Sur l'Etoile de Normandie nous n'avons jamais cessé de le dire sinon de le dénoncer en faisant le constat que fit un jour à Rouen dans une conférence le géographe Roger Brunet, il y a 25 ans: "La Normandie est première pour le nombre d'ouvriers et dernière pour le nombre de bacheliers: ça définit un profil!"

La Normandie qui fut un pays de Cocagne industriel et agricole après la Reconstruction de l'Après-guerre fut aussi une région de l'emploi facile jusqu'à l'orée des années 1990: pas besoin de faire de longues et difficiles études pour trouver du boulot à la ferme ou à l'usine ou Papa ou Maman travaillaient déjà...

Après plus de 30 années de crise de désindustrialisation liée à l'ouverture des marchés à la Mondialisation, c'est terminé! Depuis la remarque du géographe à Rouen, les choses ont évolué positivement puisqu'on est passé d'une moyenne de 40% de non-diplômés dans la population active normande il y a 25 ans à, environ, 20% aujourd'hui mais avec de fortes disparités entre les cinq départements normands: nous avons récemment ici publié des statistiques désolantes montrant que 34% de la population active de l'Orne n'avait toujours aucun diplôme!

L'accès à l'enseignement supérieur s'est donc amélioré en Normandie notamment dans le bassin caennais dominé par son université et bien encadré par un solide réseau d'IUT déployé dans les villes moyennes. En revanche, du retard a été pris notamment dans l'Orne et l'Eure. D'une manière générale, la division normande avec l'absence de vision globale à l'échelle normande pertinente combiné avec un manque d'ambition et un manque de rayonnement des principales villes normandes pour fixer ici la jeunesse la plus dynamique, la plus talentueuse, a été un vrai boulet qui n'a pas permis le décollage d'une métropolisation normande suffisante qui aurait permis, à l'instar de ce qui s'est produit en Bretagne ou dans le reste de l'Ouest français, une véritable démocratisation de l'accès aux diplômes...

Ce retard normand dans le niveau des diplômes et de la formation de la jeunesse régional est inquiétant car il pourrait peser sur le réveil normand actuellement en cours: un "plafond de verre" de la formation qui pourrait handicaper sérieusement les entreprises normandes qui commencent à s'inquiéter de ne pas trouver les jeunes formés aux métiers qu'elles proposent. A l'instar des champs de mines qui continuent de tuer la guerre officiellement terminée ou des bombes anglaises ou américaines du Débarquement de 1944 qu'on retrouve encore dans le sol plus de 70 ans après, le problème structurel d'une jeunesse normande sous diplômée et sous qualifiée est la plus dangereuse des bombes à retardement que nous a laissée la division normande.

Un des plus grands objectifs, sinon le plus grand, du retour à une seule académie normande sera de conduire le rattrapage du niveau scolaire, de diplôme et de formation de la jeunesse normande. La première étape étant de cesser de mettre la tête dans le sable pour regarder la réalité en face. C'est ce que vient de faire l'actuel recteur de Caen Denis Rolland, en charge de la préfiguration de la future académie de Normandie qui a eu le courage de publier sur le site du Rectorat de Caen un lucide et sévère état des lieux de l'Ecole en Normandie dont on pourra consulter intégralement les 87 pages sous le lien suivant...


 Un diagnostic précis et partagé des forces et axes de progrès (sic!) du système éducatif normand permet à l’ensemble des acteurs et partenaires de l’école, à commencer par les familles, de se mobiliser efficacement avec un objectif principal : améliorer la réussite des élèves normands.

Pour la première fois, les indicateurs présentés ici montrent clairement les caractéristiques de l’école en Normandie, ses atouts mais également les progrès nécessaires.

https://www.ac-caen.fr/mediatheque/communication/actualites/2018/10/Etat_Ecole_Normandie_2018.pdf?1539700123

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Lire aussi la chronique de Normandie éditée par Bertrand Tierce (n° 554, 15/101/18):

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