"C'est mon dreit et j'y ti!'

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Dans la nuit du 28 août 2018, une flotille de quarante bateaux de pêche partie des ports normands de la côte du Calvados est partie au large au contact de bateaux de pêche anglais venus en toute illégalité "gratter la coquille Saint Jacques" de la baie de la Seine alors que cette pêche est actuellement fermée pour permettre aux coquilles de se développer ou de se reproduire. La pêche n'ouvre qu'en octobre et les prélèvements sont soumis à des quotas rigoureux dans le souci élémentaire de préserver la biodiversité  marine et le renouvellement de cette ressource naturelle précieuse: l'immense majorité des "coquillards" normands sont extrêmement vigilants et conscients quant à la nécessité absolue de respecter ces règles qui devraient faire l'objet de conventions internationales qui n'existent toujours pas!

Conséquence: les pêcheurs étrangers, à commencer par les Britanniques (Anglais et Ecossais) font ce qu'ils veulent au large des côtes normandes en se comportant comme des pilleurs tandis que les pêcheurs normands s'obligent à être d'honnêtes "travailleurs de la mer" selon la magnifique formule de Victor Hugo en respectant une loi qui garantie la pérénnité de la ressource naturelle et donc, de leur métier.

Le sujet est ancien et la demande des élus normands pour mettre un terme à cette injustice et à ses abus au niveau européen est tout aussi ancienne:


 Archives du Sénat (2012):

https://www.senat.fr/questions/base/2012/qSEQ121002547.html

Question écrite n° 02547 de M. Jean-Léonce Dupont (Calvados - UCR)

publiée dans le JO Sénat du 18/10/2012 - page 2282

M. Jean-Léonce Dupont attire l'attention de M. le ministre délégué auprès de la ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, chargé des transports, de la mer et de la pêche, sur la situation difficile dans laquelle se trouvent les pêcheurs de coquilles Saint-Jacques face à une concurrence étrangère déloyale. Les pêcheurs normands ont en effet le sentiment d'une grande injustice puisqu'il leur est interdit de pêcher la coquille avant début octobre alors que leurs homologues anglais et écossais y sont autorisés depuis le mois d'août. Ce sentiment est d'autant plus fort que nos pêcheurs se voient imposer une réglementation nationale très rigoureuse pour la préservation de la ressource. Le conflit récent avec les pêcheurs étrangers ne pouvant se régler qu'au niveau européen, il lui demande s'il compte intervenir auprès de la Commission européenne pour que soit adoptée une réglementation commune européenne respectueuse de la ressource et s'inspirant de l'arrêté ministériel français du 25 avril 2012 portant création d'une autorisation de pêche pour la pêche des coquillages.

Réponse  très précise du ministère des transports en charge de la pêche  qui n'en peut mais... 

Réponse du Ministère chargé des transports, de la mer et de la pêche

publiée dans le JO Sénat du 17/01/2013 - page 214

La réglementation communautaire applicable à la pêche à la coquille Saint-Jacques en Manche et en Atlantique se limite à fixer une taille minimale de capture et une limitation de l'activité de pêche par la définition d'un contingent d'effort de pêche, exprimé en un nombre de jours de mer multiplié par la puissance en kilowatts des navires. La France n'utilise qu'une faible partie de son contingent d'effort de pêche, au contraire du Royaume-Uni.

La réglementation communautaire permet à un État membre d'adopter des mesures de conservation des ressources de pêche dans ses eaux territoriales, à condition que ces mesures soient non discriminatoires, conformes aux objectifs de la politique commune de la pêche et au moins aussi contraignantes que la réglementation communautaire. Le droit français encadre ainsi de manière plus contraignante la pêche à la coquille Saint-Jacques, notamment en définissant une période de pêche, limitée à sept mois et demi pour maintenir la productivité des gisements. Les organisations professionnelles des pêches participent activement à cette réglementation en fixant, par des délibérations, les jours de pêche, le nombre de licences de pêche ainsi que les conditions de leur attribution. Les règles présentées ci-dessus ne s'appliquent cependant pas aux navires britanniques qui pêchent dans la partie de la baie de Seine car celle-ci est située à l'extérieur des eaux territoriales françaises.

Le Royaume-Uni n'a pas adopté de mesures de gestion semblables à celles de la France et permet à ses navires de pêcher toute l'année, dès lors qu'ils se trouvent en dehors de la mer territoriale française. Les professionnels français ne souhaitent cependant pas revoir l'encadrement de leur activité car il en garantit la pérennité et l'exercice par un nombre important de navires.

