Dans " Le Prince", un livre que connait bien un certain Emmanuel Macron, Machiavel nous définit clairement la frontière politique sinon morale entre un compromis et une compromission...

Pour l'avaleur officiel de couleuvres du gouvernement de son état, ministre d'Etat, la couleuvre de trop fut celle de la veille au soir, à savoir, la présence d'un lobbyiste bien connu de la chasse à une réunion de haut niveau concernant cette activité très rurale que le jeune président des métropoles qui vient de fêter ces quarante ans au château de Chambord, un relais de chasse bien connu, a décidé fort opportunément de mieux considérer à la veille des élections européennes en caressant chiens et piqueurs dans le sens du... poil!

Ne voulant plus être pris pour le perdreau de l'année et être définitivement englué dans la sauce "grand veneur" de la communication gouvernementale en cautionnant une imposture écologique à partir d'une position écologiste, Nicolas Hulot a donc annoncé avec fracas sa démission du gouvernement ce matin, sur l'antenne de France Inter.

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La promotion politicienne de la chasse fut la goutte d'eau d'un vase, hélas, bien rempli. Mais à écouter attentivement le ci-devant ministre confiant au micro de la première matinale radiophonique de France tous ses états d'âme, l'idée nous est apparue clairement que l'art de gouverner devient impossible dès lors que ce que l'on appelle le "machiavélisme" n'a de finalité que lui-même, à savoir, de rester le plus longtemps possible le premier, sinon le "Prince" de circonstances aussi passagères qu'illusoires alors que d'incommensurables et funestes urgences assombrissent notre horizon humain avec le changement climatique. Le fameux "etenmêmetempisme" cher à Emmanuel Macron ne pouvait, comme le mauvais temps, ne durer qu'un... temps.

Nicolas Hulot a tenté, pendant un an au gouvernement de la république française de convaincre au plus haut niveau de l'Etat qu'il fallait faire de notre adaptation au changement climatique non plus une gestion conjoncturelle sinon une gesticulation médiatique ou communicationnelle pour ripoliner en vert tous les vieux machins qui alimentent l'effet de serre, mais une politique structurelle centrale pour dégager des avantages comparatifs, qualitatifs, technologiques, législatifs, économiques, politiques et faire de la France le pays leader mondial du changement climatique.

Dans la confession presque "rousseauiste" par sa sincérité blessée du ci-devant ministre d'Etat en charge de l'environnement, Nicolas Hulot a fait allusion à l'un des principaux obstacles dressés sur sa route: le trop bien dénommé Stéphane Travert, le ministre de l'Agriculture que nous connaissons que trop ici en Normandie. La transformation radicale de l'agriculture française qui n'est plus un modèle de réussite comme elle le fut au tournant des années 1970/1980 pour en faire le modèle d'une agriculture de haute qualité biologique, territoriale, alimentaire, gastronomique et faire de la France, LE pays du retour à la souveraineté alimentaire n'a pas été programmée car on ne saurait mettre le vin nouveau de la qualité agro-alimentaire dans les vieilles outres d'une FNSEA saoûlée aux pesticides et qui tolère le suicide d'un exploitant agricole tous les deux jours...

Ethique de conviction versus éthique de responsabilité...

Le duel entre Hulot l'idéaliste et Travert le carriériste fut pathétique à souhait: un Flaubert ou un Maupassant en aurait tiré matière à romans et nouvelles pour nous conter toute la noirceur de cette nouvelle comédie humaine. Stéphane Travert l'ami intéressé des promoteurs du glyphosate et Edouard Philippe ex lobbyiste d'Aréva, sans oublier le petit Lecornu resteront au gouvernement alors que Monsieur Hulot ira profiter de vacances prolongées... du côté de Saint Lunaire, un joli coin de cette côte d'Emeraude bretonne que nous aimons bien.

On y trouvera aucun motif de fierté.

