On vous le promet: le titre de ce billet n'est pas de notre cru!

Bertrand TIERCE, l'éditorialiste et éditeur de l'excellente Chronique de Normandie ( n°543 datée du 25 juin 2018) a osé une exagération que nous n'aurions jamais osée sous peine de nous faire passer pour des régionalistes normands séparatistes que nous refusons fermement d'être car nous prônons ici un régionalisme responsable consistant à prendre l'idée régionale enfin au sérieux en cessant, par exemple, la confusion pernicieuse entre régionalisme et nationalisme, confusion si utile au pouvoir central jacobin qui ne peut toujours pas nous encadrer...

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Il y a, bel et bien, des îles anglo-normandes mais LA Normandie n'est pas une île...

A lire ci-après, le texte de l'article de la Chronique de Normandie qui devrait causer dans les dîners en ville tant à Rouen qu'à Caen:


 

Toujours sans l’État...


Hervé Morin, président de la République de Normandie. (sic!)

Lors de la dernière session du Conseil régional, Hervé Hervé s’est félicité des résultats de la politique “volontariste” mise en oeuvre par sa collectivité
depuis le 1er janvier 2016.

Voici son constat :

- L’économie repart : les chiffres sont bons, meilleurs que ceux de beaucoup d’autres régions françaises : “la Normandie montre le chemin”.

- L’industrie du futur arrive : première pierre de LM Wind, inauguration d’OpenHydro, préparation d’un plan d’investissement chez CMN, arrivée de Metal Value, success-story de Remade. C’est le signe du renouveau.

- La recherche et la culture se déploient : inauguration prochaine du centre de protonthérapie de Caen, développement de l’IMEC (abbaye d'Ardenne)  et des campus du Madrillet et des Plateaux Nord, aménagement du campus équin de Goustranville, soutien à l’Opéra de Rouen. C’est la quête de l’excellence.

- La Normandie rayonne : succès du 1er forum mondial pour la paix, candidature des plages du Débarquement au patrimoine mondial de l’UNESCO...

Vive l’attractivité...

Pour Hervé Morin, tous ces projets sont autant“de pierres apportées à l’édifice Normandie”, des projets que la Région peut soutenir grâce une situation financière saine : maîtrise des dépenses de fonctionnement (+0,6% en 2017), 470 M€ d’investissements (avec un taux de réalisation de 91,6%), endettement faible (capacité de désendettement de 1,6 année).

- Tout cela donne envie. Et, le président se sert de cette lecture, résolument positive de son action, pour souligner, par effet de contraste, les défaillances de l’État, qu’il décrit comme “un donneur de leçons” qui ne s’applique pas à lui-même les exigences qu’il impose aux autres.

- “Toujours sans l’Etat”, ça pourrait être la nouvelle devise d’Hervé Morin qui se comporte de plus en plus comme le président de la République “autonome” de Normandie, un territoire qui cherche à trouver en lui-même l’énergie de son propre développement.


Mon commentaire : depuis deux ans, Hervé Morin veut créer un élan positif et c’est important. Mais en sa qualité de président de la République de Normandie, il doit aussi regarder l’envers de la médaille, celui des difficultés, comme la pauvreté qui touche 480 000 Normands ; ça aussi c’est important...

Importance de la pauvreté... (Au Havre)


CODAH : 43 100 habitants dans les quartiers difficiles.

La CODAH et l’INSEE viennent de faire un état des lieux des quartiers prioritaires de la politique de la ville. Ils regroupent 18% des habitants de l’agglomération, soit 43 100 personnes.

- Trois d’entre eux cumulent de nombreuses difficultés : Bléville-Nord, Caucriauville- Soquence et Le Bois-de-Bléville. C’est là que les taux de chômage
et de pauvreté, le nombre de familles monoparentales, l’importance des 16-24 ans déscolarisés sont les plus élevés.

- Résultat : Le Havre est une ville riche en projets (logistiques, portuaires, industriels et touristiques...), mais avec beaucoup d’habitants pauvres.

