Depuis sa réunification institutionnelle, tous les observateurs et acteurs régionaux constatent un réveil normand notamment économique. Il est vrai que le nouveau conseil régional de Normandie sous la mandature actuelle d'Hervé Morin déploie une grande activité pour augmenter et dynamiser ce réveil économique régional qui commence à attirer une attention positive sur la Normandie au niveau national: cela faisait longtemps que cela n'était pas arrivé au point que l'on voit des comportements normands qu'on n'avait jamais vu lorsque la Normandie était coupée en deux comme, par exemple, ces jeunes entrepreneurs et porteurs de projets d'origine normande qui, après avoir fait études et carrière à Paris, reviennent en Normandie.

Tout cela est très positif mais cela ne concerne qu'une minorité active et agissante des quelques 3,5 millions de Normands. Car, pour le reste, si l'on devait évoquer tout le reste, donc le principal de la population normande, on est en droit de formuler quelques inquiétudes sinon quelques urgences au sujet de défauts structurels dans le profil socio-économique de la population active normande disponible, voire dans le dynamisme même de la démographie normande, région où l'on fait, désormais, moins de bébés qu'auparavant, qui fait encore fuir ses jeunes les plus ambitieux et les plus talentueux et qui, enfin, accueille de plus en plus des retraités fuyant l'inconfort de la région parisienne.

Bref! les grands indicateurs sociaux et démographiques de la population normande ne sont pas bons et il est à craindre que l'actuel dynamisme économique normand retrouvé ne s'épuise contre le plafond de verre du manque de qualification par exemple lorsque surviendra les premiers effets de la révolution numérique à venir...

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Lisieux était classée en 2014 comme la petite ville (20000 habitants) la plus pauvre de France...

https://www.journaldunet.com/economie/magazine/1064662-les-villes-les-plus-pauvres-de-france/1064693-lisieux


 

 1) Le manque de dynamisme de la démographie normande se confirme. Bonne analyse proposée par Stéphane Siret à lire sur le site de Paris-Normandie:

https://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/pourquoi-la-normandie-perd-elle-des-habitants-NC13770094

Pourquoi la Normandie perd-elle des habitants ?

Mauvaise nouvelle, la Normandie perd des habitants, selon les derniers chiffres de l’Insee, même s’il existe des disparités d’un département à l’autre. Mais pour quelles raisons la région, qui, pourtant, ne ménage pas ses efforts pour être attractive, se retrouve-t-elle dans cette étrange situation ?

En dépit des efforts pour renforcer son attractivité, pourquoi la Normandie perd-elle des habitants ? Dans sa dernière livraison, l’Insee a fait les comptes : au 1er janvier dernier, avec 3 342 467 habitants, la région a perdu 155 habitants en douze mois. Pourtant, même si la croissance du nombre d’habitants avait ralenti depuis le début de cette décennie, la courbe de la population était en constante progression depuis le début des années quatre-vingt-dix.

Clignotants au rouge

Certes, 155 habitants en moins à l’échelle d’une région de plus de trois millions d’habitants représentent une part infinitésimale (0,0046 %), mais ce coup de frein pourrait bien être sérieux et durable. Car il repose sur deux socles : le solde migratoire et le solde naturel. Dans un cas comme dans l’autre, et c’est une première, les clignotants sont au rouge, le solde naturel ne permettant plus de compenser le déficit migratoire.

D’un côté, le solde migratoire enregistre un déficit récurrent et stable (-1 496 personnes au cours de 2017) ; le nombre de départs de la région est supérieur aux arrivées. De l’autre, le solde naturel - autrement dit la différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès - a été divisé par deux en une année, passant de +2 670 en 2016 à +1 342 en 2017. Conjuguées, les deux données aboutissent à une perte d’habitants à l’échelle de la Normandie.

Mais dans le détail, tous les départements ne sont pas logés à la même enseigne. Sur douze mois, l’Eure est la championne ! Sa population s’est accrue de 0,5 % sur douze mois, atteignant, au 1er janvier 2018, 610 152 habitants. Autre progression, celle de la population du Calvados (+0,2 %), à 695 818 habitants. « Si la croissance de l’Eure provient d’excédents naturel et migratoire élevés, seul le solde migratoire contribue à la croissance du Calvados, qui est confronté à un léger déficit naturel », souligne l’Insee.

À l’opposé de ces deux départements en hausse, l’Orne cumule un déficit naturel et un déficit migratoire. Résultat : le plus petit des cinq départements normands perd 0,5 % de sa population sur 2017, à 282 516 habitants. La Seine-Maritime et la Manche perdent aussi des habitants, respectivement 0,1 % et 0,2 %. Au 1er janvier dernier, on comptait ainsi 1 257 009 habitants en Seine-Maritime - de loin le plus peuplé des départements normands - et 496 972 dans la Manche. Selon les statisticiens de l’Insee, la baisse de la population en Seine-Maritime est principalement due « au fait de son important déficit migratoire ». Il n’est pas compensé par le solde naturel positif. Quant à la Manche, si elle enregistre un excédent migratoire, il s’avère insuffisant pour compenser le solde naturel, « le plus bas des départements normands ».

