Et les Jacobins de tout poil auront beau jeu de nous dire que la Normandie ne doit pas en avoir puisque les députés sont élus dans le cadre de circonscriptions découpant non pas une région mais un département et que le mandat du député n'est pas un mandat "impératif" c'est à dire justifié et déterminé par une question particulière ou un territoire particulier à l'instar d'une mission.

Le débat sur la nature du mandat du député de la "Nation" est ancien puisqu'il date de 1789 et on sait comment il fut tranché sous le "rasoir national" par les Jacobins qui imposèrent la fiction d'une représentation permanente et universelle de la Nation française dans une salle à Paris sachant que les députés du département de la Seine (donc Paris) s'étaient engagés "à ne pas peser plus d'un 83ème de la Nation" (à l'époque il y avait 83 départements français).

Cet héritage politique, institutionnel et idéologique, a crée le député "à la française" aussi off-shore qu'une éolienne... Et le projet de réforme constitutionnelle en préparation visant à réduire le nombre de députés ne fera qu'aggraver le phénomène. On ne sera donc pas surpris que les députés élus depuis les circonscriptions des cinq départements normands n'aient qu'un rapport très lointain avec le plancher des vaches malgré tous les efforts qu'ils mettent pour arpenter foires et marchés ou recevoir la "partie non ruminante de l'électorat" (comme disait Tocqueville) dans leurs permanences dès le samedi matin après plusieurs nuits blanches au palais Bourbon à débattre d'amendements inutiles pour contribuer à un projet de loi sorti tout armé d'un cabinet ministériel du Gouvernement...

Nous confirmons: la Normandie n'a pas de représentation nationale et n'a finalement pas besoin d'être représentée au sein d'une chambre... d'enregistrement du Pouvoir exécutif qui ronronne pour l'instant sur l'édredon d'une majorité parlementaire forte de plus de trois cents députés.

Et pour se faire entendre du pouvoir exécutif central chacun ira de sa méthode: les Bretons mécontents iront, par exemple, jusqu'à brûler une sous-préfecture tandis que les lobbies industriels offriront des gueuletons à quelques représentants de la "Représentation Nationale" ou des photocopies du texte de loi idéal jusqu'à la faute d'orthographe près pour une belle bataille d'amendements entre "cavaliers législatifs" à 1 heure du matin.

Alain Tourret a bien eu l'idée de créer une "amicale des députés normands" à la buvette de l'Assemblée Nationale: l'idée est louable mais, franchement, à quoi bon?

Au vu du fonctionnement très hiérarchique, autoritaire, centralisé (la France est une chefferie), un gros dossier normand a plus de chance de trouver une solution après une rencontre au sommet entre Hervé Morin et Edouard Philippe ou Emmanuel Macron que dans les vaines palabres du Parlement: c'est regrettable mais c'est ainsi.


 

Le "trou normand" s'est donc déplacé à l'Assemblée Nationale et pas seulement à la buvette... Confirmation avec cet article proposé par Franck Boitelle de Paris-Normandie:

http://www.paris-normandie.fr/actualites/politique/un-an-a-l-assemblee-nationale--les-deputes-de-normandie-sont-ils-de-bons-ou-de-mauvais-eleves-HD13232342?utm_source=Utilisateurs+du+site+LA+NEWS&utm_campaign=c53bd11b67-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_233027d23b-c53bd11b67-137315997

Un an à l’Assemblée nationale : les députés de Normandie sont-ils de bons ou de mauvais élèves ?

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Au terme de leur première année de mandat, l’activité des députés normands sous le regard d’un « observatoire citoyen ». Quel crédit accorder au classement du site nosdéputés.fr ? Utiles ou pas, ces comptages révèlent d’énormes disparités au Palais Bourbon.

Bien sûr, cet indicateur ne tient aucun compte du travail effectué en circonscription, au contact de la population, des élus, collectivités et administrations locales. Il fait l’impasse sur le travail à domicile, les heures de permanence, les sollicitations multiples, les visites et inaugurations diverses. Il oublie les obligations locales, les réceptions, les remises de médaille et tout ce temps passé mais non perdu puisqu’il crée du lien.

Mais s’ils sont pour toutes ces raisons incomplets et imparfaits, s’ils doivent en conséquence être manipulés avec circonspection, les chiffres de l’Observatoire citoyen de l’activité parlementaire, dont la vitrine sur l’internet est le site nosdéputés.fr, sont basés sur les mêmes critères et présentent donc les mêmes imperfections pour tout le monde.

Des députés discrets...

Aussi, s’en défendre en prétendant qu’ils ne servent à rien, comme on l’entend trop souvent au fond de la classe, est une ligne de défense un peu courte qui demande pour le moins à être argumentée. Car on peut penser que le travail effectué en circonscription, donc sous les radars de l’observatoire, produira un jour ou l’autre quelque indice, prolongement, question écrite ou orale, ou une intervention qui sera cette fois visible au Palais Bourbon. Elle ne suffit pas davantage pour expliquer les énormes disparités que l’on peut relever dans les tableaux de synthèse, entre des députés peu ou prou soumis aux mêmes obligations locales et secondés par leur équipe de trois à cinq collaborateurs.

Pour les uns, en effet, la première année de mandature va s’achever sur le constat de 35 à 40 semaines d’activité à l’Assemblée ; pour d’autres, par moins de 30, ce qui les classe parmi les 150 parlementaires les moins assidus dans l’hémicycle.

C’est le cas de Sira Sylla, députée LREM de Seine-Maritime, investie sur le « renforcement du dialogue social » et comme co-rapporteure d’une mission d’information sur la diplomatie culturelle et la francophonie, qui se sera montrée particulièrement discrète tant en commission que dans l’hémicycle.

