On va finir par le dire car la colère nous y oblige:

"un bon promoteur est un promoteur mort".

Ce que les bombes du général d'aviation Harris ou celles de l'US Air force n'avaient pas réussi à faire, la médiocrité esthétique morale et, osons-le dire, spirituelle, d'un promoteur immobilier bétonnant un maximum de mètres carrés pour jouir du rapport réalisé (au lieu de faire l'amour à celle qu'il aime officiellement) va l'achever définitivement.

Rouen, sur ses bords de Seine, est devenue moche et seule la plantation d'arbres sur les quais bas de la Seine (rive gauche) permet d'éviter un désastre total...

On a cru un temps, notamment au début du XXe siècle avec le courant "art and craft", "art nouveau", "art déco" et, dernier sursaut, le modernisme épuré des années 1950 - 1970,  que la beauté esthétique ou architecturale pouvait être compatible avec la rationalité industrielle ou avec le confort individuel consummériste. Ces tentatives, témoignent de tout ce que nous avons eu de meilleur d'un XXe siècle qui, pour le reste, pour tout le reste, a généralisé, standardisé le pire!

escalier_consuls_3

Aujourd'hui, l'obsolescence programmée pour des questions de rentabilité financière est entrée dans l'art de bâtir qui n'en est plus un. Et les meutes de la laideur contemporaine s'acharnent contre le patrimoine architectural ou esthétique de nos villes pour deux raisons:

1) La beauté architecturale préexistante occupe souvent un terrain de choix: il faut donc la dégager pour que le promoteur pose son gros caca au meilleur endroit possible.

2) La beauté architecturale préexistante sert de justification esthétique et morale à des projets immobiliers d'une extrême médiocrité: l'hommage du vice à la vertu n'en est que plus pervers puisque le projet de destruction est présenté comme un projet de préservation et de valorisation du patrimoine existant.

Avec le scandale de destruction des intérieurs (plus qualitatifs que les extérieurs) du palais des Consuls de Rouen dénoncé avec force par Didier Rykner dans sa tribune de l'Art (à lire ci-dessous) c'est la seconde situation que nous subissons sous le regard impuissant sinon complice d'une administration d'Etat qui ne fait plus son travail de gardienne de l'intérêt général de l'architecture, de l'art et du patrimoine.

Avec ce projet profondément médiocre, c'est l'âme même de la ville de Rouen qui quitte définitivement les bords d'un fleuve qui a justifié la présence d'une ville portuaire, industrieuse, religieuse et culturelle à cet emplacement depuis près de... 2000 ANS!


 https://www.latribunedelart.com/le-demantelement-et-la-destruction-methodiques-du-palais-des-consuls-de-rouen

Le démantèlement et la destruction méthodiques du Palais des Consuls de Rouen

mercredi 6 juin 2018

La fin de cet article a été substantiellement modifiée le 7 juin 2018 après la réponse reçu de la DRAC. Signez notre pétition.

1. Pierre Chirol, Robert Flavigny,
François Herr et Roger Pruvost
Palais des Consuls
Rouen
Photo : Giogo (CC BY-SA 4.0)
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En 1944, le Palais des Consuls de Rouen, bel édifice du XVIIIe siècle dû à l’architecte Blondel était détruit par les bombes alliées [1]. En 1952-1956, alors que la reconstruction couvrait souvent la France de bâtiments médiocres et sans intérêt architectural, le Palais des Consuls (ill. 1) resortait de terre, moderne et dû à quatre architectes, Pierre Chirol, Robert Flavigny, François Herr et Roger Pruvost, accompagnés par des artistes issus de l’Art déco. Un escalier magnifique, des volumes splendides, des meubles et des luminaires d’André Arbus et Jean Adnet, des grilles de Raymond Subes… Tout cela n’existera bientôt plus. Et il n’aura pas fallu une guerre pour le faire disparaître, la France est tout à fait capable de détruire elle-même son patrimoine comme elle le démontre hélas régulièrement.


