Tout éloignement de l'Angleterre du continent, toute fâcherie sinon davantage entre le Royaume-Uni et le reste de l'Europe est une mauvaise nouvelle pour la Normandie... La dernière fois ce fut entre 1940 et 1944 et la Normandie a failli ne jamais s'en remettre!

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Le Brexit constitue donc une nouvelle épreuve a fortiori si la sortie définitive de l'Angleterre de l'Union européenne n'est assortie d'aucun accord pouvant en atténuer les effets négatifs. Effets négatifs que les Normands seraient parmi les tous premiers à subir de ce côté-ci de la Manche:

1) rétablissement de lourdes formalités douanières dans nos ports

2) retour aux complications administratives pour tout projet de coopération entre les deux rives de la Manche

3) retrait des subventions européennes des budgets de fonctionnement ou d'investissement des ports français de la Manche à l'ouest de Calais

4) tracasseries diverses et variées pour les nombreux résidents britanniques qui habitent en Normandie

5) aggravation des tensions et des rivalités entre pêcheurs Britanniques et pêcheurs Normands

Mais, les Normands qui habitent la région "between" entre la France et l'Angleterre auraient tort d'oublier ce que disait Winston Churchill à propos de définir l'optimisme ou le pessimisme: "le pessimiste fait de toute opportunité une difficulté. L'optimiste fait de toute difficulté une opportunité."

Considérons, en effet, la seconde partie de la pensée churchillienne: le Brexit est une épreuve pour nous assurément. Mais il l'est plus encore pour nos voisins Anglais et plus encore pour nos cousins des îles anglo-normandes qui risquent de perdre beaucoup dans cette aventure et notamment sur deux grands sujets stratégiques pour l'avenir à Jersey, Guernesey, Sercq et Aurigny:

1) Ne plus avoir accès aux eaux marines du littoral français d'en face, donc normand.

2) Subir une drastique réduction des activités financières du paradis fiscal dans le cas où les entreprises de la City de Londres perdraient le passeport européen commercial.

Pour anticiper ces grandes difficultés, baillis, ministres et députés des îles ont décidé de se tourner vers la Normandie continentale française pour organiser une défense aussi inédite et collective des intérêts de la Grande Normandie aussi bien à Paris qu'à Bruxelles. Lors d'un récent sommet avec les îles organisé à Saint-Pierre-Port, Hervé Morin, le président de la Normandie a confirmé sa volonté d'agir en ce sens.

D'une manière générale, il semble probable sinon certain qu'il va falloir négocier directement des accords, des arrangements et des coopérations entre la Normandie et les régions du littoral anglais ou des acteurs et décideurs de l'économie britannique pour atténuer les effets du Brexit: la relance du programme hydrolien à Cherbourg avec le concours des Britanniques et des Canadiens démontre qu'il ne sert à rien de perdre son temps dans un cabinet ministériel parisien...

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Lire ci-après, le dernier communiqué disponible du Cercle Normand de l'Opinion (20 octobre 2018):

Les Îles normandes de la Manche (bailliages de Jersey et Guernesey) n’ont jamais voulu faire partie de l’Union Européenne, jouissant ainsi d’un statut particulier – un pied dehors, un pied dedans , dont elles tirent avantage… La proximité de la Normandie continentale les a poussées à conclure, il y a 23 ans, un accord de coopération, avec le département de la Manche d’abord, l’ex – Région de basse-Normandie ensuite (accord qui s’est renforcé avec l’actuel exécutif de la Normandie réunifiée depuis), qui est profitable aux deux parties.

Cela n’a pas exclu des bisbilles entre pêcheurs normands et pêcheurs guernesiais et jerriais à propos des droits de pêche aux Minquiers et aux Ecrehous, mais cela n’a pas empêché non plus de fructueux échanges réciproques (les Îles reçoivent de l’électricité du continent, les pêcheurs des Îles débarquent 80 % de leurs prises à Cherbourg, Granville, Port-en-Bessin), sans compter le tourisme… Bref, des relations de bon voisinage – on ne s’enguirlande bien qu’entre voisins… ou cousins , transcendées depuis 2016 par la résurrection de la Normandie. On ne souligne pas assez la portée symbolique des invitations faites auprès des autorités des Îles d’assister en tant qu’invitées d’honneur à des sessions du Conseil régional de Normandie.

Or, en ces temps de Brexit, que l’on appréhende dur, voire rigide, Jerriais et Guernesiais craignent – surtout les pêcheurs – de ne plus pouvoir accéder facilement aux ports normands et d’être l’objet de tracasseries douanières. Aussi les autorités des bailliages de Jersey et de Guernesey viennent-elles de demander à Hervé Morin, Président de la Normandie, d’être leur interprète auprès du Gouvernement français pour que celui-ci plaide leur cause auprès de la Commission européenne. Morin est intervenu auprès de Jean-Yves Le Drian, Ministre des Affaires étrangères, qui n’a pas voulu donner suite…

Il est probable qu’Hervé Morin va intervenir directement à Bruxelles… et, de toute manière, tout sera fait dans les ports normands pour assouplir les conséquences du Brexit. Évidemment, tout cela dépasse le cas des Îles de la Manche (Hervé Morin a interpellé le Gouvernement pour que l’engorgement des camions dans nos ports, en provenance ou à destination du Royaume-Uni, soit préalablement aménagé. Cela suppose des investissements en installations dédiées et un personnel douanier supplémentaire).

Cette affaire – qui paraîtra secondaire auprès de l’opinion française, mais essentielle et, presque, sentimentale aux yeux des Normands – montre à la fois le pragmatisme des Normands et l’importance des liens qui unissent la Normandie continentale et la Normandie insulaire.
 

 Barneville-Carteret, 20 octobre 2018

C.N.O.