Les demandes de la profession française portent sur l'adoption par le Royaume-Uni de mesures de gestion similaires à celles de la France afin de réduire les distorsions et de résoudre les problèmes de cohabitation.

En 2012, les professionnels britanniques se sont déclarés prêts à adopter en Manche orientale un calendrier de pêche similaire au calendrier français et à ne plus pêcher en baie de Seine, au Sud d'une ligne reliant Barfleur à Antifer.

Ces mesures auraient pour contrepartie la cession au Royaume-Uni d'une partie de l'effort de pêche non utilisé par la France. Le contingent d'effort de pêche alloué au Royaume-Uni n'est en effet plus suffisant pour permettre l'activité de la flottille britannique toute l'année. Les rencontres entre professionnels n'ont, à ce jour, abouti sur aucun accord car les britanniques ne sont pas disposés à étendre la fermeture estivale à la Manche occidentale. Or, il s'agit de l'une des conditions non négociables, posées par les professionnels français qui craignent de voir l'activité des navires britanniques se reporter vers la Manche occidentale en été.

(Commentaire de Florestan: les pêcheurs professionnels français de la Manche occidentale sont... Bretons)

Il est nécessaire de privilégier le dialogue et la concertation entre les pêcheurs des deux pays (sic!) pour parvenir à une harmonisation de réglementation. Des discussions ont eu lieu et vont avoir lieu entre pêcheurs pour trouver un terrain d'entente avant le début de la prochaine saison de pêche. Il est également important que tous les professionnels concernés, regroupés au sein de 4 comités régionaux (Nord-Pas-de-Calais, Picardie, Haute-Normandie, Basse-Normandie et Bretagne)

(Commentaire de Florestan: fort heureusement, il n'y a plus qu'un seul comité régional de la pêche normande)

... aient une position commune sur la gestion de la coquille Saint-Jacques face aux professionnels britanniques. Le Gouvernement soutient pleinement la démarche des professionnels français (sic!). Les services de la direction des pêches maritimes et de l'aquaculture (DPMA) ont participé aux rencontres entre professionnels français et britanniques et ont indiqué clairement les conditions dans lesquelles les échanges pouvaient se faire. Les discussions pour l'année 2013 sont toujours en cours et les services de la DPMA restent à la disposition des professionnels pour les accompagner dans leur démarche.


 Quatre ans plus tard, le sujet n'est toujours pas résolu même si les positions normandes se sont renforcées: réunification régionale, un seul comité des pêches, une politique régionale active soutenant la pêche, une ambassade normande renforcée à Bruxelles...

Enfin, cette énième bataille navale entre pêcheurs Normands et Anglais se déroule sur fond d'un "Brexit" que l'on dit "dur": il se pourrait que les pêcheurs anglais perdent tous leurs droits de pêche dans les eaux territoriales des pays encore membres de l'Union européenne...

Visiblement, cela les rend nerveux sinon téméraires. Et depuis quelques semaines, les pêcheurs normands voient régulièrement ces prédateurs Anglais "gratter la coquille" alors que c'est interdit.

Alors une question se pose: que fait la police? Que fait l'Etat français lui qui dispose du monopole de la violence légitime pour assurer l'ordre et le respect du droit?

En son absence, les pêcheurs normands sont passés à l'action en utilisant des méthodes... bretonnes qui se sont révélées efficaces pour ce coup-ci et en mettant les autorités publique de l'Etat français devant leurs responsabilités.

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La bataille navale entre pêcheurs Français et Anglais est donc un sujet récurrent... Le Brexit risque d'aviver les tensions au large des côtes normandes.

https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/emissions/dimanche-en-politique-basse-normandie/bataille-coquille-saint-jacques-c-est-reparti-1340135.html

Il y avait, autrefois, une flotille de la Marine Nationale en station au port de Cherbourg pour assurer une patrouille efficace dans la Manche avant que le rabot budgétaire ne la fasse définitivement couler... Ne faudrait-il pas la rétablir?


 

https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/calvados/coquille-saint-jacques-pecheurs-normands-anglais-s-affrontent-mer-1531692.html

Coquille Saint-Jacques : les pêcheurs normands et anglais s'affrontent en mer !

