La dernière opération de communication du groupement d'intérêt économique Haropa, commise sur le site internet de Paris-Normandie en date du 11 juillet sous le titre " Le Havre-Rouen-Paris : trois ports normands, une ambition réaffirmée sous la bannière Haropa " et reprise sur support papier le 12 sous le titre " Le Havre-Rouen-Paris : trois ports, une ambition réaffirmée ", comporte, comme d'habitude, des informations sujettes à caution.

Par commodité, voici une transposition de la version numérique dont le contenu est semblable à celui de la version papier, à l'exception du titre :

Le Havre-Rouen-Paris : trois ports normands, une ambition réaffirmée sous la bannière Haropa

Paris-Normandie | Publié 11/07/2018 22:40 | Mise à jour 11/07/2018 22:40 Marc BRAUN

https://www.paris-normandie.fr/actualites/economie/le-havre-rouen-paris--trois-ports-normands-une-ambition-reaffirmee-sous-la-banniere-haropa-FG13373464

Entretien. Antoine Berbain, directeur général délégué d’Haropa, réunissant les trois ports de l’axe Seine, est l’invité d’Eco Normandie. Le point sur les projets et les ambitions à l’horizon 2030.

Antoine Berbain, directeur délégué d’Haropa

Que représente Haropa ?

Antoine Berbain :

     « Je dirige le groupement d’intérêt économique (GIE) Haropa qui a été créé en 2012, qui rassemble une centaine de collaborateurs et qui travaille pour les trois ports : le grand port maritime du Havre, le grand port maritime de Rouen et le port autonome de Paris. Haropa définit sa stratégie de développement, porte toute la promotion et l’action commerciale auprès des clients, pour développer l’utilisation du train et de la barge, et pour tout ce qui concerne la communication. Haropa, c’est un élément fédérateur qui symbolise l’axe Seine, avec aussi une dimension internationale ».

Le port de Paris est peu connu des Normands. Quels sont les frets concernés ?

     « Les trois ports sont très complémentaires. Le Havre, c’est le premier port du commerce extérieur de la France avec son grand terminal à conteneurs. Rouen, c’est un port de vracs, très bien positionné notamment sur l’exportation de céréales. Et Paris, c’est un port de distribution à l’échelle de l’île de France, constitué de 70 implantations, avec des grandes plateformes multimodales comme le port de Gennevilliers qui fait 400 hectares et le port de Bonneuil-sur-Marne à l’amont de Paris ».

À Rouen, l’arasement du chenal est quasiment terminé. Quels en seront les bénéfices ?

     C’est un programme d’investissement très important qui se termine cette année, et qui va offrir un mètre de tirant d’eau supplémentaire aux bateaux qui remontent jusqu’aux terminaux du port de Rouen, de Port-Jérôme avec Radicatel à l’aval de la Seine jusqu’à la métropole rouennaise, notamment pour l’exportation des céréales. Nous aurons des conditions meilleures de fonctionnement logistique... Ça va permettre d’augmenter la taille des cargaisons, à l’import comme à l’export, de baisser un peu les coûts de transport. Ça permet de rester bien positionné sur le marché de l’exportation des céréales, notamment vers le Maghreb. Ça concerne donc les céréales pour les vracs solides, et aussi le vrac liquide à l’exportation comme le pétrole ou les produits raffinés ».

De plus gros navires à Rouen

La logistique rouennaise est-elle à la hauteur ?

     « Le port va développer la capacité d’accueil de nouveaux entrepôts, sur Rouen Logistique vallée de Seine, avec l’aide de la Région Normandie. Il faut avoir en tête que les trois ports vont être concernés par des investissements de l’ordre d’un milliard d’euros dans les dix années à venir, notamment pour maintenir le patrimoine (quais, digues, voies ferrées...), continuer les activités dans de bonnes conditions, et attirer de nouveaux clients ».

Au Havre, la fameuse chatière est dans toutes les têtes. De quoi s’agit-il ?

