On a reperé sur le site de Normandie Actu ce nouvel article historique commis par Laurent Ridel qui nous rappelle que la Normandie a conservé longtemps et conserve en partie encore l'image d'une région riche et plantureuse notamment du point de vue agricole avec les revenus afférents notamment... fiscaux.

C'est donc une vieille histoire que celle d'une Normandie vache à lait régulièrement traite par l'Etat central français quitte à mettre à l'épreuve la patience et le légitime attachement des Normands à la France après les épreuves de la Guerre de cent ans. On pensera bien sûr à la révolte des Nus-pieds de 1636 et d'autres "émotions" moins connues qui avaient toutes comme point de départ la colère des Normands contre l'arbitraire d'un pouvoir royal remettant en cause régulièrement l'Etat de droit et la coutume de Normandie.

C'est donc un article intéressant à lire qui omet, cependant le fait historique capitale qui fit de la Normandie, autrefois si riche et si prospère, une province déclinante:

En effet, la Normandie était, à la fois, une grande province de production agricole et une grande province d'économie maritime. Or de la guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688) à Waterloo (1815), les souverains français (de Louis XIV à Napoléon) ont régulièrement fait la guerre à l'Angleterre qui, étant située de l'autre côté de la Manche, fit de nos côtes une frontière militaire occasionnant la ruine durable de l'économie maritime normande qui ne se relèvera qu'après 1820 et la confirmation de l'Entente cordiale. C'est au cours de cette période que la Normandie se spécialisa dans la fourniture du ventre de Paris en denrées agricoles. La Bretagne eut moins de chance que la Normandie: dotée de terres agricoles moins riches, plus éloignées de la capitale ou moins productives que les terres normandes, la Bretagne, privée des ressources de son économie maritime par la guerre plus ou moins permanente dans la Manche, s'enfonça dans la misère...

Aujourd'hui, la carte postale d'une Normandie, province édénique, pays de cocagne, demeure: la vache dans son pré complanté de pommiers se fait plus rare mais nous l'avons toutes et tous en nos têtes. La Normandie est indispensable à la richesse nationale ainsi qu'au rayonnement du pouvoir parisien quitte à instaurer une relation de contrôle sinon de domination quasi coloniale qui s'est renforcée après la Libération dans une Normandie totalement ruinée et anéantie par les batailles de la Seconde Guerre Mondiale.

La reconstruction et la modernisation de la Normandie s'est faite au prix d'une nationalisation et d'une division territoriale ayant pour but l'absorption de l'espace normand par la croissance de la région parisienne: un préfet avisé soucieux de préserver le patrimoine historique et naturel des boucles de la Seine normande et la crise des années 1970 ont eu raison de ce projet cauchemardesque et la Normandie a réussi à survivre, certes dans le déclin, et ce jusqu'à sa réunification récente avec le pari normand de servir plus efficacement l'intérêt régional et national avec une Normandie ayant son propre gouvernement que si notre région millénaire était définitivement fondue dans le... Grand Paris.


 

https://actu.fr/economie/histoire-quand-normandie-etait-une-province-prospere_17034283.html

Histoire. Quand la Normandie était une province prospère

Depuis le Moyen Âge, la Normandie conserve l’image d’une région riche, notamment au point de vue agricole. Une impression de plus en plus en décalage avec la réalité.

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« La Normandie est la meilleure et la plus riche partie de votre royaume, vous devez absolument vous garder d’en confier le gouvernement », préviennent les conseillers du roi de France Charles VI au début du XVe siècle. Pas question de céder la région, même à un parent du roi : l’opération priverait la monarchie de rentrées fiscales considérables ! Quelles sont donc les productions qui font la prospérité de la Normandie ?

Un duché foisonnant

 « Le pays de Normandie, qui est bonne duché, puissant et riche et est très bon pays de blé et de bestiaux blanc et rouge et foison de belles forêts et petites rivières et grand foison de pommes et poires ».

C’est ainsi que le voyageur Gilles Le Bouvier s’enthousiasme vers 1455 à l’évocation de la Normandie. Il ajoute qu’on y fabrique « moult bons draps ». Avec tant de ressources, notre témoin a bien compris que la province est « de grand revenu au prince ».

Néanmoins, un manque tempère le jugement de Gilles Le Bouvier : hélas, la région ne produit quasiment pas de vin. Si la vigne poussait abondamment, sûr qu’à ses yeux la Normandie serait le paradis.

Les dévastations de la guerre de Cent Ans

La description globalement enthousiaste de Gilles le Bouvier étonne, car la région vient à peine de sortir de l’interminable guerre de Cent Ans. Soldats anglais et français, bandes de brigands ont dévasté les campagnes.

En 1484, Jean Masselin, député de Rouen aux États généraux, tient compte des conséquences de ces troubles. Il dresse un tableau beaucoup plus noir de la Normandie, plus exactement du pays de Caux. C’est même l’apocalypse :

« Où jadis vous auriez admiré de brillantes moissons et des champs fertiles, s’offraient à la vue des buissons d’épines, des arbres inutiles qui avaient poussé trop haut. Cet abandon avait tellement changé la face de la terre, que personne ne reconnaissait ni sa ville ni sa maison, que le chemin public ne se distinguait pas du reste du sol. Une solitude profonde régnait au loin et partout un silence effrayant ».

À lire ce discours, l’impression est terrible. Mais Jean Masselin ne force-t-il pas le trait ? Rappelons que ce texte est prononcé devant les États généraux. Le Rouennais ne cherche-t-il pas à apitoyer le roi et ses officiers… et obtenir une baisse d’impôt pour ses compatriotes ? N’oublions pas : les Normands ont la réputation d’être rusés.

Un manuel scolaire s’emballe

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Après le discours biaisé de Jean Masselin, cherchons un avis neutre. Dans ce cas, mieux vaut écouter un Suisse. Ça tombe bien : en 1599 et 1600, le médecin suisse Thomas Platter visite la France. Il nous a laissé ses notes de voyage. Sa description de la Normandie ressemble beaucoup à celle du premier auteur, Gilles Le Bouvier :

« C’est un duché important et peuplé […] Bétail, poissons, céréales et fruits, laine, lin très fin, que de richesses dans ce duché ».

Cette image plantureuse survit à travers les siècles. Avant-guerre, dans un manuel scolaire, les écoliers pouvaient lire, non sans quelques exagérations :

« La Normande est l’un des sols les plus fertiles de la France. Nous avons des prairies sans pareilles, où les nombreux troupeaux qu’on y élève ont de l’herbe jusqu’au ventre. […] Nos fermières font du beurre et des fromages que tout le monde se dispute ; nous envoyons par millions en Angleterre les œufs de nos basses-cours ».

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Une région moyenne

Encore une fois, c’est la richesse agricole qui est mise en avant. Or, à cette époque, la prospérité économique repose sur l’industrie, puis de plus en plus sur le secteur tertiaire. La Normandie se trouve progressivement hors jeu.

Les statistiques le prouvent : aujourd’hui, son produit intérieur brut (la somme de ses productions) place la Normandie en 9e position sur les 18 régions françaises (outre-mer inclus). Un rang moyen. Mais la Bretagne se trouve juste derrière. Ouf, l’honneur des Normands est sauf.