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C'est à croire qu'il n'y a que quelques Normands, notamment du côté du conseil régional de ... Normandie (qui existe officiellement depuis le 1er janvier 2016) à savoir que la Normandie est RE-U-NI-FIEE !

Qu'elle est, à nouveau, unie et qu'elle dispose d'une institution régionale disposant des compétences, moyens et finances nécessaires pour assurer le développement du territoire régional normand du Couesnon à la Bresle avec, qui plus est, des outils innovants et avancés en matière de stratégie, d'attractivité et d'intelligence territoriale économique qui donnent des résultats qui font envie ailleurs et qui sont salués comme tels par quelques ministres du gouvernement à commencer par le très... Breton Le Drian ministre des affaires étrangères qui, de passage à Caen, a été plus que convaincu par l'efficacité des solutions normandes pour développer le goût des PME pour l'export (partenariat normand entre la région, la CCI internationale, Business France et la BPI).

 Mais le ministre jamais étranger aux affaires de la Bretagne semble être le seul à savoir au Gouvernement qu'il se passe enfin quelque chose en Normandie, que les Normands se "mouvent" et qu'ils ne sont plus assis le cul entre deux chaises à regarder passer les trains qui partent ou qui arrivent depuis la région parisienne ou les métropoles voisines...

 Car pendant des années, l’un des effets les plus nuisibles de la division normande entre une demi-région Haute et une demi-région Basse c'est que les Bas-Normands s'étaient médiocrement habitués à demander la permission de pouvoir poser une fesse normande sur la chaise bretonne tandis que les Haut-Normands, pas si "haut" que cela, posaient discrètement l'autre fesse normande sur une chaise francilienne déjà bien encombrée dans l'indifférence générale...

 Bref! Pour être un décideur Bas-Normand ou Haut-Normand et oser envisager l'avenir dans une posture aussi scabreuse (le cul à l'air entre deux chaises) il ne fallait avoir aucune vergogne ou alors être totalement cynique en faisant croire à tous les Bas ou Haut Normands que le pire n'était pas de se faire botter le cul par les Bretons à l'Ouest ou l'Etat central jacobino-parisien à l'Est mais de se faire bouffer par Rouen ou par Caen si, par malheur, on asseyait enfin notre paire de fesses sur une chaise normande bien à nous!

 C'est ainsi que sur les trente dernières années alors que s'affirmaient tout autour de nous de nouvelles métropolisations régionales grâce à la décentralisation des années 1980, la Normandie a été littéralement déménagée de tout ce qui pouvait être un tant soit peu stratégique au profit de Rennes ou Nantes à l'Ouest, Lille au Nord et, bien entendu, la région parisienne sous prétexte que rien d'intéressant ne pouvait se faire dans une Normandie "trop proche" de Paris et que la Normandie "divisée", incapable de s'entendre avec elle-même, était "à cheval" entre le Grand Ouest et la Région Parisienne.

 On pensait avec la réunification normande que cette triste époque de mépris général de la Normandie et de mépris des Normands pour eux-mêmes était achevée et qu'une nouvelle page de la longue histoire de la Normandie était enfin en train de s'écrire...

TROIS EXEMPLES nous démontrent, hélas, le contraire!

  1. Comme nous l'avions déjà écrit ici, le pôle caennais de recherche-développement sur les transactions électroniques sécurisées (TES) jugé trop petit par l'Etat central, a été obligé d‘accepter un mariage forcé. On vient d'apprendre que les Caennais du pôle TES se souvenant peut-être qu'ils furent "Bas-Normands"dans une demi-région programmée à être une marche d'un Grand Ouest piloté depuis Nantes ou Rennes (c'est, par exemple, la raison de la gratuité de l'A84), viennnent de décider de convoler avec le Pôle Image et Réseaux "dont le coeur bat en Bretagne et en Pays-de-Loire" nous précise la journaliste de la dernière édition de la Lettre EcoNormandie (n°1591 21/09/18). La même source précise: "en unissant leur destin, Normands et Bretons espèrent ne pas être contraints à un mariage forcé par le ministère de l'Economie qui menace de couper les vivres à ceux qui n'atteindront pas une taille critique européenne"... On ne vit que d'espoir! Et on peut d'ores et déjà écrire la suite de cette triste histoire au regard des expériences précédentes: il n'y aura qu'un seul pôle "grand Ouest" dont le siège sera à ... Rennes. On a déjà à Caen "Sciences-po Rennes antenne de Caen" sans que cela ne gêne personne. Le moment va vite venir de savoir si les Caennais ont vraiment des... tripes normandes!