Une quarantaine de pêcheurs normands est partie très tôt en mer le 28 août 2018. Leur objectif ? Aller à la rencontre de leurs homologues anglais pour leur exprimer leur mécontentement au sujet de la pêche à la coquille Saint-Jacques. Une rencontre qui a dégénéré en bataille navale !

Par Maxime DewilderPublié le 28/08/2018 à 12:01Mis à jour le 28/08/2018 à 18:37

Entre 40 et 50 pêcheurs ont pris la mer très tôt ce matin depuis Trouville-sur-Mer, Port-en-Bessin ou encore Ouistreham (Calvados). Ils ont fait cap sur l'Angleterre, au large de la baie de Seine, pour aller à la rencontre des pêcheurs anglais à la coquille Saint-Jacques.

Une rencontre qui a tourné à l'affrontement. La quarantaine de bateaux français a encerclé les navires anglais pour les obliger à arrêter la pêche. Tandis que les fumigènes et les injures tendaient davantage encore l'atmosphère, certains bateaux ont agi en bélier en fonçant sur d'autres. Trois embarcations sont endommagées, présentant des trous dans leur coque.

Après la première charge, les Anglais se sont repliés avant de contre-attaquer ! Les bateaux se tournent à nouveau autour et, au milieu des échanges tendus, les gendarmes s'activent. Ces derniers ont notamment effectué des contrôles auprès des britanniques.
 

Concurrence déloyale

Les Normands se plaignent de concurrence déloyale dans les eaux internationales. En effet, les pêcheurs battant pavillon tricolore n'ont pas le droit de pêcher la coquille avant le 1er octobre. Les Anglais, eux, ne font pas face à cette restriction. Conséquence : les français doivent bien souvent se contenter des restes.

"La réglementation française impose aux pêcheurs français de ne pas exploiter la coquille entre le 15 mai et le 1er octobre. Les Anglais n’ont pas à respecter cette réglementation", approuve Dimitri Rogoff, président du Comité régional des pêches maritimes de Normandie.

 


 Une esquisse de solution?

https://www.paris-normandie.fr/actualites/politique/saint-jacques-morin-demande-une-solution-perenne-a-la-commission-europeenne-EF13617120

Le président centriste de la région Normandie Hervé Morin a demandé vendredi 31 août 2018 à la Commission européenne de trouver «une solution pérenne» au conflit qui oppose Français et Britanniques à propos de la pêche à la coquille Saint-Jacques.

Le président centriste de la région Normandie Hervé Morin a demandé vendredi 31 août 2018 à la Commission européenne de trouver «une solution pérenne» au conflit qui oppose Français et Britanniques à propos de la pêche à la coquille Saint-Jacques.

«Il importe désormais que ce dossier majeur donne lieu à une solution pérenne», écrit l’élu dans un courrier adressé au commissaire européen à l’Environnement, aux affaires maritimes et à la pêche, Karmenu Vella, rendu public vendredi.

Mercredi, la Commission européenne, par la voix de l’un de ses porte-paroles, avait plaidé pour un règlement du litige «à l’amiable» entre les deux pays.

M. Morin évoque la mise en place d’un plan de gestion concerté de la coquille Saint-Jacques au sud de la ligne Barfleur-Antifer, réclamé par les pêcheurs français.

«Ce plan de gestion n’entraînerait nullement l’exclusion des pêcheurs britanniques mais il permettrait notamment la création d’une zone sensible, intégrant la problématique des petits navires, la fixation d’une période d’ouverture et donc de fermeture en période estivale et l’harmonisation des engins de pêche», écrit l’ancien ministre.

Les pêcheurs français et britanniques de coquilles Saint-Jacques, qui se sont affrontés cette semaine au large des côtes normandes, se réuniront «la semaine prochaine» pour tenter de trouver un accord, a annoncé vendredi le ministre français de l’Agriculture.

Des altercations se sont produites mardi dans la Manche entre les pêcheurs des deux pays, au large de la baie de Seine, marquées par des jets de pierres, des insultes et des manoeuvres dangereuses en haute mer, un nouvel épisode d’une guerre au long cours autour du précieux mollusque.

Les pêcheurs normands qui n’ont le droit de pêcher la coquille que du 1er octobre au 15 mai, pour tenter de préserver la ressource, demandent aux Britanniques, dont la pêche n’est pas réglementée dans le temps, de respecter le même calendrier au large des côtes françaises.