C’est également le cas de Xavier Batut (LREM) dans la Xe circonscription, peu loquace à Paris avec seulement deux questions orales au gouvernement sur la politique d’éducation dans les territoires ruraux et la couverture de ces derniers en matière de téléphonie mobile. Membre d’une quinzaine de groupes d’études et président du groupe d’amitié France-Slovaquie grâce auquel il travaille à « faire avancer l’Europe », Xavier Batut a choisi d’appartenir à la commission Défense nationale et forces armées. Commission qui se réunit « beaucoup moins souvent que d’autres, comme celle des Affaires économiques par exemple », justifiant ainsi le classement « injuste » que lui attribue l’observatoire citoyen. « Je ne veux pas passer mon temps à lever la main dans l’hémicycle pour aligner des petits bâtons sur les sites internet, se défend-il. Le vrai problème, c’est la gestion de l’agenda et nous travaillons d’ailleurs à l’améliorer. »

Dans l’Eure, l’ancienne « Grande gueule » de RMC, Claire O’Petit, s’est elle aussi montrée peu bavarde au micro. En revanche elle a déposé plus de 40 questions écrites et une proposition de loi chargée de compléter la loi Macron sur le travail du dimanche, « en facilitant la garde des enfants des salariés ». Membre de la commission des Affaires économiques, au calendrier fort chargé si l’on en croit son collègue Xavier Batut, elle n’y a pourtant fait que 28 apparitions selon le comptage réalisé par nosdéputés.fr.

En haut du tableau, se trouve le député communiste Hubert Wulfranc, avec 40 semaines d’activités, 97 interventions en commission, 207 dans l’hémicycle. C’est quatre fois plus que son collègue eurois Bruno Questel, qui est pourtant le plus bavard des parlementaires LREM. Mais trois fois moins que le député communiste de Dieppe Sébastien Jumel, champion toutes catégories de la prise de micro avec 616 interventions dans l’arène et 182 en commission. Il y devance même son collègue Jean-Paul Lecoq (PCF), lui aussi extrêmement présent et seul député seinomarin auteur d’une proposition de loi tendant à la création d’une commission d’enquête sur le financement des filières et des groupes terroristes.

Et d’autres pas

« Nous sommes peu nombreux mais nous nous efforçons d’être sur tous les fronts, car nous sommes persuadés que le gouvernement veut utiliser ce début de mandature pour porter les coups les plus durs », souligne ce dernier, l’un des seize membres de la Gauche Démocrate et Républicaine (GDR) présidée par André Chassaigne. Comparé aux 313 députés du parti présidentiel, cet effectif modeste offre mécaniquement à chacun infiniment plus d’opportunités d’intervenir, et c’est donc à l’aune de ce constat qu’il faut observer certains chiffres de l’observatoire. Même si elle ne justifie pas tout, et certainement pas les écarts du nombre de semaines d’activité.

« Le fait est que nous savons ce que c’est que de militer jour et nuit », poursuit Jean-Paul Lecoq, qui regrette néanmoins que cette forte activité à l’Assemblée ait réduit sa présence en circonscription. « J’aurais aimé être au côté des personnels en lutte, être sur le port du Havre, écouter les gens, les syndicats, les retraités. J’ai besoin de faire cette connexion avec le terrain, mais ce temps-là ne nous est pas donné », déclare-t-il, avant de vanter le travail effectué au Havre par ses relais locaux.

« Il est vrai qu’il faut constamment jongler entre le travail législatif à Paris et la présence en circonscription, essentielle », confirme Damien Adam (LREM) qui s’efforce de s’en tenir à un partage du temps « à l’ancienne » : du mardi au jeudi soir à Paris, les autres jours à Rouen.

Une organisation qui ne l’empêche pas de figurer dans la moyenne du classement de l’observatoire citoyen, auquel il n’accorde cependant qu’une attention distraite, le jugeant « parcellaire ».

Utile ou pas ?

Pour Agnès Firmin Le Bodo, membre du groupe UAI (UDI, Agir et indépendants) présidé par Franck Riester et fort de 32 membres, ce classement est « un peu artificiel » et « pas très utile ».
« Chacun travaille à sa façon et en fonction de ses convictions », estime la députée havraise, pour qui « le vrai indicateur » sera, en fin de mandat, le jugement des urnes.
En bonne position sur le classement du site avec une activité plus forte que la moyenne et six questions orales dans les quatre derniers mois dont une sur la scolarisation à trois ans et la plus récente sur l’hôpital psychiatrique du Rouvray, Agnès Firmin Le Bodo regrette que parfois « certains ne prennent la parole que pour marquer des points sur nosdéputés.fr ». « Ça rallonge inutilement les débats », regrette la parlementaire. « Accessoirement, il faut noter que ça peut être un peu plus compliqué pour les membres des groupes importants », fait-elle observer.

L’Assemblée nationale en chiffres

Abstraction faite des 20 députés non inscrits, les 576 députés de l’Assemblée nationale se répartissent en sept groupes politiques, d’influence et de poids très divers puisqu’ils comptent de 16 à 313 députés.
Les moins nombreux sont les députés communistes du groupe GDR (Gauche Démocrate et Républicaine), derrière La France Insoumise (17 députés), les socialistes de la Nouvelle Gauche (30) et le groupe UDI, Agir et Indépendants (32). Proches du mouvement présidentiel, 47 parlementaires représentent le MoDem. Les Républicains, pour leur part, sont à ce jour au nombre de 101. Quant à La République en Marche (LREM), elle détient à elle seule la majorité absolue avec 313 députés. Une force de frappe considérable, mais qui laisse à ses membres peu d’occasions de s’exprimer dans l’hémicycle.