Pendant nos vacances éditoriales d'été, un lecteur fidèle de l'Etoile de Normandie nous a signalié cet entretien proposé par la Gazette des communes avec le sociologue Jean Viard dont on connait les accointances avec l'actuelle majorité gouvernementale sur le thème essentiel pour nous du rôle et de la place des métropole dans le fonctionnement du territoire et, plus particulièrement, au coeur même de l'idée régionale...

Sur ce sujet, la position de l'Etoile de Normandie est claire tant les réalités normandes sur la question métropolitaine peuvent être exemplaires...

1) Pas de vraie métropole sans vraie région (et vice versa!): nous avons la chance d'avoir une vraie région avec la Normandie. En revanche, nous n'avons pas encore de rayonnement métropolitain régional suffisant puisqu'il nous faut mettre en oeuvre non pas une métropole unique mais un réseau urbain métropolitain, la "tripolitaine normande" Caen-Rouen- Le Havre.

2) Une métropole vraiment régional ne doit pas reproduire à l'échelle régionale ce que l'hyper-métropole parisienne produit à l'échelle nationale française: une centralisation et une concentration excessives qui creusent les inégalités sociales et territoriales. Là encore, l'exemple normand et sa géographie urbaine idéalement équilibrée (une ville de 10000 habitants tous les trente kilomètres et un potentiel métropolitain régional constitué de trois agglomérations plus complémentaires que concurrentes) fait office d'antidote aux excès d'une géographie urbaine française très déséquilibrée et toujours aussi écrasée par la masse de la mégalopole parisienne qui est, de fait, la première région urbaine d'Europe, tant par la richesse produite que par la population avec le paradoxe que cette première région urbaine d'Europe est tout sauf une... région!

La question d'articuler la puissance métropolitaine à un territoire régional réellement pertinent n'est pas encore résolue en France: la Normandie peut servir de laboratoire territorial en la matière à condition que les promoteurs du centralisme parisien cessent de croire en l'illusion jacobine pour faire enfin confiance aux initiatives et projets qui viennent des territoires.

Aussi, à  la lumière de nos réalités normandes qui posent autant de problèmes que de solutions, les déclarations "disruptives" du macroniste Jean Viard nous font bondir!

Comment, accepter, en tant que normand que les territoires "les plus éloignés d'une métropole puissent être oubliés" alors que la Normandie est la région à taille humaine par excellence et que sa géographie urbaine permet précisément de faire "entrer le territoire dans l'imaginaire des grandes villes"?

Voilà deux propositions pour le coup "disruptives" c'est à dire impossibles à tenir ensemble... Notamment en Normandie!

Conclusion:

C'est la géographie urbaine normande en tant que telle qui peut être proposée comme un démenti cinglant à cette "géographie" macroniste, voire comme un remède à la métropolite "disruptive" de Monsieur Viard, ce macroniste qui voudrait nous préparer idéologiquement à un véritable "Munich territorial", à savoir le sacrifice des territoires ruraux les plus éloignés alors qu'ils attirent de plus en plus des populations urbaines humainement fatiguées par la vie trépidante des grandes métropoles (Monsieur Viard: il n'y a pas que des touristes dans la France rurale! Il y a aussi et surtout des classes populaires qui... bossent!)

La Normandie de tous les arrières-pays ruraux en témoigne à commencer par ce qui s'observe actuellement dans le pays de Bray, le pays d'Ouche, le Perche, le bocage du Domfrontais ou celui de l'Avranchin...

Une géographie normande de la ville à la campagne disposant de la wifi et de la 4G dans le moindre de ses hameaux, vaux et bosquets est le meilleur manifeste anti-Macron (ou plutôt anti-Viard en l'occurrence...)

Infographie: le réseau urbain régional dans le cadre de la Normandie réunifiée. On notera que ce réseau urbain normand est l'exact contraire du réseau français en toile d'araignée. Avec une "universelle araigne" parisienne au centre.

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http://www.lagazettedescommunes.com/578163/la-politique-du-territoire-disruptive-de-jean-viard/

La « politique du territoire disruptive » de Jean Viard

Publié le 21/08/2018 • Par Marie-Pierre Bourgeois

Dans un essai pour « un nouveau pacte territorial », Jean Viard, directeur de recherche au CNRS et macroniste, appelle le Président de la République à mettre en place un droit à la métropole pour tous et à la création de nouveaux mandats locaux. Interview.

Le sociologue Jean Viard, ancien candidat LREM aux dernières législatives, a publié au coeur de l’été une note qui se veut une boussole pour l’action territoriale d’Emmanuel Macron, en froid avec les élus locaux.

Intitulée « Pour une politique du territoire disruptive » – dans la plus pure langue macroniste – et publiée sous forme d’essai par la Fondation Jean Jaurès sous le titre Redessiner la France. Pour un nouveau pacte territorial, il nous en livre les principaux enseignements.

Pourquoi décider de plancher sur « un nouveau pacte territorial pour redessiner la France » alors que les notes sur le rôle des métropoles et de la France de la ruralité n’ont cessé de se multiplier ces derniers mois ?

En ce moment, il existe principalement des réflexions éparses alors que deux grands sujets obligent à remettre sur le métier la pensée territoriale. D’abord celui des politiques agricoles qui revient toujours à travailler sur la situation des agriculteurs sans jamais penser aux terres arables. On aménage donc le territoire français sans se poser la question de la sanctuarisation des terres agricoles. Pourtant, les protéger bloquerait l’étalement urbain et permettrait de prendre enfin le temps de réfléchir à l’avenir de la ville.

