Les amateurs de clichés anti-normands vont apprécier l'article à lire ci-après proposé par Paris-Normandie (21 juin 2018).

Le Normand serait pingre, près de ses sous, avare, peu généreux... Il est surtout soucieux de ne pas donner à n'importe qui, n'importe quoi ni n'importe comment pour faire n'importe quoi. En outre, la Normandie n'étant pas la région la plus riche de France, les Normands semblent financièrement moins généreux mais c'est pour mieux pratiquer une solidarité concrète et matérielle dans la complicité humaine associative et locale plutôt que de s'acheter une bonne conscience sur Internet ou ailleurs.

Certains clichés ont la vie dure... Même s'il y a toujours, au départ, un fond de vérité.

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Les Normands sont-ils radins ? La région classée bonne dernière en matière de dons caritatifs

Le récent observatoire national et régional des générosités, effectué par l’institut de sondages Odoxa, place la Normandie à la dernière place du classement des régions en matière de dons financiers caritatifs. Ce palmarès doit évidemment être relativisé par le contexte socio-économique de chacune de ces régions. Les Français sont particulièrement attachés à la transparence et la destination de leurs fonds, ce que confirment des responsables du Secours populaire en Normandie.

Les études se suivent et ne ressemblent pas. En décembre dernier, le baromètre annuel du réseau d’experts et d’universitaires Recherches & Solidarités constatait une baisse nationale de 4 % des dons déclarés fiscalement en faveur des associations caritatives. Une diminution aussi inédite que « décevante », aux yeux des auteurs de cette même enquête sur la philanthropie des Français.

Six mois plus tard, c’est au tour de l’institut de sondages Odoxa de publier son propre observatoire national et régional des générosités, réalisé en partenariat avec France Bleu et la presse régionale. Et ce dernier de conclure, sur la base d’une semaine d’enquête auprès d’un échantillon de 3 015 personnes, que les Français sont « très généreux », même si dans la plupart des cas « ils l’ignorent ».

« Aujourd’hui, les seniors sont obligés d’aider enfants et petits-enfants »

« Chaque année, huit Français sur dix font des dons d’argent à des associations, fondations, projets, ou à des particuliers », clame ainsi Odoxa, qui établit le don moyen, par an et par Français, à 246 €.

Comme le veut le rituel, l’institut de sondages s’est prêté à l’exercice du classement régional. Et à ce petit jeu (à prendre avec des pincettes, donc), la Normandie arrive bonne dernière au palmarès des régions les plus généreuses de France. Si la moyenne des dons annuels culmine à 363 € par habitant dans la région sud Provence-Alpes Côté d’Azur, ou encore à 355 € en Ile-de-France, elle trouve son minimum dans notre région, à 163 € (juste derrière les Pays de la Loire, à 167 €). Forcément, il n’en faudrait pas plus pour y trouver la confirmation de la célèbre pingrerie traditionnellement attribuée au Normand.

Pingre et un chouïa présomptueux, relève même Odoxa, avec une perfidie assumée : bien que « plus petits donateurs, les Normands font partie de ceux qui se jugent les plus généreux, à 77 % ». Mais attention aux étiquettes et préjugés, commente Catherine Luffroy, secrétaire générale du Secours populaire pour la Normandie. « Nous sommes une région qui souffre particulièrement sur les questions du chômage, de l’accès à la santé... C’est devenu plus compliqué pour les gens. Notamment chez les seniors qui avaient l’habitude de donner auparavant : aujourd’hui, ils sont obligés d’aider en priorité les enfants et petits-enfants. » Sur ce point, l’observatoire national et régional des générosités ne manque pas en effet de rappeler que la Normandie fait partie des régions « dont le revenu brut disponible par habitant est le plus modeste, au contraire des régions « gagnantes » de notre palmarès ».

Et tant qu’à faire appel aux adages populaires, rappelons que l’intention compte avant tout, et que cette dernière ne se mesure pas obligatoirement en euros. Ainsi, la Normandie occupe à l’inverse le classement de tête des régions où l’on donne facilement des vêtements, des livres, des jouets, etc., aux associations et organismes de collecte. Catherine Lufroy confirme : « les dons matériels sont en nette augmentation. Nous en avons évidemment besoin, mais le plus efficace pour nous reste le don financier, pour une solidarité au plus proche des besoins de nos bénéficiaires et pour pouvoir mener certaines de nos actions telles que la journée des oubliés des vacances ». Or, là aussi, les dernières statistiques se sont révélées plutôt encourageantes pour le Secours populaire. Dans le département de l’Eure, notamment, où « les dons en 2017 ont augmenté par rapport à 2016 », atteste Catherine Luffroy. Le référent départemental de l’association, Yves Naman, évoque même pour l’instant « une bonne année 2018 » du point de vue de la générosité.

Solidarité après les inondations

À l’heure où la lutte contre la pauvreté, mais aussi la transparence sur l’utilisation des fonds, sont évoqués par Odoxa parmi les critères majeurs susceptibles de donner lieu à des dons, le Secours populaire, à l’instar des Restos du Cœur, fait partie de ces associations chères aux yeux des Français. « C’est essentiel : les gens voient à quoi sert leur argent, et ils peuvent venir le vérifier, acquiesce Yves Naman. Nous restons une association de proximité, à laquelle les gens font confiance. »

L’épisode des inondations ayant durement touché l’Eure a récemment donné lieu à un puissant élan de solidarité constaté par les équipes du Secours populaire. Du côté des particuliers, mais aussi du côté des entreprises et des grandes surfaces du secteur, ce qui n’était pas aussi automatique par le passé, témoigne Yves Naman. Preuve, s’il en est, assène ce dernier, que « les Normands sont aussi généreux et sensibles que les autres ».

Le boom de la solidarité 2.0

Parmi les autres enseignements de l’observatoire national et régional des générosités d’Odoxa : l’essor des dons effectués via des cagnottes solidaires sur internet (de type Leetchi) et des fameuses plateformes de financement participatif (crowdfunding).
« Un Français sur cinq (19 %) a déjà fait ce type de dons au cours de l’année écoulée, mais surtout, nous sommes là face à un moyen émergent, qui devrait prendre de l’ampleur à l’avenir », prédit notamment l’institut de sondages. En effet, « le phénomène est déjà particulièrement porté par les moins de 25 ans : un tiers d’entre eux (33 %) y a recours au moins une fois par an et un sur deux (50 %) y a déjà eu recours au moins une fois dans sa vie ».