Il y a un grand projet d'infrastructures d'intérêt national sur le sol normand bien plus mal parti que le désastreux EPR de Flamanville... Il y a le projet de Ligne Nouvelle Paris Normandie dont on parle depuis 2009 et surtout depuis le débat public de 2011, il y a huit ans maintenant! En fait, contrairement au tonneau des Danaïdes nucléaires qui va engloutir de quoi financer la remise à niveau complète de la Normandie ferroviaire, la LNPN est un train qui n'est pas parti et qui, hélas, n'est pas près de partir et ce pour trois raisons que les lecteurs de l'Etoile de Normandie connaissent bien puisque le traitement de ce sujet a fait les grandes heures de notre webzine de l'unité normande...

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1) Le modèle d'une LGV/TGV est techniquement inadapté à la question géographique normande: il faut créer une alternative qui marche bien ailleurs en Europe mais qui demeure inconnue dans notre France cadenacée par un jacobinisme techno. Un train intercités "express" roulant à 250/260 km/h maxi pour desservir un réseau régional urbain suffit.

2) La volonté politique rouennaise de faire de Rouen le carrefour ferroviaire obligé de toute la Normandie en s'opposant à tout franchissement ferroviaire de la Seine en aval (le fameux scénario C dont la présentation fut sabotée lors du débat public de 2011) s'annonce techniquement et financièrement ruineuse car elle nécessite de forer un tunnel profond de plus de 10 km entre la future gare de Saint Sever rive gauche et le plateau de Caux rive droite.

3) Le projet suscite d'ores et déjà de nombreuses oppositions locales de type "nymbiste" mais aussi d'intérêt dont la plus sérieuse est celle de la SAFER qui refuse de procéder aux réserves foncières nécessaires à prendre sur les terres agricoles entre Mantes la Jolie et Evreux...

A ces trois raisons, on ajoutera une quatrième: le projet normand n'est pas jugé prioritaire par l'Etat qui se concentre sur l'aménagement du Grand Paris avec l'idée que l'ouverture complète du RER EOLE entre Marne la Vallée et Mantes la Jolie en 2023 suffira aux Normands pressés de prendre un avion à Roissy Charles de Gaulle.

Hervé Morin, le président normand a pris une décision courageuse et lucide: on ne pourra attendre plus longtemps la LNPN comme Godot au delà de 2030 voire 2040!!! La décision a été prise de financer la rénovation et la modernisation du réseau et du matériel roulant existant dès 2020 avec aussi une "normandisation" de la gare Saint Lazare.

En attendant, Monsieur Jean-Luc Léger, président de l'Association pour la Promotion de la LNPN (association dont nous fûmes membre...) a décidé d'attaquer la SAFER Normandie à l'Assemblée Nationale non sans  en avertir les députés "normands" à l'occasion d'une opération de lobbying on ne peut plus classique. Sauf que ce lobbying "normand" consiste, avant tout, à convaincre voire, à contrarier un autre lobbying "normand" celui des grands propriétaires exploitants agricoles de la plaine de Saint André à l'Est d'Evreux...

Ces gens connaissent d'ailleurs très bien Monsieur Léger qui est aussi le président du Conseil Economique Social et Environnemental Régional de Normandie (CESER) où la SAFER Normandie a ses représentants...

Le monde est petit!

Voir la page Facebook de l'association de promotion de la LNPN:

https://www.facebook.com/lalnpncmaintenant/

Lire ci-après cette note parue à l'occasion de la dernière édition de la lettre Eco-Normandie (13 juillet 2018):

13-07-2018 10;32;10

Lire, par ailleurs, cette analyse paru dans l'édition du Monde datée du même jour: analyse inquiétante d'une fracture territoriale de plus en plus forte dans l'espace métropolitain français entre quatre zones géographiques:

1) un ARC OCCIDENTAL ATLANTIQUE et MERIDIONNAL attractif de développement urbain et métropolitain allant de la Bretagne à l'Ouest à Lyon à l'Est

2) l'île de France, pompe aspirante et refoulante qui marche de moins en moins bien mais qui concentre toutes les richesses et tous les pouvoirs.

3) La France d'outre mer toujours pas sortie d'une dépendance coloniale

4) un arc Nord-Nord Est dépressif correspondant à la France industrielle en crise depuis les années 1980.

On remarquera que cet article "parisien" ne parle pas de la Normandie qui est littéralement "à cheval" entre la zone 1 et la zone 4...

Fonds publics espérés Le Monde 13072018