Seconde réflexion à mener : celle de l’accélération du numérique dans les métropoles. Contrairement à un discours de fond qui se fait de plus en plus fort, il faut défendre les aires métropolitaines. Paris est la ville qui accueille le plus de scientifiques au monde et nous avons en France plusieurs autres métropoles qui ont un rayonnement européen. A nous de faire valoir ces atouts.

N’est-ce pas prendre le risque de fragiliser la cohésion sociale que de s’appuyer seulement sur ces aires métropolitaines alors que le reste du territoire français peine à trouver sa place dans la mondialisation ?

Aujourd’hui, 60% du PIB français est créé au cœur des très grandes métropoles et plus de la moitié rien qu’en Ile-de-France. Il y a donc d’un côté une classe innovante, métropolitaine et de l’autre une foule qui s’installe de plus en plus loin des villes et des nœuds de circulation. Il faut donc se demander comment créer un nouvel ascenseur social qui ne devrait plus permettre d’aller du bas vers le haut de la société mais bien de la périphérie vers le centre. C’est ce que j’appelle « l’ascenseur social horizontal ». Pour cela, il faut parvenir à faire entrer le territoire hors métropoles dans la réalité et dans l’imaginaire des grandes villes.

Pour y arriver, il faut d’abord accepter de cesser d’investir massivement dans une impossible égalité des territoires. Et assumer que les territoires éloignés des grandes métropoles vont en partie être oubliés. (sic!) La chance de la France est que le tourisme se concentre pour partie sur ces territoires vidés (sic!), notamment en montagne et dans le sud. Il ne faut donc pas hésiter à parler de droit à la métropole, même si on en vit loin.

Que voulez-vous dire ?

Ce droit impliquerait que l’essentiel des politiques des grandes régions se transformerait en politiques horizontales d’échange et de complémentarité pour les loisirs, les études, la santé, l’énergie… On pourrait également envisager de fusionner les départements avec les métropoles régionales. De cette façon, les départements ruraux deviendrait des acteurs régionaux qui seraient consultés par les présidents des Hauts-de-France, du Grand Est…

(commentaire de Florestan: on peut faire aussi des régions-provinces donc à taille humaine)

Les associations d’élus demandent toutes aujourd’hui à ce qu’on ne touche plus à la carte territoriale et Emmanuel Macron s’y est d’ailleurs engagé pendant la campagne. N’avez-vous pas l’impression de nager à contre-courant ?

La question n’est pas de savoir s’il faut refaire ou non une réforme territoriale, mais ce qui est utile ou pas. Je fais partie de ceux qui ont soutenu le redécoupage territorial mené par François Hollande. Cependant, la loi Notre a donné une métropole à tous les habitants (sic!). Et beaucoup d’élus se sont battus pour avoir « leur » métropole. Certes, j’entends les inquiétudes des élus locaux. Je les connais bien, j’ai d’ailleurs moi-même été vice-président de la Communauté Urbaine Marseille-Provence-Méditerranée (PS).

Mais, le fait métropolitain n’est pas un titre ou une sorte de légion d’honneur. C’est avant tout un processus socio-économique avec des réseaux de transports, des connexions universitaires, des pôles de technologie. Ce n’est pas sérieux de dire que Strasbourg ou Brest sont des métropoles quand on a ces critères en tête. La nouvelle hiérarchie mondiale est celle des villes-mondes et la France ne peut pas accepter de passer à côté de ce phénomène pour ne pas froisser ceux qui aiment jouer aux petits présidents dans leurs territoires.

(Commentaire de Florestan: d'où l'intérêt de développer un vrai réseau régional urbain armature d'une vraie région pour éviter l'effet "petit Paris de province")

Vous prônez également une démocratie de la proximité. La France fait pourtant déjà partie des pays avec le plus d’élus locaux…

Aujourd’hui, il y a en moyenne un élu par famille dans les villages, et un élu pour 1 000 habitants dans les grandes villes. Il y a donc un fossé de représentativité qu’il faudrait résoudre, tout particulièrement dans les métropoles. On pourrait par exemple créer des mairies de secteur dans les métropoles. Elles auraient un vrai pouvoir, contrairement aux mairies d’arrondissement de Marseille, Lyon et Paris. Un conseil des maires métropolitains pourrait ainsi dialoguer avec le président de la métropole et apporter une vraie analyse de terrain.

Autre proposition de votre note, instituer dix jours de voyage en France pour tous les jeunes de 16 ans. Cela serait une autre façon d’organiser « le droit à la métropole pour tous » que vous réclamez. Pourquoi ?

Ces dix jours de voyage qui seraient financés en utilisant les logements étudiants vides, en s’appuyant sur les billets non vendus de la SNCF, permettrait à chaque adolescent de découvrir les grandes villes de France. On pourrait imaginer que la moitié du service national obligatoire qui devrait être prochainement mis en place pourrait être destiné à cet usage. Charge aux collectivités de mettre en avant la culture de chaque territoire lorsque les adolescents seront de passage.

(Commentaire de Florestan: on pourrait faire déjà des jumelages entre villes normandes...)

Que vont devenir vos propositions ?

Je sais qu’elles sont en train d’être soigneusement lues par ceux qui décident.

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