La crise humanitaire des migrants qui sont plus de 15000 (depuis janvier 2015) a avoir trouvé la mort par noyade dans la profonde douve méditerranéenne qui nous sépare de la misère et de l'enfer, a pris ces derniers jours un tour pathétique avec le rejet des côtes italiennes de l'Aquarius un navire affrété par l'association SOS Méditerranée avec, pour conséquence, une lamentable pantalonade franco-italienne au plus haut sommet des états concernés entre accusation de cynisme du côté français et d'hypocrisie du côté italien.

Sauf que pendant que les chefs de gouvernement se cherchaient noise par communiqués de presse interposés, d'autres responsables politiques tant en France qu'en Italie ont fait des propositions plus sages et avisées tout simplement plus humaines en se proposant d'accueillir l'Aquarius et ses quelques 600 naufragés (si l'on compte les navires de guerre italiens qui naviguent de conserve avec le bateau humanitaire).

Et c'est ainsi qu'un maire régionaliste sicilien et un président régionaliste corse ont proposé d'accueillir soit en Corse, soit en Sicile les rescapés (femmes, hommes, enfants, bébés) de l'enfer des côtes libyennes.

Une fois de plus, les Etats "nations" centralisés viennent de montrer leur défaillance tandis que des solutions sont proposées à l'échelle régionale non sans mettre en scène certaines valeurs universelles à des fins politiques (ne soyons pas totalement dupes). Mais ces offres humanitaires sinon humanistes sicilienne (qui remonte, nous le savons ici contrairement à la journaliste du Nouvel Obs, à l'époque des rois Normands du XIIe siècle) et corse ont le mérité d'exister!


 

Migrants : "Il faut supprimer le permis de séjour comme on a supprimé la peine de mort"

Fidèle à la tradition d'accueil de sa ville, le maire de Palerme s'est proposé d'accueillir l'"Aquarius" et ses 629 migrants. Un anti-Salvini.

16548417

Leoluca Orlando, 70 ans, est un maire un peu spécial. Réélu en juin 2016 avec 70% des suffrages, il effectue actuellement son quatrième mandat à la mairie de Palerme. Joli record. Mais l'édile veut aller encore plus loin. Il compte faire de sa ville, proclamée cette année capitale culturelle de l'Italie et qui compte près d'un million d’habitants et 80.000 immigrés réguliers, la capitale de la tolérance.

En l’an mille, Palerme ne comptait pas moins de... 300 mosquées. C’était au temps de l’occupation musulmane de l’île mais aujourd’hui, mosquées et synagogues vivent côte à côte dans un respect mutuel, tout en entretenant de bons rapports avec le catholicisme. Un multiculturalisme religieux qui fait la fierté de Leoluca Orlando, soucieux de ne pas instrumentaliser la polémique en cours entre la France et l’Italie. Interview.

Vous lancez aujourd’hui, en opposition frontale avec l’esprit et la lettre de l’opération anti-migrants de Matteo Salvini, l’idée d’une association des villes du Sud disposées à accueillir les immigrés...

Nous avions élaboré en 2015 une "Charte de Palerme" qui allait dans le sens de l’accueil, et qui est aujourd’hui partagée par les maires de Naples, Reggio de Calabre, Trapani et l’ex-maire de Messine – en somme, par les principales villes du Mezzogiorno italien. C’est notre réponse à l’injustice et à l’incompréhension. Nous sommes convaincus que les migrants sont une ressource et pas un problème.

Tout le monde ne pense pas ainsi, comment le justifiez-vous ?

Cette situation est l'occasion de défendre les droits de tous les êtres humains à se déplacer et à vivre dans le lieu qui leur convient. J’ai reçu ce matin la lettre d’une jeune handicapée palermitaine qui se déplace en chaise roulante et qui me dit : "Depuis que je me bats aux cotés des migrants, je me sens moins seule, j’ai trouvé ma voie."

Quand on me demande "combien d’immigrés à Palerme ?", j’ai envie de répondre : "Aucun, car nous sommes tous des Palermitains, eux et nous." Ceci dit, lorsque je suis arrivé à la mairie en 2011, le nombre de régularisations était de l’ordre de 8 par an. Aujourd’hui nous sommes à  700 ou 800...

Dans notre Charte signée par les principaux maires du sud, nous demandons l’abolition pure et simple du permis de séjour. Il faut le supprimer, comme on a supprimé la peine de mort.

Comment s'insèrent les "migrants-citoyens" dans votre ville ?

Ils font tous les métiers. Ils ont ouvert des commerces, travaillent dans des bars, des pizzerias, ont créé de petites entreprises, sont aides-soignants dans les hôpitaux ou au domicile des malades. Il n'y a pas plus de délinquants parmi eux que dans la population totale. Au contraire : je peux dire que lors de mes deux derniers mandats, un seul immigré a été inculpé pour le délit d'association mafieuse ! C’est tout de même un record dans une ville qui était considérée comme la capitale de Cosa Nostra. Et je veux souligner que lors de la dernière gay pride à Palerme, les homosexuels et les migrants ont défilé côte à côte, signe de tolérance réciproque.