Pas assez de bébés

C’est la baisse du nombre de naissances qui explique le recul du solde naturel. L’an dernier, 34 500 bébés ont vu le jour en Normandie, soit une diminution de 3,4 % par rapport à 2016. En France, le recul est moins important : -2,1 %. Constante depuis 2010 dans les cinq départements, cette baisse des naissances s’explique, selon l’Insee, par un double phénomène : un effet taux de fécondité (le nombre moyen d’enfants des femmes en âge de procréer diminue) et un effet démographique (les femmes en âge de procréer sont moins nombreuses). Ainsi le nombre de femmes en âge de procréer est en baisse constante depuis vingt ans. Entre 1998 et 2018, leur nombre a reculé quatre fois plus vite en Normandie qu’au plan national, soit -12,8 % en Normandie contre -3,3 % en France. S’ajoute à cela un taux de fécondité en berne, puisque l’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) est de 1,85 enfant par femme en Normandie (1,88 en France), très inférieur au seuil de renouvellement des générations (2,1). C’est dans l’Eure et dans l’Orne que l’on fait, proportionnellement, le plus de bébés avec des indices respectifs de 1,85 et 1,83. La Seine-Maritime et la Manche ont des indices similaires à celui de la région (1,88). En revanche, il est plus faible dans le Calvados (1,69).

Moins de naissances, un nombre de décès plutôt stable, l’arrivée de retraités qui choisissent la région pour couler une retraite paisible, la Normandie voit sa population vieillir. A ce jour, 21 % des Normands ont plus de soixante-cinq ans (25,6 % dans l’Orne et 21,3 % dans la Manche), ce qui place la région 1,2 point au-dessus la moyenne nationale. En moins de dix ans, la proportion de personnes de plus de soixante-cinq ans a progressé de 5,1 % en Normandie (3,8 % en France). À l’inverse, la part des moins de vingt ans est de 24,2 % en Normandie et tend à se réduire. Deux départements, toutefois, sont plus jeunes que les autres : l’Eure (25,9 %) et la Seine-Maritime (24,7 %).

Pour voir la courbe de la population normande se redresser, les Normands n’ont que deux solutions : faire des bébés et savoir attirer de nouveaux habitants.

Par département

Seine-Maritime : 1257009
Calvados : 695818
Eure : 610152
Manche : 496982
Orne : 282516
Commentaire de Florestan:
Améliorer l'attractivité de la Normandie ainsi que son image, développer aussi la fierté régionale des habitants, donner l'envie de croire en l'avenir en Normandie sont des facteurs positifs pour relancer la démographie régionale

 

2) La population active normande est menacée par la robotisation et la numérisation, d'après un rapport de l'OCDE (Création d'emplois et développement local 2018: préparer l'avenir du travail)

En effet, le profil à la fois rural et industriel de la population active normande notamment dans la partie occidentale de la région, profil couplé avec une faible qualification font que la région est très mal préparée au choc "schumpetérien" qui se prépare avec la révolution numérique en cours qui va détruire des emplois industriels ou de services de qualification inférieure ou intermédiaire mais qui va créer des emplois à haute qualification dans la conception avec un profil urbain et plus favorisé au niveau socio-scolaire.

Le rapport signale aussi que l'ex Haute-Normandie a réduit le poids des emplois industriels à risque depuis la crise de 2008 au profit d'emplois de services plus qualifiés grâce à l'importance du bassin d'emploi métropolitain rouennais. Dans l'ex Basse-Normandie, l'emploi reste marqué par un profil plus rural et plus industriel donc plus exposé à la révolution numérique.

L'OCDE a identifié les secteurs professionnels les plus menacés par la révolution numérique:

le nettoyage; l'assistance et la conduite des marchandises; la vente de détail; le secrétariat...

Pour faire simple: avec la révolution numérique en cours et son impact sur le marché du travail, les ploucs normands sans diplômes ou peu qualifiés auront plus de difficultés pour trouver un travail. D'où l'importance de la formation professionnelle pour augmenter la qualification de la population active normande.

http://www.oecd.org/fr/presse/les-risques-d-automatisation-des-emplois-varient-considerablement-suivant-les-regions-a-l-interieur-des-pays.htm

Si vous voulez lire le rapport intégral (en anglais...):

https://read.oecd-ilibrary.org/employment/job-creation-and-local-economic-development-2018_9789264305342-en#page5

Faible niveau de diplômes de la population active normande, relire ci-après le billet que nous avions déjà publié ici-même:

http://normandie.canalblog.com/archives/2018/09/07/36686818.html#comments


 

3) Des "poches" de pauvreté (difficultés socio-scolaires, chômage, niveau des revenus) souvent présentes dans les petites villes normandes, dans la ruralité mais aussi dans les "quartiers populaires" des grandes villes font que la Normandie n'a pas de bons résultats si l'on compare avec la moyenne nationale:

LEN n°1590 Statistiques sociales Normandie

(source: Lettre Eco Normandie n°1590 14 septembre 2018)

La pauvreté, une réalité normande:

indicateurs sociaux chronique de ndie

(source: Chronique de Normandie, n°551 24 septembre 2018)

Commentaire de Florestan:

Même invisible, la pauvreté reste une réalité "prégnante" en Normandie


 

4) En conséquence, la CGT Normandie s'inquiète de ces fragilités structurelles normandes. Lire ci-après l'analyse de Lionel Lerogeron, secrétaire régional de la CGT Normandie, la seule centrale syndicale normande qui réfléchit sérieusement à la question régionale dans le domaine économique et social

(source: Chronique de Normandie, n°551 septembre 2018)

L'inquiétude de la CGT Normandie:

Alarme de la CGT chronique Ndie