Et encore moins un motif de fierté normande tant nos deux poids-lourds normands du gouvernement symbolisent la pondéreuse permanence d'un vieux monde qui n'en finit pas de mourir alors qu'il nous faut, de toute urgence, en faire émerger un nouveau face à la menace de ne plus avoir le temps nécessaire pour nous adapter à un réchauffement climatique qui pourrait dépasser les 3°C à l'horizon 2100.

L'économie régionale normande symbolise à elle seule ces difficiles contradictions qui vont devenir politiquement douloureuses si l'on n'agit pas dès maintenant... En effet, l'avenir de la Normandie comme grande région de production énergétique et agricole est directement concernée.

A l'avenant:

1) L'avenir du raffinage des hydrocarbures dans la Basse-Seine est compté. Tous les acteurs lucides de cette importante filière régionale le savent. Il fut un temps question de chimie dite "verte" afin de remplacer le pétrole par tous les déchets verts récoltés dans notre région... Où en est-on?

2) Le scandale technique et financier de l'EPR de Flamanville va dépasser les... 11 milliards d'euros alors que la Normandie ferroviaire est au bord de la ruine. Où est la cohérence?

3) Rouen pourrait devenir une capitale mondiale dans la recherche-développement des motorisations automobiles alternatives... Où en sommes nous?

4) Au large de Cherbourg, nous avons le second plus grand potentiel d'énergie marine du Monde. Le gouvernement refuse d'accompagner la région Normandie dans le financement de l'aventure de la recherche-développement des hydroliennes dans le Raz Blanchard. Précisons enfin que la France ne dispose plus de sa souveraineté technologique en matière d'énergies marines renouvelables puisqu'un certain... Emmanuel Macron a accepté la vente des turbines d'Alstom aux Américains de General Electrics.

5) Au lieu de détruire les barrages de Vézins et de la Roche-qui-boit, le gouvernement devrait aider le département de la Manche et la région Normandie à faire, à partir de ce potentiel hydroélectrique local, une production d'hydrogène.

6) Les éoliennes marines au large des côtes normandes ne sont toujours pas plantées en mer car l'arrogance des aménageurs met à bout la patience et l'inquiétude des usagers et des riverains et parce que ce gouvernement a pris le risque de mettre en cause l'équilibre financier des projets.

7) Alors qu'il nous faut des circuits courts pour développer une agriculture locale et régionale de haute qualité environnementale, l'étalement urbain se poursuit autour de nos villes avec les ronds-points, hangars et publicités de cette France moche commerciale qui massacre nos paysages, artificialise nos terres agricoles et menace nos artisans et nos commerçants. De 1998 à 2016, 515 hectares ont ainsi été sacrifiés dans le seul département du Calvados. Cependant, cette artificialisation des sols s'est ralentie depuis peu selon la Safer: une prise de conscience?

https://www.ouest-france.fr/normandie/la-normandie-sacrifie-moins-de-terres-agricoles-5836266

8) Avec 14 AOC/AOP à son actif, l'agriculture normande devrait être LA première agriculture régionale française à prendre le virage de la haute qualité biologique sinon du luxe alimentaire. Mais nous sommes à la traine et à la peine: on pensera notamment au désengagement financier de l'Etat dans le soutien à l'agriculture bio sous prétexte de mieux aider la conversion de l'agriculture dite "conventionnelle" vers l'agriculture biologique.

http://www.bio-normandie.org/aides-bio-lagence-de-leau-engagee-letat-retrait/

La région Normandie affiche un certain volontarisme en ce domaine en ouvrant largement les cantines des lycées au "biocal" et en Bretagne, la région de France qui avait été le plus loin dans les travers du soi-disant modèle productiviste pourrait ravir cette place à la Normandie en devenant la première région d'agriculture biologique de France d'ici 5 à dix ans.

Mais le gouvernement ne suit pas avec un Stéphane mis en travers... dedans!

Nicolas Hulot lui a décidé de s'en aller. En partant d'un gouvernement étouffé par les lobbies comme un rosier peut l'être par tous les liserons, Nicolas Hulot est devenu un... lanceur d'alerte.

Nous saluons son courage.

Quant à Stéphane Travert, continuera-t-il à demeurer en travers de notre route...normande?

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