Pour ce qui concerne l’ensemble de la Sicile, le nombre de résidents d’origine étrangère est de 183.000, ce qui représente 3,6% de la population. Par ordre d’importance, viennent en tête les Roumains, puis les Tunisiens, les Marocains, les Sri Lankais et les gens du Bangladesh.

La Ligue de Matteo Salvini est-elle populaire à Palerme ?

Elle a fait un score honorable aux législatives du 4 mars et aux municipales partielles du 10 juin, qui concernaient 138 communes, la Ligue a progressé en moyenne de 1,5%. Tandis que le Mouvement 5 Etoiles est redescendu sous les 10%. L’électorat est volatil, il change d'un jour à l'autre. Mais si Matteo Salvini croit se rendre populaire au sud en cognant sur les migrants, il se trompe : son approche sécuritaire provoque plutôt le rejet. 

Que se passera-t-il pour les prochains bateaux des ONG chargés de migrants qui s’approcheront des côtes italiennes ?

Salvini ne pourra pas rééditer son coup d'éclat, qui est avant tout un coup électoral. Face à de telles sorties, le nombre de mes concitoyens qui voudront mettre un frein au populisme en Sicile et en dehors, ne peut qu’augmenter. La population doit comprendre qu'on ne modifiera pas les règles injustes du traité de Dublin avec, comme principal allié le hongrois anti-européen et xénophobe Orban.

Propos recueillis par Marcelle Padovani


 

http://www.liberation.fr/france/2018/06/12/accueillir-l-aquarius-en-corse-la-competence-je-la-prends_1658446

Accueillir «L'Aquarius» en Corse ? «La compétence, je la prends»

1106239-le-president-de-l-executif-corse-gilles-simeoni-le-30-novembre-2017-a-bastia

Le président de l'exécutif corse, Gilles Simeoni, défend sa proposition d'accueillir dans l'île les migrants de l'Aquarius. Une décision humanitaire, mais aussi politique.

Sa proposition a tranché avec la discrétion des autorités nationales : le président de l’exécutif corse, l’autonomiste Gilles Simeoni, a invité mardi le navire Aquarius à faire escale dans un port de l’île. Le sort de ce navire, qui a recueilli 629 migrants en mer et que l’Italie refuse de voir aborder ses côtes, était toujours incertain mercredi matin, malgré l’accueil promis par le gouvernement espagnol. Joint par Libération, Gilles Simeoni évoque un geste spontané face à l’urgence de la situation. Mais assume aussi la dimension politique de sa proposition, présentant la Corse en acteur méditerranéen «autonome».

Pourquoi avez-vous proposé d’ouvrir un port corse à l’Aquarius ?

Hier soir, nous avons constaté l’urgence de la situation du navire, avec une météo dégradée, le manque de vivres à bord et la distance à parcourir pour rejoindre l’Espagne [qui propose d’accueillir le bateau, ndlr]. Cette offre est un réflexe spontané de notre part, envers des gens qui se trouvent en détresse si près de nos ports.

Comment l’ONG SOS Méditerranée a-t-elle accueilli votre offre ?

Il y a eu ce matin un contact entre mon cabinet et elle, dont je ne connais pas encore le résultat car je me trouve aujourd’hui à Paris. J’attends les retours. J’imagine que l’ONG est favorable à notre proposition, mais qu’elle voudra aussi disposer d’une solution parfaitement sécurisée. [Contacté par Libération, le cabinet de Gilles Simeoni n’a pas encore fait savoir l’issue de la discussion, ndlr].

Vous êtes-vous concerté avec les services de l’Etat avant de faire votre proposition ?

Pas avant de la faire, mais après : j’ai eu la préfète au téléphone, qui nous a plutôt incités à la prudence. On nous dit que ce sera difficile à gérer, qu’il faudra réquisitionner des hôtels, que nous n’avons pas la compétence pour prendre cette décision. Mais moi, la compétence, je la prends. La Collectivité de Corse est propriétaire des ports. Il serait sans doute difficile de gérer l’accueil de 629 personnes sur le moyen ou le long terme. Mais il s’agit d’abord d’offrir une escale, de ne pas laisser ces gens errer en pleine mer. Après, sur la plus longue durée, on peut réfléchir différemment. Pour l’instant, on dit à l’État : nous sommes prêts, et vous ?

Votre démarche a aussi un aspect politique : il s’agit de présenter la Corse comme un acteur autonome…

Oui, un acteur autonome qui s’engage pour une Europe et une Méditerranée fraternelles. Il ne s’agit pas d’instrumentaliser une situation douloureuse pour construire un rapport de force avec l’État, mais la situation ne peut dépendre de considérations juridiques. On est au croisement des valeurs d’hospitalité de notre île, et des valeurs universelles de l’Europe.