Le Nord-Cotentin et le Pays de Caux sont les deux pays normands "môles de résistance" de la langue normande... Ailleurs qu'en est-il? Grâce à des Normands passionnés par la culture régionale de leur région, la langue, le parler, le patois survit encore avec sa richesse lexicale qui éclaire un français de plus en plus standard qui sombre dans le "chiaque" d'un globish généralisé...

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A Domfront, Bernard Desgrippes a écrit 1 000 histoires en patois

Les lecteurs du Publicateur Libre connaissent bien la rubrique "C'est bin histouère de bavasseu un p'tit qua". Son auteur, Bernard Desgrippes revient sur 16 ans d'écriture.

Publié le 7 Juin 2018

 

Bernard Desgrippes écrit des petites histoires en patois qui paraissent chaque semaine dans Le Publicateur Libre. (©Le Publicateur Libre)

Passionné de l’histoire de Domfront-en-Poiraie, dans l’Orne, en Normandie, le Domfrontais, Bernard Desgrippes est l’auteur des petites histoires en patois qui paraissent chaque semaine dans Le Publicateur Libre sous la rubrique C’est bin histouère de bavasseu un p’tit qua. Les premières sont apparues en 2002. C’était des phrases numérotées, reprenant des expressions en patois typique du Domfrontais, traduites en français.

 

Il explique ses débuts :

 Assez vite, j’ai présenté deux petites histoires et après une seule plus conséquente avec deux héros principaux : la Marie et le gars Victor. Ces histoires reflètent l’esprit normand des habitants du Domfrontais, capables de tourner un fait divers en dérision, de relativiser 

 Un hors-série numéro 2
Pour fêter cette 1 000e rubrique « C’est bin histouère de bavasseu un p’tit qua », Le Publicateur Libre sort ce jeudi 7 juin un hors série de 36 pages où figurent des histoires en patois de Bernard Desgrippes. Le premier opus, sorti en 2015, avait rencontré un vif succès. Nul doute que pour celui-ci, il en sera de même.
Hors série « C’est bin histouère de bavasseu un p’tit qua » par Bernard Desgrippes, 2 € chez vos marchands de journaux

 

Une oreille attentive

 L’auteur trouve ses idées en écoutant les gens parler de leurs préoccupations, de la météo, des enfants, de la politique parfois, de leurs relations entre eux. « Les retraités et la santé sont deux sujets inépuisables. Il y a aussi des sujets sensibles traitant de la maladie. Donc, je fais attention à ce que j’écris ».

 Mine de rien, il fait passer aussi des messages concernant par exemple l’usage abusif du téléphone portable chez les jeunes et les moins jeunes. « La portabilite aiguë, une maladie contagieuse », ironise-t-il.

 

Jamais grossières

 Avec trois mots drôles, Bernard concocte une histoire à la sauce normande, façon Victor Vivier, conteur et amuseur normand décédé en 2003. « Ces histoires ne sont jamais grossières. Elles restent accessibles à tout le monde ».

 

« Mes idées sur des petits papiers »

Chaque semaine, il alimente sa rubrique depuis plus de 16 ans. Une régularité qui nécessite une organisation. « Je note mes idées sur des petits papiers soigneusement rangés. Quand arrive la première semaine du mois, je les ressors et j’écris 4 à 5 histoires en patois pour alimenter le mois suivant. Je relis, j’améliore. La troisième semaine, je traduis en français et la dernière semaine, je relis l’histoire avant de l’envoyer au rédacteur en chef du journal ».

 

Des bons retours

 Le Domfrontais prend beaucoup de plaisir à écrire ses histoires. « J’ai souvent des bons retours de lecteurs qui aiment bien la rubrique, l’humour. Ils découpent l’article, lisent à voix haute pour en faire profiter leur entourage et aussi en apprécier les mots et leur sonorité parce que le Normand est une langue orale ».

 Pour la 1 000e, il propose une histoire plus longue (lire ci-contre) dans laquelle il se moque de l’Homme. Une fois n’est pas coutume. « Parce que souvent je m’en prends aux femmes et à leurs travers. J’augmente le trait à la manière du caricaturiste Charles Léandre. C’est ma méthode. C’est compliqué ».

 À travers cette rubrique, Bernard Desgrippes rend hommage à sa grand-mère Maria au parler inimitable. Mais aussi à toute cette génération rurale née de 1900 à 1914 qui parlait une langue qui a disparu progressivement avec l’obligation de s’exprimer en français à l’école.

 Bernard Desgrippes est l’auteur de deux dictionnaires, l’un sur « Le Patois domfrontais » et l’autre « Le vocabulaire normand du Bocage domfrontais » préfacé par René Lepelley, professeur de dialectologie à l’Université de Caen.

 Nathalie Guérin Le Publicateur Libre