Il y a quelques jours un gros nuage d'orage s'est littéralement vidé sur la commune de Breteuil sur Iton inondant rues et routes ainsi que les rez-de-chaussée. Un automobiliste a même trouvé la mort, sa voiture ayant été emportée par des eaux furieuses dans le fossé...

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Mais après les inondations, un bel esprit de solidarité s'est mis en branle pour porter assistance aux sinistrés. Une solidarité normande d'autant plus méritoire qu'il faut compter avec la paperasse, les assurances et les escrocs qui profitent, hélas, de la situation de faiblesse de certaines personnes choquées et sinistrées: lire, ci-après, un reportage plein d'humanité proposé par le journaliste de Paris-Normandie (13 juin 2018)

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Le mauvais coût des inondations dans le sud de l’Eure

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Économie. Une semaine après le débordement de l’eau et les orages qui ont touché le sud de l’Eure, les commerçants et artisans de Breteuil chiffrent les dégâts et tentent de reprendre leur activité.
Alors que la visite de l’électricien laissait présager d’une réouverture partielle du camping de Breteuil, ce week-end ou lundi, un appel de la préfecture de l’Eure mardi soir a vite éclipsé cette lueur d’espoir. Le camping des Berges de l’Iton reste fermé, « jusqu’à nouvel ordre ». Les fortes pluies qui se sont encore abattues sur la commune mardi ont fait grimper de nouveau le niveau de l’eau. « L’année paraissait meilleure que l’an dernier. Nous avions pas mal de réservations, estime Valérie Ferreira, la conjointe du propriétaire du camping. Nous sommes assurés pour la perte d’exploitation [qui n’a pas encore été chiffrée, Ndlr], mais nous ne savons pas à quelle hauteur ».

Après les inondations et les violents orages qui ont frappé le sud de l’Eure depuis la semaine dernière, les commerçants et les artisans tentent d’évaluer les dégâts et de reprendre une activité au plus vite.

Un fonds « intempéries »

Le magasin de chaussures C ma pointure, rue Aristide-Briand, a été inondé deux fois, les 28 mai et 4 juin. « J’ai dû mettre près de 500 paires de chaussures à la poubelle dont certaines que je n’avais pas encore payées », se désole Brigitte Furon, la commerçante, dont le préjudice a été évalué à 19 000 €. Elle espère cependant rouvrir la semaine prochaine. « Mais il faut assécher le magasin correctement. Ce qui m’angoisse plus, c’est de ne plus pouvoir travailler », lâche la commerçante, installée à Breteuil depuis deux ans.

Son voisin, le vendeur de kebab, a été lui aussi inondé deux fois. « Il y avait de l’eau partout, jusqu’à dix centimètres à l’intérieur », rappelle Hilmi Sahan, installé depuis dix ans. L’un de ses deux réfrigérateurs et son

congélateur ne fonctionnent plus. « J’ai dû jeter 5 kg de viande, 3 kg de nuggets, 20 kg de frites, énumère le gérant. On m’a prêté un congélateur et je vais faire un devis pour le réfrigérateur. » Le restaurateur doit aussi changer trois portes. Le coût total devrait s’élever à plusieurs milliers d’euros. Malgré tout, il a pu rouvrir son commerce dès mardi soir. La sécurité sociale des indépendants (ex-RSI) est aussi mobilisée pour aider les commerçants et artisans sinistrés. « Nous disposons d’un fonds intempéries pour que les bénéficiaires aient une indemnisation rapide, explique Alain Debuigny, responsable des relations avec les assurés. C’est une subvention qui peut aller jusqu’à 2 500 €, qui ne couvre pas tout le préjudice mais permet aux travailleurs indépendants de redémarrer leur activité au plus vite. » Une seule demande a été enregistrée pour l’instant.

80 % d’activité en plus

Certains commerces peinent à reprendre une activité normale, quand d’autres tournent à plein régime. Au magasin d’électroménager Pro & Cie, rue Aristide-Briand, c’est la ruée depuis mercredi dernier. Le magasin a enregistré près de 80 % d’activité en plus. Il a même fallu ouvrir le dimanche pour répondre à la demande. Son responsable Frédéric Gombault est intervenu une vingtaine de fois dans Breteuil pour remplacer les antennes foudroyées par les violents orages. Une cinquantaine de téléphones fixes ont été vendus. Les demandes concernent aussi les gros appareils électroménagers : lave-linge, congélateur... À l’heure actuelle, « nous faisons les dossiers d’assurance pour les clients : des certificats d’irréparabilité, des devis de remplacement à l’identique, complète Nathalie Gombault, la co-gérante, qui se montre empathique envers les sinistrés. Une semaine après, les gens sont encore très choqués et ont besoin de parler. Mais faire du commerce dans ces conditions, on n’aime pas ».

De faux agents et une vraie solidarité

Le message a été placardé sur la plupart des vitrines des commerces de Breteuil. Un appel à la vigilance est relayé par la gendarmerie et la police municipale.
De faux agents communaux effectuent actuellement un « porte-à-porte frauduleux » afin d’obtenir des dons d’argent pour les personnes sinistrées. En aucun cas la commune de Breteuil n’est associée à ce genre d’initiative. « Nous ne prenons aucun don d’argent, c’est la Croix-Rouge et le Secours populaire qui s’en chargent », relate le directeur général des services, Bruno Louidet. Depuis vendredi, une urne de la Croix-Rouge a été installée à cet effet, à l’accueil de la mairie.
La municipalité constate par ailleurs que « des individus font du démarchage pour débarrasser les maisons. Nous conseillons aux gens de ne rien faire, tant que les experts ne sont pas passés ».
En revanche, des conseillers municipaux sont chargés de collecter des vêtements, du mobilier, des appareils électroménagers pour les redistribuer ensuite aux personnes sinistrées. Les dons de particuliers affluent également à la fondation Buhorel, près de la Poste, où toute la marchandise est stockée. « Il y a une solidarité impressionnante », constate avec bonheur Françoise Bulard, l’adjointe aux Affaires sociales.
Patrice Lemez, le garagiste de la rue Clemenceau, se joint aussi cet élan de solidarité. Il a prêté généreusement quatre véhicules à des personnes sinistrées qui ont tout perdu. Et pour la dizaine de véhicules en attente de réparations, « je ne facture pas le parking pendant un mois », précise le garagiste.
  Vincent FOLLIOT