La notion de "Monument Historique", l'archéologie médiévale et le tourisme culturel et historique ont été inventés en Normandie dès les années 1830/1840 en raison de l'exceptionnelle qualité et densité du patrimoine architectural et artistique du patrimoine de la Normandie médiévale.

Arcisse de Caumont fut la grande figure de l'érudition normande en ce domaine et dès la fin du XIXe siècle, la Normandie était devenue la grande destination française du tourisme culturel dans une proximité avec Paris: les chemins de fer conduisaient de nombreux touristes vers les bains de mer mais aussi pour des excursions vers les centres villes normands historiques, les cathédrales, les abbayes et les nombreux châteaux et manoirs de la campagne normande qui faisaient l'objet d'une érudition partagée et diffusée dans les sociétés savantes normandes.

Dès les années 1850, la Normandie faisait l'objet de guides touristiques détaillés pour contempler le patrimoine architectural normand. Bien entendu, les terribles destructions de la Seconde guerre Mondiale (en 1940 mais surtout lors de la Libération de 1944) ont failli détruire totalement ce magnifique potentiel touristique régional normand. Les centres villes historiques ont beaucoup souffert avec des pertes massives définitives à Saint Lô et à Lisieux, autrefois la "capitale française du pan de bois" (guide Jouanne 1939).

Du côté des châteaux et des manoirs, il y eut aussi de graves destructions. Des châteaux disparurent totalement: on pense à celui de Thury Harcourt, belle bâtisse du XVIIIe siècle célèbre avant la Guerre pour sa collection de tableaux ou à la disparition très regrettable du décor intérieur peint de la grande galerie du château de Torigni qui a brûlé en 1944.

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Les années 1950/1970 ont été consacrées à un gros effort de restauration de ce patrimoine bénéficiant du statut de Monument Historique. Certaines restaurations ne sont d'ailleurs pas encore achevées...

A la fin des années 1970 et au début des années 1980, après des années idéologiquement dominées par l'idée de modernité et de progrès sur table rase du passé, les "chefs d'oeuvre en péril" du patrimoine architectural ancien émeut l'opinion publique et pousse les autorités publiques du Ministère de la Culture de mettre l'accent notamment financier sur l'entretien et la restauration du patrimoine classé via le réseau décentralisé en régions des DRAC.

Mais aujourd'hui sur ce sujet comme sur tant d'autres, l'Etat central se désengage financièrement en consacrant moins de 400 millions d'euros par an à la restauration (plus qu'à l'entretien régulier et c'est bien dommage) des bâtiments classés MH alors que ce patrimoine est la poule aux oeufs d'or qui justifie encore que la France soit la première destination touristique mondiale...

Compte tenu de l'importance du patrimoine monumental, architectural de la Normandie, cette question de protéger et de valoriser ce patrimoine dans l'économie régionale est une question stratégique centrale désormais prise au sérieux par le Conseil régional de Normandie qui s'est doté d'un service administratif doté d'une ligne budgétaire de 40 millions dédié à l'entretien, restauration et valorisation du patrimoine normand, service dirigé par Monsieur Aubin. En outre, une commission régionale d'experts du patrimoine normand va siéger pour définir une stratégie régionale en ce domaine avec, en ligne de mire, la mise en valeur du patrimoine médiéval normand ("cluster Normandie médiévale").

Bref! le patrimoine architectural normand est une évidence reconnue et étudiée comme telle depuis près de deux siècles dans notre région.

Mais les évidences deviennent des urgences si elles ne le sont que trop à force d'être ignorées: il y a, en effet, urgence à mieux aider et à mieux accompagner les propriétaires privés des manoirs et châteaux normands qui ne sont pas, sauf exception, de riches châtelains et qui doivent faire face avec des moyens financiers réduits à de lourds travaux d'entretien et de restauration.

La région Normandie doit prendre conscience qu'avec ce maillage très serré de manoirs et de châteaux sur son territoire, notre région dispose d'un atout exceptionnel pour son rayonnement touristique notamment en terme d'accueil:

il est donc urgent de ne plus laisser ces propriétaires de manoirs et de châteaux normands se noyer dans les marées hautes des difficultés paperassières et financières entre deux lotos du patrimoine de Monsieur Bern!


 

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En Normandie, les châteaux sont le nouveau fer de lance du tourisme

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Château-Gaillard, l’un des deux sites que la Région Normandie souhaite promouvoir, bénéficie d’une situation géographique idéale, aux confins de la Normandie et de l’Île de France
Patrimoine. Indémodables, châteaux et manoirs ont conservé leur pouvoir de séduction sur les amateurs de vieilles pierres. Mais depuis une dizaine d’années, édifices publics ou privés gagnent en attractivité auprès des touristes de tout bord. Animations historiques ou numériques, concerts, expositions... portent leurs fruits.
Définir une « vraie stratégie » de développement économique ancrée dans les atouts touristiques de la Normandie est un des objectifs du Conseil régional. « L’époque médiévale est un axe de développement important qui n’était pas suffisamment mis en valeur, explique Marie-Agnès Poussier-Winsback (LR), vice-présidente du Conseil régional en charge de l’attractivité du territoire, du tourisme et du nautisme. Un comité scientifique a classé par ordre de priorité les sites d’intérêt. Château-Gaillard aux Andelys et la cité médiévale de Domfront-en-Poiraie ont été retenus. »

Ces deux sites ont déjà fait l’objet de « réflexions avancées, selon l’élue. Mais les projets n’ont pu aboutir faute de moyens financiers. Ces moyens, nous allons les leur donner. »

