Derrière l'emblématique vache normande "à lunettes" caille ou bringée qui fait la réputation des produits laitiers normands surtout au delà de notre région (puisqu'il y a, désormais, plus de vaches normandes dans le Wisconsin, la Colombie, l'Azerbaïdjan qu'en Normandie où ces quarante dernières années fut privilégié le recours à la Prim'Holstein, pisseuse de lait), il y a un magnifique cheptel des races animales normandes qui témoigne de l'ampleur prise par l'agriculture normande entre la fin du XVIIIe siècle et le XIXe siècle, grande époque du "couchage en herbe" de la Normandie avec l'adoption des méthodes anglaises d'agronomie et de sélection animale pour créer les meilleures races possibles afin de produire ces produits normands de haute qualité nécessaire à la gastronomie parisienne: un mot anglais d'origine normande, comme il se doit, en témoigne puisque "pedigree" vient du normand "pied de grue", nom du petit signe en forme de patte d'oiseau que les notaires et tabellions mettaient en marge des contrats...

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A l'image du reste du patrimoine matériel ou immatériel régional spécifiquement normand, ces races normandes, longtemps laissées à l'abandon ou méprisées puisque non conformes à la standardisation agro-industrielle productiviste des années 1960/1990, sont en train de disparaître à l'instar des élément essentiels de nos paysages ruraux normands:

Haies de bocage, mares, cavées, bétoires, chasses, mielles, clos-masures, granges, longères, pressoirs, lavoirs, fours à pain, vergers, prés communs, marais, murs à palisser, fossés (le talus en Normandie). C'est la carte postale qui sert à vendre la Normandie aux touristes ou qui fait encore le coeur de l'identité régionale qui, petit à petit, s'efface devant l'enlaidissement d'un banalisation générale, celle d'un mode de vie urbain consummériste, standardisé, américanisé, aseptisé avec force ronds-points, zones de ceci ou de cela, béton et bitume, boîtes métalliques et cubes blancs crépis plantés en rangs serrés en lotissements devant une marée de maïs plantée dans de vastes champs remembrés destinés à l'ensilage sous bache plastique afin de gaver des vaches hollandaises parquées sous de grands hangars pour cracher leur 10000 litres de lait annuels...

Lundi 18 juin 2018, lors de sa plénière réunie au Havre, le conseil régional de Normandie a pris une décision importante consistant à aider financièrement les propriétaires passionnés par le sauvetage de ces races animales emblématiques de la Normandie dans le cadre d'une politique régionale totalement nouvelle, dumoins en Normandie, de valorisation et de défense du patrimoine immatériel spécifiquement normand car il est aussi question de sauver ce qui reste du patrimoine linguistique régional par la création prochaine d'un office régional de langue normande.

Après plus de quarante années de division, la Normandie a accumulé un grand retard dans la préservation et la valorisation de son patrimoine régional trop longtemps réduit à son seul patrimoine architectural et historique dont on connaît, bien entendu, l'exceptionnelle richesse et notoriété à l'échelle mondiale: c'était peut-être là une évidence qui en a, malheureusement, caché d'autres alors qu'il est aujourd'hui devenu urgent de les redécouvrir sinon de les sauver avant disparition définitive...


 

https://actu.fr/societe/sauver-moutons-cochons-poules-normandie-vous-adoptiez-animal_17345598.html

Il faut sauver les moutons, les cochons et les poules de Normandie ! Et si vous adoptiez un animal ?

De nombreuses races normandes d'animaux ont été créées il y a plusieurs siècles. Ces races sont malheureusement en train de disparaître. Des éleveurs passionnés se mobilisent.

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La Normandie est une région de France qui peut se flatter d’avoir créé de nombreuses races d’animaux domestiques au cours des siècles écoulés. Une particularité régionale actuellement menacée.

Un acte militant

Quelques éleveurs passionnés préservent ces races endémiques. Pour eux, c’est un vrai « acte militant ». À titre d’exemple,  Yves-Louis Boumier élève des poules de Crèvecœur à Beuvillers, près de Lisieux (Calvados).

C’est une espèce excessivement menacée car il y en a moins de 150 exemplaires dans le monde », précise-t-il.

Avec ses 50 poules de Crèvecœur, Yves-Louis Boumier possède 33% du cheptel mondial !

