu’il est en train de faire. Il faut que la communauté internationale bouge sinon il n’y aura plus de Rohingyas en Birmanie ». D’où l’appel de Normandie lancé par Hervé Morin.

Commémorer, raconter, éduRencontre entre Lassana Bathily et Latifa Ibn Ziatenquer : comment fonder la culture de paix

Les débats sont également très prisés du public ; les questions abordées et la qualité des intervenants y étant pour beaucoup. Les quatre invités autour de la question Commémorer, raconter, éduquer : comment fonder la culture de paix ? ont, avant tout, délivré des messages de paix. A l’image de Latifa Ibn Ziaten, dont le fils a été abattu par Mohamed Merah : « Si je suis là c’est parce que mon fils est mort debout alors je dois rester debout. L’Education Nationale n’est pas la seule solution à l’éducation car celle-ci commence à la maison. Les parents doivent cadrer leurs enfants, ils se doivent de les accompagner ».

Pour le fils de Simone Veil, Pierre-François Veil, président du Comité français pour Yad Vashem : « Commémorer, raconter, éduquer sont les fondamentaux de Yad Vashem car ce sont les facteurs indispensables pour construire la paix ».

La Tunisienne Marwa Mansouri, présidente de l’association Cultivons la paix, fondatrice et secrétaire de l’association Coexistence se demande, elle, comment éduquer à la non-violence. « Je viens d’un pays qui a vécu le printemps arabe en janvier 2011 avec des gens privés de leur liberté de conscience et d’autres  de leur liberté d’expression, avec tous les antagonismes que cela implique. Il n’y avait pas de vivre ensemble en Tunisie et sans vivre ensemble, il n’y a pas de démocratie ».

Le changement climatique : pire que les conflits armés

Tous les intervenants insistent sur la gravité des phénomènes et des conséquences du changement climatique partout dans le monde. Une sorte de bombe à retardement qui chassera de leur pays des dizaines (voire centaines !) de millions de personnes. « Il y a déjà 3 fois plus de personnes déplacées à cause du changement climatique qu’à cause des situations de conflits », souligne la Néerlandaise Annick Hiensch, responsable des affaires politiques au bureau de liaison de l’ONU pour la paix et la sécurité. « Il faut absolument se mobiliser et agir à tous les niveaux, individuel, local, national, européen et planétaire », martèlent en chœur les autres intervenants, Magnus Berntsson, président de l’Assemblée des régions d’Europe, en tête. « Il faut que les responsables politiques de tous bords comprennent enfin que lutter contre le changement climatique, c’est construire un nouveau projet de société qui nécessite de tout repenser et de tout reconstruire, et qui donc créera de l’emploi », insiste Valéry Laramée de Tannenberg, rédacteur en chef du Journal de l’Environnement.

Ne pas laisser les gens avec leurs peurs

« Sur la question des réfugiés, on ne voit que les conséquences, on ne parle que de chiffres, on ne voit pas les visages, on oublie les causes ». C’est ainsi que Bostjan Videmsek, journaliste reporter de guerre et correspondant à l’étranger, plante le décor pour lancer le débat « Quelle réponse à la crise des réfugiés ». « Il y a des causes visibles mais il y a aussi des causes profondes qu’il faut aller chercher, explique Jean-Jacques Poumo Leumbe, président d’APADIME. Par exemple au Congo, il y a une guerre de minerais et derrière il y a des multinationales qui veulent se partager les ressources. Il est temps d’aller à la source, de s’attaquer aux causes racines. »

« Aujourd’hui pour traiter la question des réfugiés, estime Ralf Guenert, représentant du Haut Commissariat aux réfugiés (HCR), il faut partager les responsabilités à l’échelle internationale, il faut inventer de nouveaux outils pour cela. Il faut aussi que démontrer aux populations européennes que l’accueil des réfugiés peut être une opération gagnant-gagnant, il ne faut pas laisser les gens avec leurs peurs, il faut parler, expliquer. Il y a en Europe une majorité de gens ouverts. »

Rendez-vous l’année prochaine !

19h. Après une dernière conférence consacrée à « Comment définir une nouvelle paix », le rideau de ce premier forum mondial Normandie pour la paix retombe.

Le dernier mot revient au président Hervé Morin qui se projette déjà l’année prochaine : « A travers ces échanges de très haute tenue, la Normandie a montré sa capacité à accueillir un événement de cette ampleur. Nous allons travailler dès à présent sur plusieurs pistes qui me tiennent à cœur : faire de ce forum un rendez-vous ouvert à tous, la présence de ces centaines de lycées durant ces deux jours était magique et nous allons poursuivre dans cette voie. Je souhaite aussi que nous nous appliquions à l’avenir à bâtir avec des scientifiques et des universitaires, des modèles de médiation qui pourront être déclinés partout dans le monde. Il faut également faire en sorte que la Normandie devienne le lieu où se renouent les fils d’un dialogue qui a été perdu, et où on présente les initiatives qui fonctionnent en matière d’éducation et de développement. La Normandie est et sera la grande région de la paix et de la liberté ! »