Rappel : l’agglomération connaît aussi un recul démographique continu depuis plus de 10 ans.


 Commentaires de Florestan:

Nous partageons l'analyse de Bertrand TIERCE sur le volontarisme normand d'Hervé MORIN qui donne des résultats positifs en renforçant par une politique d'action régionale parfaitement adaptée, la dynamique positive structurelle de la réunification normande qui avait déjà été identifiée dès 2006 par les experts des cabinets INEUM et EDATER au point de provoquer une colère d'arroseur arrosé chez un certain... Alain Le Vern!

Néanmoins, nous ferons les deux nuances suivantes:

Hervé Morin ne surjoue pas sa posture normande et girondine puisqu'il est authentiquement girondin et normand... En paraphrasant le poète René Char, il faudrait seulement que certains, à force de le regarder, finissent par s'habituer puisqu'il y a encore moins de deux ans, peu de gens soi-disant "responsables" prenaient l'évidence normande au sérieux!

Si Hervé Morin donne l'impression de faire sans l'Etat c'est que l'Etat jacobin parisiano-centré, à l'opposé des promesses faites pendant la campagne électorale des présidentielles par un certain Emmanuel Macron évoquant un "pacte girondin", veut imposer un nouveau chemin de servitude aux collectivités territoriales avec une remise en cause parfois frontale des acquis de la décentralisation. Hervé Morin n'a donc, politiquement, pas d'autres choix que de construire, non sans succès, les alternatives normandes en optimisant les marges de manoeuvres, notamment financières, qui lui restent. En tant que président de région normand, il parait assez logique qu'Hervé Morin mette en oeuvre des politiques publiques "normandes".

Enfin, là où nous divergerons complètement avec Bertrand TIERCE c'est de placer indirectement le scandale social persistant de la pauvreté en Normandie sous la responsabilité d'Hervé MORIN alors que, techniquement, tant au niveau des finances que des compétences, les politiques publiques censées réduire la pauvreté sont du ressort de l'Etat central (cela fait partie, d'ailleurs, de ses compétences régaliennes car la pauvreté peut causer un trouble à l'ordre public) et des conseils départementaux qui financent les politiques publiques d'assistance aux plus fragiles d'entre nous.

Ce n'est pas Hervé Morin qui a dit que cette assistance "coûte un pognon de dingues!" à ce que l'on sait mais le président de la République lui-même!

En outre, on met ici la focale sur l'agglomération urbaine normande où se concentre la pauvreté, Le Havre en l'occurrence: à ce que l'on sait, Hervé Morin n'a jamais été député-maire du Havre pas plus qu'il n'est, aujourd'hui, Premier ministre...

La région Normandie fait donc ce qu'elle à faire et, dans bien des cas, elle outrepasse la limite de ses compétences strictes pour servir et défendre au mieux l'intérêt général des Normands (par exemple: intervenir dans le capital des entreprises régionales qui en ont besoin)...

Certes, il paraîtra évident à tous que les sujets les plus essentiels pour l'avenir normand ou les urgences normandes (comme la lutte contre la pauvreté) exigent une coopération efficace et confiante entre la Région et l'Etat central. Mais il faut aussi constater que cette confiance et cette coopération n'existent plus: ce n'est pas de la faute d'Hervé Morin mais bel et bien celle du couple Philippe/ Macron actuellement à la tête de l'exécutif national.

Pour que la confiance revienne, c'est simple:

1) Que le chef d'Etat cesse de donner des leçons tout en organisant financièrement la paralysie de l'action publique des collectivités territoriales.

2) Qu'il honore enfin les promesses de campagne du candidat Macron qui évoquait un "nouveau pacte girondin" si possible pas seulement avec la Corse...

Une affaire corse qui, comme on pouvait s'en douter, ne se passe pas comme le voudrait le gouvernement:

https://france3-regions.francetvinfo.fr/corse/haute-corse/corse/constitution-deputes-nationalistes-deposent-200-amendements-1501885.html