     « C’est un investissement de développement, pour de nouveaux clients, de nouveaux trafics liés au transport fluvial. C’est une nouvelle digue entre Port 2 000 et les bassins historiques du port du Havre. De quoi permettre aux bateaux fluviaux qui accèdent déjà à Port 2 000 de naviguer dans de meilleures conditions, protégés de la mer, de façon à rejoindre directement la Seine par l’écluse de Tancarville... Aujourd’hui, sans digue, les bateaux sont confrontés à la houle. Et à certains niveaux, les bateaux fluviaux ne peuvent plus naviguer ».

Il reste également des postes à quai à terminer ?

     « Port 2 000 a été conçu pour accueillir douze postes à quai, avec les plus grands porte-conteneurs du monde. Dix sont en exploitation, avec de très bonnes progressions de trafic en 2017. On a dépassé les 3 millions de conteneurs en équivalent vingt pieds sur l’ensemble d’Haropa. C’est un chiffre historique, symbolique... Il est temps de parachever Port 2000, de rajouter les deux derniers quais prévus... Les travaux pourraient démarrer dès l’été 2019 ».

Etre plus compétitifs

La bonne nouvelle pour Le Havre, c’est la confirmation des projets éoliens en mer, avec deux usines d’assemblage. Êtes-vous rassuré ?

     « On y voit clair. Le port du Havre était prêt, avec la Région, la ville du Havre, la communauté d’agglomération, la CCI, à financer les travaux d’accueil de ces deux usines, avec 750 emplois à la clef. Aujourd’hui, les conditions sont réunies pour engager les travaux avec l’industriel concerné : Siemens Gamesa ».

Hervé Morin a mis les pieds dans le plat de la gouvernance des ports, prônant une reprise par la Région. Comment Haropa a réagi ?

     « Le Premier ministre, venu au Havre dans le cadre des Assises de la mer en novembre dernier, s’est exprimé sur la question du développement et de la gouvernance portuaire. Il a dit qu’il y avait trois systèmes d’intérêt national : Haropa, le port de Fos-Marseille, et le système portuaire depuis Dunkerque. Il a réaffirmé la volonté d’un pilotage par l’État de ces trois systèmes. Il a aussi confié au préfet Philizot une mission pour esquisser une nouvelle phase d’intégration des ports d’Haropa. L’idée, c’est d’aller potentiellement vers une forme de solidarité pour le portage des investissements et des recettes, une unification des tarifs pour les clients, plus faciles à comprendre, à porter... »

L’idée, c’est surtout de ne pas perdre des trafics au profit des grands ports du Nord ?

     « On a la chance d’avoir des bonnes années derrière nous, avec une progression forte des trafics. Cette tendance se poursuit. On a une bonne offre maritime avec Port 2000, le chenal approfondi à Rouen, les armements connectés partout dans le monde, une offre foncière en plein développement... On accueille de nouvelles entreprises qui fixent les trafics sur les ports. Il faut aussi qu’on continue de progresser sur la multimodalité, notamment sur le ferroviaire. On a la chance d’avoir bientôt maintenant un itinéraire alternatif via Serqueux-Gisors avec une mise en service en 2020, une douane très performante avec un système dématérialisé... On a des atouts qui doivent nous permettre de nous développer sur les trafics concurrentiels comme le conteneur ».

L’axe Seine a-t-il gagné en attractivité ?

     « Elle s’est améliorée, avec une nouvelle marque : Haropa. On est identifié comme une vitrine de l’intégration portuaire, au plan européen et international. On a d’ailleurs été élu trois années de suite « Best sea port in the world » par la presse asiatique spécialisée ».

L’entretien vidéo sur Paris-Normandie.fr

Marc BRAUN

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Reprenons quelques éléments de communication mis en évidence dans l'article :

... " Haropa définit sa stratégie de développement, porte toute la promotion et l’action commerciale auprès des clients, pour développer l’utilisation du train et de la barge, " ...