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À Montchauvet, près de Vire (Calvados), Christophe Lescures s’est pris d’amour pour le porc de Bayeux. « J’ai commencé il y a cinq, six ans avec quelques cochons, histoire de m’amuser. J’ai récupéré la ferme de mes grands-parents et avec ma compagne, on s’est attaché à cette race. »

Sans antibiotiques, élevé en extérieur, cette race rustique, qui existe depuis la fin du XIXe siècle, est robuste. « Elle ne supporte pas d’être enfermée. Le porc de Bayeux, c’est une qualité de viande exceptionnelle, car tout le gras est dans les muscles. »

« C’est une passion »

Christophe Lescures possède désormais un cheptel d’environ 80 cochons. « On a installé un laboratoire de transformation et on fait désormais deux marchés par semaine. On ne gagne pas d’argent, mais c’est une passion. »

Seul hic, l’éleveur doit faire des centaines kilomètres pour lutter contre la consanguinité. « Je vais jusqu’à Amiens, Beauvais pour aller chercher des porcs de Bayeux, mais ça va devenir compliqué avec le temps. La race s’appauvrit d’années en années, je le constate déjà, assure-t-il. Mes premiers cochons étaient plus gros, plus robustes que ceux que j’ai aujourd’hui. »

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Pour lutter contre la disparition progressive du porc de Bayeux, Christophe Lescures n’a pas attendu un miracle. Il s’est procuré les deux races qui avait été mélangées par nos ancêtres normands : le porc blanc de l’ouest et une race de porc anglais de couleur noir.

J'ai mis plusieurs mois à retrouver cette race anglaise. J’ai mis des annonces un peu partout et j’ai finalement trouvé un couple d’Anglais qui habite dans la Manche et qui avait ces cochons noirs. Je leur ai pris deux truies et dans trois ans, j’aurais mes propres cochons de Bayeux !

19 races menacées

Même combat pour les moutons de la Manche : l’Avranchin, le Cotentin et le Roussin de la Hague. L’organisme de sélection Cotentin, Avranchin, Roussin (Oscar) lutte chaque année contre la consanguinité. « Pour le Cotentin, nous n’avons que 150 mères inscrites, l’Avranchin, nous n’en avons que 250. Il n’y a que pour le Roussin où nous nous situons autour des 2 500 », précise Angélique Grelot, animatrice de l’Oscar.

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En tout, 19 races normandes sont menacées de disparition :

  • Mouton : Avranchin, Cotentin, Roussin de la Hague
  • Chèvre : chèvre des fossés
  • Porc : porc de Bayeux
  • Cheval : cob normand, percheron
  • Âne : âne du Cotentin, âne Normand
  • Poule : Caumont, Cotentine, Crèvecœur, Gournay, Merlerault
  • Canard : Duclair, Rouen
  • Oie : Bavent, Normande

La nécessité de conserver des races patrimoniales s’appuie sur de véritables bases scientifiques, explique Bruno Lomenède, chargé de communication sur le site internet du Club pour la sauvegarde des races avicoles normandes. En effet, chaque race avicole normande est un réservoir de gènes originaux, sa disparition constitue une perte irrémédiable, sa préservation permet, en quelque sorte, la constitution d’une banque génétique vivante. 

Les éleveurs de ces races normandes se démènent au quotidien pour préserver le patrimoine génétique de ces races endémiques. Mais cela coûte du temps et de l’argent. Et ils ne rentrent pas dans les cases pour recevoir des subventions. Ils estiment pourtant détenir « une partie du patrimoine vivant de Normandie ». 

Accueillir un animal normand, ça vous tente ?

Depuis quelque temps, la Région Normandie s’intéresse à ces races normandes menacées. Un plan régional pour la préservation des races patrimoniales normandes a même été adopté en assemblée plénière, lundi 18 juin 2018, au Havre (Seine-Maritime). Les aides forfaitaires accordées par la Région pour acquérir les animaux concernées sont de l’ordre de 25 à 30% des montants d’achat.

Une bonne nouvelle pour ces passionnés, qui se sentaient quelque peu oubliés des pouvoirs publics. « En Bretagne, ils touchent des subventions, ce serait bien pour nous aussi, cela nous aiderait beaucoup », affirme Christophe Lescures.

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Cependant, il n’y a pas de secret, pour sauver les races, il faut que des Normands se motivent à accueillir des animaux chez eux. Même à titre amateur. « Plus il y aura d’éleveurs amateurs disposant de quelques animaux normands, plus les chances de préservation de la biodiversité normande seront assurées », estime le Club pour la sauvegarde des races avicoles normandes. 

Accueillir une petite poule normande, un gentil mouton ou un joli porc de Bayeux dans votre jardin, ça ne vous tente pas ?

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