Nous l'avons craint et nous l'avions déjà dénoncé ici avec vigueur à plusieurs reprises, notamment au printemps 2014, dès les débuts de la réforme territoriale procédant par fusion régionale. A l'époque nous avions proclamé cette évidence:

La fusion régionale va de soi pour le cas d'école normand, une région à réunifier puisque cassée en deux depuis la fin des années 1950 avec toutes les conséquences négatives que vous savez. Mais l'application du cas d'école normand à d'autres régions pour les fusionner entre elles afin d'en faire de plus grandes selon une soi-disant "taille critique européenne" (pour le coup, une véritable "fèqueniouze" qui n'a aucun fondement géographique ou géo-politique sérieux) est une malhonnêteté intellectuelle totale qui cache, surtout, un charcutage territorial sensé limiter les coûts de fonctionnement de l'administration française...

Deux ans après cette réforme, à la notable exception de la Normandie justement et des régions qui n'ont pas été affectées par cette réforme (Bretagne, Pays de la Loire, Centre-val- de- Loire, Corse et Provence-alpes-côtes d'Azur) la fusion régionale a créé mille-et-une complications, a engendré plus de surcoûts que d'économies d'échelle et surtout, a créé un profond désarroi identitaire chez les habitants comme chez les élus locaux ou les fonctionnaires de l'administration territoriale: le bilan est particulièrement catastrophique pour la région dite "Grand Est". Il est politiquement inquiétant en Arvernorhodalpie. Douloureux en pseudo "Grande Bourgogne" ainsi que dans la pseudo "Nouvelle Aquitaine" étirée du Limousin aux Pyrénées. Peut-être est-il plus acceptable dans une "Occitanie" à géométrie très variable...

Dans ces grands machins néo-régionaux qui ne ressemblent à rien, créatures monstrueuses du jacobinisme comptable et techno de l'Etat central dont le chef lieu est à Bercy, petit village de l'Est parisien, les clochermerles entre villes (Toulouse vs Montpellier; Dijon vs Besançon) ou le poids écrasant d'une métropole régionale lointaine (Lille, Bordeaux, Strasbourg ou Lyon) se compliquent avec des réalités géographiques contrariantes notamment en terme de mobilités et d'infrastructures de transports défaillantes ou inexistantes pour ne pas même parler de la question identitaire régionale toujours autant méprisée ou dénigrée pour des raisons idéologiques par le jacobinisme dominant au point que ces réalités régionales qu'ils ne voulaient pas voir ressurgissent dans ces grands ectoplasmes territoriaux avec des projets de fusion à l'échelle départementale, méthode qui aurait dû être celle de la réforme territoriale de 2014 si François Hollande avait eu plus de courage pour affronter, non pas le cas d'école normand, mais le problème breton!

C'est ainsi que l'on reparle d'un seul département alsacien ou d'un seul département savoyard ou d'une réunification complète du Dauphiné (Drôme, Isère et Hautes-Alpes) ou encore d'un département "Maine-Anjou": il est probable que la carte territoriale va bouger et que nous avons bien de la chance d'être en Normandie où ces évolutions fusionnelles se passent, pour l'essentiel, plutôt bien pour la bonne et simple raison qu'il s'agit de réparer l'unité d'une région qui a été cassée en deux avec une évidence normande et un projet normand qui peuvent susciter l'adhésion de la société civile régionale sinon une vraie fierté populaire retrouvée, chose qui ne sera jamais possible dans le "Grand Est", les Hauts-de-France (sic!) ou dans l'Arvernorhodalpie de Monsieur Wauquiez...

C'est pourquoi, il est très regrettable, politiquement ET moralement que le Gouvernement INSTRUMENTALISE la réussite du laboratoire normand pour procéder à un véritable CHARCUTAGE INSTITUTIONNEL dans ces grands machins néo-régionaux où, faute de travailler à l'intérieur d'un vrai cadre géo-historique régional, autrement dit, provincial, on aura que des pleurs et des grincements de dents!

PAR EXEMPLE:

charcutage académique


 Commentaire de Florestan:

Cette nouvelle tentative d'instrumentalisation aussi politicienne que cynique du cas d'école normand par le gouvernement pour justifier des fusions douloureuses doit être considérée comme un nouveau piège tendu à Hervé Morin qui préside, à la fois, notre Normandie et l'association des Régions de France qui se tient vent debout contre le jacobinisme comptable de MM. Macron, Philippe et Darmanin...

Hervé Morin sera donc obligé d'expliquer en interne que ce qui est bon et évident pour la Normandie ne l'est pas forcément pour les autres nouvelles grandes régions car les projets fusionnels du gouvernement risquent de troubler l'ordre public dans quelques anciennes ou nouvelles "capitales" régionales...