On se demande à quoi peuvent bien servir les Agences Régionales de la Santé (ARS) agences de l'Etat central en province (dire plutôt "en régions" ça fait moins mal) dont le haut-fonctionnaire titulaire ne dépend pas de son ministre spécialisé de tutelle (en l'occurrence, la ministre de la Santé) mais dépend du préfet du région qui dépend, lui, directement du Premier ministre, donc de Bercy où les Raboteurs s'activent furieusement en tout sens à charge pour le titulaire du Ministère de la Parole qui siège en l'hôtel de Matignon de trouver le meilleur soin émollient possible pour nous faire accepter un énième suppositoire...

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L'actuel déménagement du territoire mené au pas de charge les ARS suscite une double résistance: celle des professionnels de la santé (médecins de l'hôpital comme de la ville, urgentistes, infirmières, ambulanciers, internes...) et celle des élus locaux qui luttent, notamment dans les territoires ruraux, contre le désert médical. C'est ainsi que lors de sa dernière plénière au Havre, le 18 juin 2018, le conseil régional de Normandie a émis un avis défavorable sur le projet présenté par l'ARS.

Ce qui est contesté c'est le coup d'état des comptables, et autres managers qui ont pris le pouvoir dans les ARS ainsi qu'à la tête des hôpitaux avec des armes à ce point efficaces pour détruire toute dépense inutile qu'elles mettent en cause, désormais, la vie humaine elle-même. La réforme aussi stupide que sordide du "paiement à l'acte" (dite "T2A") mise en place par Roselyne Bachelot ministre de la Santé dans le gouvernement Sarkozy-Fillon a profondément destabilisé le service public de l'hôpital dans ses valeurs mêmes avec l'introduction de méthodes et d'une idéologie managériales qui n'avaient rien à y faire au point de transformer les hôpitaux en épiceries générales.

Pour mémoire:

http://www.lefigaro.fr/debats/2008/08/23/01005-20080823ARTFIG00067-loi-bachelot-le-risque-d-achever-l-hopital-public-.php

Sur le territoire, la guillotine du jacobinisme comptable consiste à fermer systématiquement tout ce qui est trop petit pour concentrer la production des actes de soins les plus importants dans de grands centres hospitaliers urbains ou métropolitains qui deviennent des usines déshumanisées et toujours saturées:

Les charcutiers du jacobinisme comptable qui opèrent dans les ARS ont bonne conscience car des ratios soi-disant scientifiques conduisent leurs mains qui ne tremblent jamais avec cette idée massue: si le petit hôpital ou la petite maternité du coin ne fait pas plus de x actes dans l'année, la qualité des soins n'y serait plus assurée faute pour les soignants, médecins et chirurgiens de ne pas avoir suffisamment l'occasion de se faire assez la main: si tel était vraiment le cas, nous suggérons la réforme suivante...

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Que les experts comptables de l'ARS servent de cobayes humains pour que les chirurgiens, anesthésistes, médecins ou urgentistes s'entraînent à garder la meilleure adresse possible afin que la santé de nos concitoyens soit en tous points du territoire national ou régional placée entre leurs bonnes mains!

En attendant cette réforme valeureusement républicaine, 175 médecins viennent d'interpeller Edouard Philippe dans un courrier qui, semble-t-il pour la première fois, fait le lien entre jacobinisme comptable et... vie humaine: INQUIETANT!

https://www.bfmtv.com/sante/des-medecins-alertent-sur-une-mise-en-danger-de-la-vie-d-autrui-1477297.html#xtor=AL-68

Des médecins alertent sur "une mise en danger de la vie d'autrui"

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24/06/2018 à 17h39

Des médecins affirment ne plus pouvoir remplir leur "mission de service public" par manque de moyens, et alertent sur "une mise en danger de la vie d'autrui", dans une lettre ouverte à Edouard Philippe rendue publique ce dimanche.

Dans un courrier daté du 15 juin, 175 signataires, médecins hospitaliers ou libéraux de différentes régions de France, demandent à être reçus par le Premier ministre, affirmant ne plus pouvoir remplir leur "mission de service public" par manque de moyens. Les signataires disent représenter les "plus de 1.350 confrères et consoeurs de différentes spécialités et disciplines" qui avaient signé une précédente lettre ouverte à Agnès Buzyn mais qui est "restée sans réponse depuis septembre 2017".

"Si nous faisons appel à vous de façon pressante, c'est parce que nous ne pouvons plus actuellement remplir notre mission de service public", écrivent les médecins à Edouard Philippe. 

"Nous vous alertons sur une mise en danger de la vie d'autrui et non-assistance à personne en danger. Mise en danger de la population qui s'adresse à nous, et mise en danger des professionnels qui doivent remplir cette tâche sans en avoir les moyens", ajoutent-ils.

Ils réclament des moyens supplémentaires

"Les décès médiatisés survenus récemment" ne sont pas de "faits isolés", mais des "signes patents de la dégradation nationale des services hospitaliers", estiment-ils, appelant à "réinjecter au plus vite dans le système de santé les moyens indispensables".

"Il s'agit de stopper immédiatement toute fermeture de lit, suppression de poste soignant et d'embaucher du personnel formé ou à former au plus vite. Il coûtera certainement très cher, trop cher de laisser poursuivre la dégradation exponentielle du service public hospitalier, aussi bien en tant que souffrance physique et psychique que financièrement", concluent-ils.

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