L'opposition de gauche au conseil régional de Normandie faisait sa rentrée médiatique ce lundi 17 septembre 2017 à l'occasion d'une conférence de presse donnée à l'abbaye aux Dames à Caen.

Nous avons déjà ici relevé que Nicolas Mayer-Rossignol n'était pas Laurent Beauvais et inversement puisque nous avons apprécié la mesure et la sagesse toute normande du second qui pourrait, espérons-le, modérer la fébrilité politicienne du premier encore jeune homme et qui s'est converti sur le tard, c'est le moins que l'on puisse dire, à l'idée même qu'il soit possible de faire vivre un projet normand...

Nous aurons ici la courtoisie de ne pas rappeler ce que ledit Mayer-Rossignol pouvait bien penser de la Normandie et de son unité avant le printemps 2015. Passons!

Il faut, cependant, entendre ce que dit l'opposition régionale lorsqu'elle est sincère, c'est à dire lorsqu'elle joue un rôle de "lanceur d'alerte" au nom de l'intérêt général...

Là encore, on remarquera que Monsieur Mayer-Rossignol n'est pas Laurent Beauvais et réciproquement.

Nicolas Mayer-Rossignol reproche à Hervé Morin de s'opposer au néo-jacobinisme comptable de MM. Macron, Philippe et Darmanin sous prétexte que cela mettrait en péril l'intérêt général de la Normandie. Fort bien!

Mais si quelqu'un a vraiment mis  l'intérêt général de la Normandie en péril c'est plutôt le "socialiste" Alain Le Vern qui a méprisé son compagnon de route de Basse-Normandie, qui a fait diverger les politiques publiques régionales normandes, qui a refusé d'investir dans l'avenir normand en pariant plutôt sur une fusion de la Haute-Normandie avec la région parisienne à moyen terme...

Il est extrêmement curieux de voir NMR officiellement de "gauche" donner des leçons à un président de région normand de "droite" qui s'oppose à un gouvernement "en même temps" jacobin et plutôt de "droite" avec des arguments plutôt de "gauche" que n'aurait pas renié un... Michel Rocard.

Et le plus cocasse est de voir celui qui n'a pu négocier qu'une coquille quasi-vide avec Manuel Valls (le CPIER Vallée de la Seine en 2014) faire la leçon à celui qui a pu, en revanche, négocier ce qu'il fallait avec argent sonnant et trébuchant avec le même Valls, à savoir: la reprise complète de la SNCF par la région à partir de 2020 car il est devenu indécent de faire patienter les Normands avec la promesse de la LNPN jusqu'en 2050.

Nicolas Mayer-Rossignol n'admettra jamais s'être fait rouler par Manuel Valls en 2014 au nom de la défense de "l'intérêt général de la Normandie" alors que Laurent Beauvais, avec honnêteté et non sans rigueur intellectuelle, admet qu'il a fait l'erreur de se focaliser sur la LNPN qu'il croyait (et nous aussi) imminente: c'est l'Etat central, une fois de plus, qui s'est foutu de la gueule des Normands!

La nouveauté avec Hervé Morin, et c'est heureux, c'est que le président de région normand n'a pas envie d'être le cocu de qui que ce soit afin d'agir réellement pour préserver au mieux l'intérêt des Normands. A savoir: un plan complet de modernisation ferroviaire de la Normandie de près d'un milliard opérationnel dès 2020.

Ainsi, il est amusant de voir NMR reprocher à Morin de ne plus s'entendre avec ses anciens amis de droite (Philippe et Lecornu) alors que Morin qui n'a qu'un seul parti, celui de la Normandie, s'est parfaitement entendu avec les socialistes Manuel Valls et Bernard Cazeneuve et s'entend parfaitement avec... le socialiste Frédéric Sanchez à Rouen ou encore avec un Jean-Yves LeDrian le Breton toujours au gouvernement.

Laurent Beauvais a donc raison d'être plus modéré et d'être plus sage. En fait, le vrai lanceur d'alerte de l'opposition régionale c'est lui lorsqu'il pointe le danger de la non reprise par l'Etat du déficit d'exploitation de la ligne Paris-Granville lorsque cette dernière passera totalement sous la compétence régionale normande en 2020.

Autre critique enfin de l'opposition que l'actuelle majorité régionale devrait entendre c'est celle de la disparition de relations directes entre la région et le tissu associatif régional ou les corps constitués de la société civile régionale représentés tant bien que mal au CESER Normandie et qui subissent, tout comme les collectivités territoriales, le passage incessant du rabot de Bercy: il ne faudrait pas que le président le plus normand et le plus girondin que nous pouvions espérer avoir à la tête de notre région fasse du... jacobinisme en Normandie parce qu'il faut aller plus vite et plus loin dans la défense de l'intérêt général de la Normandie avec toujours moins... Là encore, ce n'est pas la faute d'Hervé Morin mais celle d'Emmanuel Macron.

On se demandera alors qui est vraiment dans l'opposition: Nicolas Mayer-Rossignol ou Hervé Morin?


 

https://actu.fr/normandie/caen_14118/opposition-invite-herve-morin-renouer-dialogue-etat-interet-normandie_18634323.html

L’opposition invite Hervé Morin à renouer le dialogue avec l’État : « Pour l’intérêt de la Normandie »

Lors de la conférence de presse de rentrée, lundi 17 septembre 2018, l'opposition régionale a beaucoup insisté sur l'importance de renouer le dialogue entre Hervé Morin et l'État.