Les collectivités étant maîtres d’ouvrage, les subventions à hauteur de 20 ou 30 % du coût des réalisations se révélaient jusqu’alors insuffisantes. « Les communes sont parfois face à des ruines et ne savent pas par quel bout commencer, reprend la conseillère régionale. Les investissements se chiffrent en centaines de milliers d’euros et les collectivités ne disposent pas de l’ingénierie nécessaire. La Région veut lever le frein de départ et préfère se concentrer pleinement sur deux dossiers plutôt que de faire du saupoudrage. »

« un gros potentiel »

La Région n’a, pour l’instant, pas fixé de montant à l’aide qu’elle apportera. « Elle variera en fonction des projets. Il ne s’agit pas que de patrimoine. Elle dépendra notamment des retombées économiques que l’on peut attendre du projet. C’est une réflexion globale à l’échelle de la ville. »

Château-Gaillard est l’un des fleurons des sites de défense normands. Construit au XIIe siècle par Richard Cœur-de-lion, il est le symbole de la lutte acharnée entre les Anglais et le roi des Français, Philippe-Auguste. « Nous attendions depuis longtemps que ce soit une vitrine du tourisme et l’ambition est là de lui donner un rayonnement qui dépasse les frontières de la région, estime Grégory Delahaye, responsable du Pôle promotion au Comité régional de tourisme. Tout est à imaginer mais il y a un gros potentiel. »

Faire preuve de créativité et utiliser les nouvelles technologies se révèle un cocktail gagnant pour attirer les touristes. Ainsi, le château de Guillaume-le-Conquérant à Falaise, le plus visité en Normandie a accueilli plus de 82 000 visiteurs l’an dernier. « Un gros effort de scénographie a été fait, la saison a été allongée pour ouvrir sur les fêtes de fin d’année, une bonne optimisation dont d’autres pourraient s’inspirer, préconise Grégory Delahaye. Il faut conjuguer Histoire et nouvelles technologies et animations variées pour attirer les visiteurs. » Il salue donc le dynamisme de certains privés qui font preuve d’une belle imagination pour faire vivre leur château. Bois-Guilbert où les idées s’enchaînent et qui voit sa fréquentation augmenter depuis quelques années ; Miromesnil, à Tourville-sur-Arques et son Cluedo qui marche très fort ; le château du Taillis à Duclair et ses « murder parties » ; Vendeuvre, entre Lisieux et Falaise qui vit grâce à son musée de mobilier miniature et ses jardins d’eau « surprises » ; Champ-de-Bataille à Sainte-Opportune-du-Bosc qui accueille des opéras... « Un château, c’est un joli théâtre pour créer des événements destinés aux familles, assure Grégory Delahaye. Pour attirer le public local, il faut miser sur les événements, le surprendre... » Dans ces lieux d’exceptions, l’Histoire ne fait pas tout.

« L’Histoire de la Normandie s’est faite aux Andelys »

Frédéric Duché (LR « en sommeil ») est maire des Andelys depuis avril 2014 et président de Seine Normandie d’agglomération (SNA) depuis janvier 2017.
Depuis que la Région a annoncé sa volonté de faire de Château-Gaillard une place forte du tourisme médiéval normand, avez-vous formé un groupe de travail ?
Frédéric Duché : « Nous avions engagé la réflexion avant. Le tourisme est depuis janvier 2017 une compétence communautaire et notre projet est en cours de finalisation. Il s’agit d’une étude globale qui comprend : la sécurisation d’un site totalement ouvert à l’exception du donjon dont l’entrée est payante ; la gestion des flux de visiteurs ; le choix de thématiques séduisantes ; l’intégration du numérique, réalité virtuelle ou augmentée ; la création d’un « visitor center » proche des infrastructures routières autour du parking à mi-pente... Une vaste étude qui devra être très précise et sera rendue en fin d’année. »
La Région n’a pas fixé de plafond au montant de son aide. Avez-vous d’ores et déjà une idée du coût de ce projet ?
« Non, pas d’estimation chiffrée. Il faut qu’il y ait une participation de la collectivité d’au moins 20 % mais je n’aime pas donner des chiffres avant d’en être sûr. Nous procédons pas à pas mais nous savons où nous allons. »
Il y a eu un projet de centre d’interprétation, près du Camping de l’île des 3 rois. Il a été abandonné ?
« Il avait été estimé à 5 ou 6 M€ et les partenaires financiers, le Département et la Région notamment, n’ont pas suivi. Et il était trop loin du château. La vue que l’on a du château est importante et mon rêve est de l’exploiter. »
De quelles façons ?
« L’idée d’un belvédère qui offre une vue à 360° sur la boucle de la Seine, classée Grand site national, et sur le système défensif du site, me plaît beaucoup. Le donjon appartient à l’État et je souhaiterais qu’il s’implique en refaisant les planchers et en construisant le belvédère. Car je n’oublie pas les retombées économiques qui doivent être incluses dans le projet. Le port enregistre 550 appontements de bateaux de croisière par an avec, en moyenne, 100 passagers à bord. Des touristes étrangers très aisés, qui paient 3 500 à 4 000 € leur semaine. J’imagine la vente de prestations à Château-Gaillard pour voir, du belvédère, le coucher du soleil, une flûte de champagne à la main avec, en fond sonore, un concert de musique classique. Ou, pourquoi pas, y organiser des concerts electro pour casser les codes. »
Château-Gaillard attire 35 000 visiteurs payants par an. Quelle fréquentation visez-vous ?
« Potentiellement on peut la doubler si on offre aux touristes une expérience différente. On mise sur les retombées économiques, sur une activité non délocalisable. Nous allons tirer Château-Gaillard vers le haut. C’est aux Andelys que s’est faite l’histoire de la Normandie. »