Le très british Boris Johnson à Londres, d'une part, et le Savoyard Michel Barnier à Bruxelles, d'autre part, jettent tous deux à leur manière de l'huile sur le feu du Brexit au moment ou la Première Ministre Theresa May proposait au dernier sommet européen en Autriche un compromis qui aurait pu être acceptable. En l'absence d'un "deal" nous allons donc tout droit vers un "hard Brexit" avec une "dead line" fixée en mars 2019.

Il nous faut donc rappeler une évidence sinon une vieille loi géopolitique qui a plusieurs siècles d'existence:

TOUT CE QUI PEUT SEPARER L'ANGLETERRE DU CONTINENT EUROPEEN EST MAUVAIS POUR LA NORMANDIE.

On pourrait remonter à... 1066!

Pour être plus précis: quand la Manche devient une frontière, voire une frontière militaire (comme elle le fut durablement de Louis XIV à Napoléon 1er et encore, à nouveau, entre 1940 et 1944 avec les conséquences tragiques que l'on sait pour notre région) la Normandie trinque! Son économie maritime en prend un coup et sa mise en coupe réglée par la région parisienne s'en trouve renforcée...

Voilà pour ces considérations de long terme.

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Du haut de sa colonne, perchée sur la falaise de Boulogne, Bonaparte, petit migrant Corse, rêve d'Angleterre. En vain!

 

Concrètement, un Brexit "dur" serait une bien mauvaise nouvelle pour la Normandie: une source de complication de tous les sujets nombreux que nous avons en commun avec nos voisins et cousins d'Angleterre, cette "colonie normande qui a mal tournée"!

Ports transmanche; zones de pêche; sécurité maritime; gestion des flux migratoires; contrôles douaniers sur les marchandises; retrait financier de l'Union européenne des projets portés par les régions de l'Arc Manche; coopérations financières; énergétiques; coopérations culturelles; échanges scolaires et universitaires; avenir des nombreux résidents britanniques qui vivent en Normandie; avenir des îles anglo-normandes... Tout va se compliquer si l'on va vers un Brexit "dur".

Le préfet de la région des Hauts-de-France tire, d'ailleurs, la sonnette d'alarme notamment sur le point très sensible de la gestion humanitaire plutôt calamiteuse qui résulte de l'application du honteux traité du Touquet de 2003: dans le cadre d'un Brexit dit "dur", cet accord qui oblige les forces de l'ordre françaises à faire le sale boulot de tri de la misère humaine que ne veulent pas faire les autorités britanniques sur le sol de leur île, pourrait être sensiblement renégocié dans un sens plus favorable ou être supprimé: ce serait, d'ailleurs, le seul point positif d'un Brexit "dur"!

Il faut donc, de toute urgence, renforcer la délégation permanente de la Normandie à Bruxelles (c'est en cours...) mais aussi relancer sérieusement le lobby des régions françaises de l'Arc Manche pour éviter le désengagement financier de l'Union européenne des rives de la Manche...


 

https://www.20minutes.fr/lille/2345691-20180930-hauts-france-prefet-region-inquiete-consequences-brexit-dur

Hauts-de-France: Le préfet de région s'inquiète des conséquences d'un brexit dur

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EUROPE Le représentant de l’Etat dans le Nord-Pas-de-Calais a interpellé le ministre de l’Intérieur sur la question de la sécurité aux frontières avec la Grande Bretagne…

  • Le préfet du Nord alerte sur les conséquences d’un « hard brexit ».
  • La réapparition des visas poserait la question de la fluidité aux frontières.
  • Le représentant de l’Etat prévient aussi sur les formalités imposées aux entreprises.

Deux ans après que les Britanniques se sont prononcés pour une sortie de l’Union européenne (brexit), les négociations entre Bruxelles et Londres sont au point mort. Si les pourparlers n’aboutissaient pas avant l’échéance de mars 2019, les deux parties pourraient se séparer sans accord. Une éventualité qui poserait, notamment, la question des modalités de transit des personnes et des marchandises au travers des frontières. Un point qui inquiète Michel Lalande, le préfet des Hauts-de-France, lequel s’en est expliqué auprès de Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, dans une note révélée par Le Monde.

Le retour des visas

Même si l’on n’en est pas là, un « hard brexit », impliquerait de revoir les règles qui régissent à l’heure actuelle la circulation des biens et des personnes entre la Grande Bretagne et l’Europe. Là où une simple carte d’identité suffisait pour les ressortissants de l’UE, il faudrait le cas échéant ajouter un visa et, par conséquent, des contrôles plus longs aux postes de douane. Ainsi, le préfet met en avant son souci de garantir l’ordre public, notamment dans les villes portuaires du Nord et du Pas-de-Calais.

Selon le représentant de l’Etat, le retour des visas serait davantage problématique pour les voyageurs empruntant le tunnel sous la Manche car il faudrait « sortir des véhicules, contribuant à congestionner fortement les capacités d’accueil, déjà très limitées, sur chaque site ».

Des centaines de recrutements nécessaires

Pour ne pas se retrouver à attendre des heures pour traverser la frontière, il faudrait donc augmenter de façon significative les effectifs de policiers et de douaniers. La note estime à 250 le nombre d’agents de la police aux frontières (PAF) qu’il faudrait recruter. Pour la Douane, le chiffre donné est de 195 fonctionnaires supplémentaires.

Michel Lalande alerte, par ailleurs, sur les conséquences pour le monde économique. Les entreprises françaises qui travaillent avec le Royaume Uni devront, toujours en cas de « hard brexit », se plier à la tâche fastidieuse des formalités douanières. De la paperasserie qui concerne tout de même 32 millions de personnes et plus de quatre millions de camions par an pour les deux ports régionaux et le Tunnel selon nos confrères.