NICOLAS-MAYER-ROSSIGNOL

Publié le 17 Sep 18 à 19:04

Trop d’autosatisfaction, pas assez de dialogue avec l’État et un détachement de la Région avec le tissu associatif en Normandie… L’opposition régionale a fait fort lors de sa conférence de presse de rentrée lundi 17 septembre 2018, à Caen (Calvados), arguant que pour l’intérêt régional de la Normandie, le président de Région devrait y aller mollo sur les critiques du gouvernement en place. 

« Des bonnes initiatives mais trop d’autosatisfaction »

« On se souvient tous d’Hervé Morin le soir de son élection, tomber dans les bras de Sébastien Lecornu, on se souvient aussi du soutien que l’actuel président de Région avait reçu d’Édouard Philippe, aujourd’hui Premier ministre. » Selon Nicolas Mayer Rossignol, il y a urgence à ce que les amis d’hier le redeviennent aujourd’hui et ce pour… « l’intérêt régional de la Normandie ». Avec d’autres élus du groupe d’opposition  « Socialistes, radicaux et citoyens » à la Région Normandie, il a organisé une conférence de presse de rentrée, lundi 17 septembre.

Si les élus de l’opposition reconnaissent un certain nombre de bonnes initiatives à ceux qui ont pris leur succession en janvier 2016, « c’est le cas notamment de Normandie pour la Paix », ces derniers soutiennent que malgré « un peu trop d’autosatisfaction, l’équipe actuelle devrait au vu de ses réalisations depuis son élection se montrer un peu plus modeste. » 

« Trop agressif » sur les décisions de l’État

Et d’arguer que non seulement les grands projets « sont à l’arrêt ou au point mort » mais également « pour beaucoup de Normands, la situation s’est même dégradée. » La faute à… « ce président multi-casquettes qui n’a de cesse de critiquer le gouvernement actuel. »

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Il se montre volubile, agressif, voire sévère envers les décisions du gouvernement actuel . On peut évidemment avoir des désaccords mais en tant que président de Région, il faut toujours garder en tête de vouloir la faire avancer. Et sans dialogue avec l’État, c’est impossible…, insiste Nicolas Mayer Rossignol.

Selon ce dernier : « La France n’est pas un pays fédéral, on a besoin d’un couple solide État-Région. Lorsque la posture d’opposition génère un blocage, alors, c’est regrettable pour tous les Normands. »

Et de soutenir que trois grands projets normands : le Mont Saint-Michel, le ferroviaire et les énergies renouvelables pâtissent de ce manque de dialogue. Pour Laurent Beauvais, sur ce dernier point : « Il serait temps que la Région nous éclaire sur ces priorités quant à l’environnement car pour le moment ce n’est pas clair. Nous avons eu la terrible nouvelle pour Cherbourg et depuis… Rien ! » Fin juillet, la seule usine d’hydrolienne au monde qui y était implantée depuis juin a été fermée, faute de contrats rentables.

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La privatisation de la SNCF impliquera des économies drastiques

En première ligne des grands projets pour lesquels la Normandie serait délaissée par l’État : le ferroviaire. 

On a besoin que sur ce sujet la région soit soudée et travaille avec l’État. De son entrevue avec la ministre des Transports, Hervé Morin n’a souligné qu’une chose : ‘On sera tous morts avant que la LNPN n’aboutisse’

(Commentaire de Florestan: Hervé Morin a, hélas, raison)

Nicolas Mayer Rossignol sourit jaune : « Se targuer d’avoir des trains neufs, c’est bien et c’était nécessaire certes mais les infrastructures c’est bien là où cela pêche pour les Normands. Si le rail n’est pas changé, j’ai peur que jamais le Paris-Caen-Cherbourg ne puisse aller plus vite. »

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Laurent Beauvais, ex-président de région socialiste admet : « Avoir été obnubilé par la Ligne nouvelle Paris Normandie pendant mon mandat » mais reste très dubitatif quant à la privatisation annoncée : « C’est son droit bien entendu mais je crains qu’en deux ans, s’il veut trouver un partenaire privé, il va devoir faire de très importantes économies afin de présenter un projet viable. Sur la ligne Paris-Granville, on nous avait annoncé un déficit de 15 millions d’euros, sur Paris-Caen-Cherbourg : 10 millions… »

Selon l’opposition Hervé Morin n’aura pas d’autres choix que de fermer des guichets ou petites gares, ou rogner sur la sécurité dans les trains pour présenter un dossier digne de ce nom à un privé.

Des associations délaissées

Des services en moins pour les Normands… desquels selon l’opposition la Région se détache de plus en plus. Les élus régionaux ont pour la plupart des mandats dans des villes de Normandie. « On a tous en tête les forums des associations récents durant lesquels les gens nous disent ne pas comprendre pourquoi la Région ne les aide plus », témoigne Gaëlle Pioline, élue régionale dans l’Orne.

Peut-être tout simplement parce que ce n’est pas du ressort de la Région… « Certes mais pour les gens savoir de qui émane l’argent ce n’est pas le problème et la Région devrait pourvoir leur indiquer qu’ils peuvent se tourner vers le Département par exemple… » Encore faut-il « bien s’entendre avec le président de ce Département… »

Décidemment  à en croire l’opposition Hervé Morin va donc devoir se faire plus de « copains » à la récré ! 

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