     En fait de développement de l'utilisation du train et de la barge, 185 millions d'euros ont été... engloutis pour l'approfondissement du chenal de Rouen évoqué dans l'article et 20 millions d'euros sont consacrés chaque année à l'entretien dudit chenal !

... " Rouen, c’est un port de vracs, très bien positionné notamment sur l’exportation de céréales. " ...

     C'est précisément parce que d'aucuns persistent, contre toute logique économique collective, à poursuivre le trafic maritime de céréales à Rouen, qu'on dilapide perpétuellement des sommes astronomiques pour y faire accéder des navires de haute mer de plus en plus massifs !

... " C’est un programme d’investissement très important qui se termine cette année, et qui va offrir un mètre de tirant d’eau supplémentaire aux bateaux qui remontent jusqu’aux terminaux du port de Rouen, de Port-Jérôme avec Radicatel à l’aval de la Seine jusqu’à la métropole rouennaise, notamment pour l’exportation des céréales. Nous aurons des conditions meilleures de fonctionnement logistique... Ça va permettre d’augmenter la taille des cargaisons, à l’import comme à l’export, de baisser un peu les coûts de transport. " ...

     S'il y avait un réseau ferroviaire apte à acheminer les céréales jusqu'au Grand Port Maritime du Havre, il ne serait pas nécessaire d'approfondir et d'entretenir perpétuellement un chenal maritime de 120 km jusqu'à Rouen ! Et cela coûterait sûrement moins cher ! Aussi peut-on s'étonner que la stratégie poursuivie par Haropa dans ce domaine ait pour perspective... une baisse des coûts de transport ! Il est vrai que M. Berbain précise " un peu "...

... " L’idée, c’est d’aller potentiellement vers une forme de solidarité pour le portage des investissements et des recettes, une unification des tarifs pour les clients, " ...

     Joli tour de passe-passe : en faisant pot commun, le coût d'accès maritime au port de Rouen disparaît dans la masse !

... " On a la chance d’avoir des bonnes années derrière nous, avec une progression forte des trafics. " ...

     Ce n'est pas vraiment l'impression qu'on a quand on compare l'évolution du trafic maritime des ports du Havre et de Rouen à celle des ports d'Anvers et de Rotterdam !

... " Il faut aussi qu’on continue de progresser sur la multimodalité, notamment sur le ferroviaire. On a la chance d’avoir bientôt maintenant un itinéraire alternatif via Serqueux-Gisors avec une mise en service en 2020, " ...

     Serqueux-Gisors, un itinéraire alternatif qui ne fonctionne qu'à partir... d'Yvetot-Motteville ! Si c'est cela la progression sur la multimodalité notamment sur le ferroviaire...

     Tout cela n'est pas très rassurant pour l'avenir du Grand Port Maritime du Havre, qui continue à être conditionné au bon vouloir de lobbies extérieurs à sa communauté portuaire trop passive ou impuissante...


Lire, par ailleurs, dans la dernière parution de la lettre Eco Normandie (13 juillet 2018):

Le lobby séquanien s'organise

Alors qu'Edouard Philippe doit annoncer comment il entend unifier la direction des ports d'HAROPA, le secteur privé prend les devants. La jeune fédération des communautés portuaire de l'Axe Seine qui était restée d'une discrétion de violette depuis sa création en 2016, se rebaptise "Seine Port  Union" pour mieux faire entendre la voix des 1000 entreprises et des 60000 emplois qu'elle représente. Objectif? Afficher un front commun et muscler le discours alors que se profile une intégration des ports. Erwan Le Meur directeur adjoint du groupe Paprec est porté à la présidence de l'association à la suite du Havrais Michel Seguain...

Nota bene:

Rien dans l'agenda estival de Matignon ne laisse penser que le Premier ministre interviendra sur la question portuaire. Le rendez-vous devrait être repoussé à la rentrée prochaine. Chi va piano...