  1. La recherche-développement sur l'Intelligence Artificielle est stratégique puisque la souveraineté nationale en dépend pour son futur immédiat (voir, à ce sujet, le rapport remis au président Macron par le matheux Cédric Villani). Mais on découvre, hélas, que le développement de l'Intelligence Artificielle est incompatible avec le développement de l'Intelligence territoriale normande: le Gouvernement a, en effet, lancé un appel à manifestation d'intérêt (nom de code 3IA) pour créer quatre ou cinq "instituts interdisciplinaires" pour développer l'intelligence artificielle sur l'ensemble du territoire national. La date butoir pour répondre est fixée au 28 septembre prochain. Sauf qu'on apprend avec effarement qu'aucun laboratoire normand (le GREYC caennais et le LITIS rouennais) n'a osé candidater. Pourquoi? Parce que Caen et Rouen sont trop proches de... Rocquencourt célèbre dans le Monde entier pour son triangle autoroutier toujours congestionné mais qui abrite surtout le redoutable Institut National de la Recherche sur l'Intelligence Artificielle (INRIA) qui, déjà, traite de cette très importante affaire avec Rennes, Lille ou Saclay, des gens sérieux qui n'ont rien de commun avec ces ... ploucs de Normands! Là encore, voilà le passif de la division normande à l'oeuvre: le manque d'ambition, le fait de ne pas oser en attendant un lot de consolation de l'Etat central paternaliste, comme par exemple, le financement d'une chaire d'excellence consacrée à l'IA (source: Lettre Eco Normandie n°1591)

  1. Le Premier ministre Edouard Philippe, ex-Havrais sinon ex-Normand, nous préparerait sur la base du rapport de son délégué interministériel de la Saône-et-Loire, la fusion des ports de la vallée de la Seine en aval de Paris: on attend une annonce lors de la prochaine réunion du CIMER à l'occasion des prochaines Assises de la Mer au Havre en novembre prochain. Nous ne reviendrons pas ici en détail sur le sujet puisque nous en parlons très largement et très régulièrement sur l'Etoile de Normandie. Mais là encore, la question essentielle de savoir s'il faut cesser de... décapiter la Normandie au profit de la région parisienne va se poser. Edouard Philippe osera-t-il trancher en faveur de la ville dont il fut le maire? Il semble qu'Hervé Morin a décidé d'en faire une affaire politique majeure car il y a là un vrai enjeu pour l'avenir même de la Normandie et sa pertinence géo-politique entre Paris et la Mer mais aussi vis-à-vis des métropolisations voisines.

La Normandie est de retour et veut démontrer sa pertinence pour l'avenir. Il est normal qu'à Paris, à Rennes, Nantes ou Lille on n'en soit pas convaincu après tant d'années de déclin normand dans un trou normand écartelé entre deux chaises voisines. Il est donc essentiel que les Normands se mobilisent avec la plus grande énergie pour qu'ils s'occupent enfin de leurs affaires par eux-mêmes car plus personne ne le fera à leur place à commencer par cet Etat central paternaliste qui a si longtemps infantilisé les acteurs et décideurs Normands tout en ne se privant pas de les humilier ou de les mépriser: cela continue encore aujourd'hui mais il y a deux nouveautés qui, espérons-le, devraient changer la donne: la Normandie réunifiée retrouve sa fierté, d'une part, et l'Etat central n'a plus les moyens d'honorer ses promesses d'autre part.

La voie est donc libre "pour ne plus désirer ce que le tyran désire pour nous" (La Boétie)