Dans un récent vote en ligne organisé sur le site de Tendance Ouest (le 18/10/18) on constatait qu'à la question posée "attendez-vous quelque chose du nouveau gouvernement?" 89% des internautes normands avaient répondu par la négative...

"Tout ça pour ça !" s'est-on exclamé dans la grande presse nationale et on a objectivement raison... A un détail près, semble-t-il, sur le sujet qui nous intéresse ici au plus haut point à défaut d'intéresser sérieusement les éditorialistes de la place de Paris: la question territoriale semble enfin prise au sérieux dans l'organigramme du nouveau gouvernement avec un grand ministère placé sous l'autorité de Jacqueline GOURAULT.

C'est en soi une bonne nouvelle mais il ne sert à rien de changer la taille ou la forme du contenant si l'on doit ingurgiter toujours la même bibine infâme du jacobinisme comptable et la recentralisation rampante qui l'accompagne au risque de remettre en cause l'acquis et l'expérience de plus de quarante années de décentralisation.

jacobinisme

https://blogs.mediapart.fr/liliane-vittori/blog/021017/dotations-de-letat-tout-pour-paris-rien-pour-les-regions

Il ne faudrait pas que le rabibochage souhaité par Jupiter avec les élus locaux ne soit qu'un ravalement de façade pour poursuivre autrement les mêmes politiques et les mêmes arbitrages: on s'est déjà payé de mots pendant la campagne présidentielle (précision: ce n'est pas Hervé Morin qui le premier a évoqué l'idée d'un " pacte girondin "mais le candidat Macron) et la confiance entre l'Etat central et les collectivités territoriales est, de toute façon, rompue. Cela n'empêche pas qu'il faille, néanmoins, s'entendre et s'accorder car la France n'a pas les moyens de s'offrir le luxe d'une guerre institutionnelle et politique des territoires: Macron, qui est l'un des leurs, doit fermement rappeler à la haute-fonction publique centrale jacobino-parisienne qu'elle ne gagnera rien à l'arrogance puisque les relais de l'Etat "en régions" n'ont plus vraiment les moyens techniques et financiers de cette arrogance.

Comme on dit dans le management des entreprises, l'Etat central doit se concentrer sur "son coeur de métier" à savoir, celui de garantir la stabilité juridique et sécuritaire du cadre où les acteurs et décideurs locaux peuvent développer leurs projets. C'est un Etat protecteur, régulateur donc régalien qu'il nous faut et non pas un Etat qui, sous prétexte d'avoir désormais la main sur le principal des finances locales, se mêle de tout et de rien en organisant le doublon systématique sans en avoir réellement les moyens des initiatives des collectivités territoriales au risque de compliquer inutilement le fameux "mille-feuilles" administratif avec d'inutiles "parcours santé" qui découragent les porteurs de projet.

Concrètement, sur deux sujets urgents:

1) L'Etat central doit renoncer à l'idée aussi inutile qu'inefficace de recentraliser la gestion des fonds européens FEADER de la politique agricole commune actuellement gérés par les conseils régionaux au plus près des besoins des terroirs: cette recentralisation détruirait toute action régionale en matière d'agriculture.

2) L'Etat central doit remettre les conseils régionaux dans le circuit financier et institutionnel de l'apprentissage pour éviter la fermeture imminente pour le printemps 2019 de la plupart des CFA.


 A lire sur le site de l'association des Régions de France:

http://regions-france.org/actualites/actualites-nationales/herve-morin-president-veut-changer-de-logiciel-relation-collectivites/

Hervé Morin: “le Président veut changer de logiciel dans sa relation avec les collectivités”

Dans un entretien publié le 16 octobre 2018 par “Acteurs publics”, le président de Régions de France salue la promotion de Jacqueline Gourault à la tête d’un ministère des Territoires aux contours élargis. Et espère que le “changement de logiciel” à l’endroit des collectivités promis par le Président de la République sera bien mis en œuvre par le gouvernement.

La nomination de Jacqueline Gourault à la tête d’un grand ministère de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales vous satisfait-elle ?
Nous demandions un interlocuteur au sein de l’exécutif alors que n’en avions pas dans les précédents gouvernements. Nous l’avons enfin : c’est une une avancée satisfaisante. Jacqueline Gourault est par ailleurs une femme qui a de l’expérience : elle est une ancienne élue et connaît très bien le fonctionnement des collectivités territoriales. Elle a du caractère, elle est directe et correcte, ce n’est pas quelqu’un de “tordu”. Donc il n’y a pas de raison que cela se passe mal. Mais tout dépendra de l’orientation que décidera le président de la République. C’est de l’Élysée que se jouera véritablement l’avenir des relations entre l’État et les territoires.

Ses attributions sont élargies, avec notamment une tutelle de son ministère sur la très stratégique direction générale des collectivités locales (DGCL). Est-ce un bon message adressé aux collectivités ?
Il est évident que le transfert de la direction générale des collectivités locales est un signe qui sera apprécié. Ce n’est pas anecdotique. Mais je le répète : il faut d’abord et avant un tout une volonté de l’exécutif de changer la nature de nos relations. Mes conversations récentes avec Jacqueline Gourault et avec le chef de l’État, que j’ai rencontré aujourd’hui (mardi 16 octobre) me donnent le sentiment que cette volonté est là. Acceptons-en l’augure.

Que vous a dit Emmanuel Macron, que vous avez rencontré à l’Élysée ce mardi 16 octobre ?
J’ai largement évoqué avec lui ce que j’avais déjà formulé devant le Premier ministre à l’occasion de notre appel de Marseille [le 27 septembre, lors du congrès de Régions de France, ndlr] : il faut amorcer une nouvelle étape de la décentralisation et non pas une recentralisation, comme nous le constations depuis plusieurs mois. Le président de la République est allé dans ce sens : il m’a indiqué vouloir changer de logiciel dans sa relation avec les territoires. Nous avons évoqué de nombreux sujets et des solutions nouvelles et partagées pour les aborder. Nous verrons maintenant la mise en œuvre.

Quelles sont ces solutions nouvelles ?
Nous devons être pleinement associés à la construction des politiques publiques pour lesquelles nous sommes les principaux opérateurs. Nous devons instaurer de vrais moments de dialogue et non des procédures aussi formelles que la Conférence nationale des territoires. Il faut aller vers l’expérimentation sur les enjeux pour lesquels la gouvernance publique doit être améliorée. Je pense par exemple à la problématique de la formation et de l’emploi, à la gestion des crédits européens, au deuxième pilier de la politique agricole commune… L’ancien ministre de l’Agriculture voulait, en la matière, une recentralisation, ce qui serait une erreur grave.

Lors de la passation de pouvoirs avec Jacques Mézard, Jacqueline Gourault a évoqué “un travail de couture”, pour lequel chaque partie, le gouvernement comme les collectivités, doit œuvrer à un rapprochement. Y êtes-vous prêts ?
Naturellement ! Nous avons toujours expliqué que nous n’étions pas dans une posture politicienne. Cela n’a pas changé ! Les Régions ont rendez-vous le 19 octobre pour un déjeuner de travail avec le Premier ministre. Nous verrons alors si ce que nous disent aujourd’hui le président de la République et le gouvernement correspond à la réalité.


 

A l'agenda:

Rencontre des présidents de région avec Edouard Philippe Premier ministre ci-devant député-maire du Havre ce 19 octobre 2018