2. André Arbus (1903-1969)
Appliques
Laiton, bronze patiné or et verre
Rouen, Palais des Consuls
Vente du 24/6/18, Hôtel de vente des Carmes
Image extraite d’un reportage de France 3
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3. Jacques Adnet (1900-1984)
Lustre monumental
Laiton, bronze et cuir
Rouen, Palais des Consuls
Vente du 24/6/18, Hôtel de vente des Carmes
Image extraite d’un reportage de France 3
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Nous avions dénoncé dans un précédent article la dispersion du mobilier d’André Arbus et Jacques Adnet qui avait eu lieu en 2015, et nous avons été alerté de la vente prochaine, le 24 juin par l’hôtel de vente des Carmes, des luminaires des mêmes artistes (ill. 2 et 3), ainsi que d’autres meubles de Jacques Adnet qui n’avaient pas encore été mis à l’encan [2].


4. Pièce du Palais des Consuls de Rouen
Tout l’intérieur va être restructuré,
hors la façade
Image extraite d’un reportage de France 3
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5. Pièce du Palais des Consuls de Rouen
Tout l’intérieur va être restructuré,
hors la façade
Image extraite d’un reportage de France 3
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6. Escalier du Palais des Consuls de Rouen
avec sa ferronnerie de Raymond Subes et
ses bas-reliefs de Maurice de Bus
Ils seront « récupérés » et
« remis dans le futur bâtiment »
Image extraite d’un reportage de France 3
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Mais le démantèlement de ce monument ne s’arrête pas à la dispersion du mobilier : tout l’intérieur - seul l’extérieur sera conservé, dans une belle opération de façadisme - va être « restructuré » pour devenir un hôtel, des logements et, ce qui justifie les pires destructions, des logements sociaux (ill. 4 et 5). Même l’escalier (ill. 6 à 9), avec sa rampe en ferronnerie par Raymond Subes, splendide, pas protégé contrairement à ce qu’on lit ici ou là, va être détruit pour être vaguement remonté dans le nouvel édifice. Selon le promoteur que l’on peut entendre dans ce reportage, « Il est vrai qu’il y a un escalier majestueux, qui est superbe à l’entrée de la CCI, qu’on ne va pas garder, par contre on a souhaité avec l’architecte maintenir un maximum de choses en récupérant la ferronnerie, en récupérant les fresques qui sont sur les murs pour le remettre dans le futur bâtiment et garder cet historique de bâtiment qui est emblématique de la ville de Rouen depuis près de 300 ans » Les « fresques », par parenthèse, sont en réalité des bas-reliefs de Maurice de Bus (ill. 10)...


7. Escalier du Palais des Consuls de Rouen
avec sa ferronnerie de Raymond Subes et
ses bas-reliefs de Maurice de Bus
Ils seront « récupérés » et
« remis dans le futur bâtiment »
Image extraite d’un reportage de France 3
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8. Escalier du Palais des Consuls de Rouen
avec sa ferronnerie de Raymond Subes et
ses bas-reliefs de Maurice de Bus
Ils seront « récupérés » et
« remis dans le futur bâtiment »
Image extraite d’un reportage de France 3
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Voir aussi (et cela fera frémir) la page suivante proposée par Jacques Tanguy (2017):
https://www.rouen-histoire.com/CCI/Palais_Devenir.htm
Commentaire de Florestan:
"L'argent n'a pas d'idées". Pour une fois, Jean-Paul Sartre a raison.
On aurait pu transformer le palais des Consuls en hôtel de la métropole de Rouen, ça  aurait été plus cohérent avec l'esprit des lieux.
Voir enfin le dernier numéro de la Lettre de Sites et Monuments (n°10 juillet 2018) édité par la Société Protectrice de Paysages et Esthétique de la France (SPPEF) qui dénonce la récente loi dite "ELAN" qui va surtout autoriser une course vers encore plus de MEDIOCRITE URBAINE et ARCHITECTURALE en France:

12-07-2018 08;56;50

12-07-2018 08;58;45