Billet de Florestan

Emmanuel MACRON semble avoir senti le vent du boulet passer derrière les oreilles: Jupiter ne saurait gouverner seul ou dumoins il est urgent de moins le montrer, question de corriger de toute urgence une image devenue désastreuse car en sous-mains la haute fonction publique d'Etat veut poursuivre une recentralisation conforme à sa nature... Depuis la veille, notre Sire promène sa triste figure dans les territoires des Marches de l'Est du pays: c'est la raison pour laquelle la météo s'est mise brutalement à l'hiver alors que le chef de l'Etat, qui avait osé parler en juin  2017 de "nouveau pacte girondin" ou de "droit à la différenciation" (l'hirondelle Macron n'a pas fait le printemps) s'essaye à faire "risette" auprès des élus locaux, notamment ceux des départements dont l'association nationale tiendra prochainement congrès le 7 novembre 2018 à Rennes.

un_travail_pour_madame_risette

 

Nous disons "risette" car c'est ainsi qu'un certain Sébastien Lecornu, à nouveau sous-ministre du Gouvernement rattaché  non plus à l'Environnement mais à la Cohésion des territoires (sic!) a nommé dans la matinale de France INTER de ce 30 octobre 2018, l'opération très "frangliche" de "reset" voulue par les crânes d'oeufs "disruptifs" du nouveau monde macronien:

https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-30-octobre-2018

Les sondages comme la terre ne mentent pas. Et la terre et les sondages sont en... bas! La grogne qu'ils jugeront "populiste" ou "poujadiste" dans les hautes sphères parisiennes est générale sur le plancher des vaches que cela soit à la pompe de la station service ou dans les salles de conseil municipal des petites mairies rurales qui n'auront probablement plus de maires après 2020 puisque de nombreux maires démissionnent ou ont fait savoir qu'ils ne souhaiteraient pas se représenter après les prochaines élections municipales.

Toujours sur France Inter, ce matin du 30 octobre 2018, réécouter l'éditorial de Thomas Legrand qui a "irrité" Monsieur Lecornu:

https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-politique/l-edito-politique-30-octobre-2018

Citation:

" Revenons au courage politique… l’opinion juge sévèrement ces hausses de carburant.

Oui, surtout en milieu rural, là où la population n’a pas de transport alternatif.  Pour une fois, l’effort demandé n’a pas simplement pour but de remplir des caisses de l’Etat. Pour une fois, l’objectif n’est pas que bassement budgétaire, il y a un but plus noble. Mais la noblesse du but ne peut pas être admise si l’on a le sentiment que les efforts pèsent surtout sur les plus faibles et les plus isolés. La perte de pouvoir d’achat qu’engendrent les évolutions du prix des carburants montre à quel point nous sommes dépendants –surtout les zones rurales- du pétrole et prouve, s’il en était besoin, que le ‘décarbonement’ de nos vies est aussi un impératif social. Le pétrole (taxe ou pas) ne pourra, à terme, qu’augmenter. Beaucoup de Français doutent toujours de la sincérité de l’ambition écologiste du président et ont le sentiment que l’automobiliste reste, selon l’expression consacrée,une vache à lait pour l’Etat’. Lors de sa récente intervention télévisée,  Emmanuel Macron a promis des mesures historiques et structurantes pour la transition énergétique. Lesquelles? Personne ne le sait. Mais c’est à l’aune de cette révolution annoncée (va-t-elle bouleverser des intérêts plus puissants que les seuls automobilistes ?) que l’on pourra juger du réel courage politique du président et de sa majorité."

Du côté des autres collectivités territoires, la grogne reste vive face au chemin de fer de l'austérité budgétaire voulue par Messieurs les Raboteurs de Bercy associée à la volonté de reprendre la main sur la décentralisation par la haute fonction publique d'Etat via le réseau des administrations de l'Etat déconcentré "en régions" (pour ne plus dire "en province"). Sauf que cela ne marchera pas ou, dumoins, cela ne marchera pas mieux qu'avant car, souvent, les administrations déconcentrées de l'Etat sur le territoire, malgré la mise sous tutelle directe et précise des préfets de région par le Premier ministre, n'ont plus les moyens financiers, humains ou techniques de mettre en oeuvre ce que le Gouvernement et la haut-fonction publique souhaiteraient faire: plusieurs RGPP sont passées par là et les collectivités territoriales ont fait leur travail dans le cadre des compétences qui leur ont été transférées par la décentralisation.

Cette cécité de la haute fonction publique parisienne sur l'étendu réel de son pouvoir est grave car elle inspire au gouvernement actuel des mesures qui sont inefficaces et qui ne manqueront pas d'aggraver la crise de confiance entre le pays et son Etat: recentralisation rampante d'un côté; reprise en mains des corps intermédiaires de l'autre; créations de nouvelles agences nationales dont on peut raisonnablement douter de l'intérêt ou de l'efficacité (agence "France Territoires" qui va doublonner les régions et les départements sur leurs compétences économiques et d'aménagement; agence "France compétence" sur la formation professionnelle avec un réseau territorial de CFA en sursis depuis l'éviction des régions)...

Dernier exemple en date, l'absurde volonté de placer les missions locales sous la tutelle de Pôle Emploi:

https://www.caissedesdepotsdesterritoires.fr/cs/ContentServer?pagename=Territoires/Articles/Articles&cid=1250281713994

 Les départements s'inquiètent, quant à eux,  de perdre tout-à-la-fois leur autonomie financière et de voir tout "en même temps" le Ministère de Budget leur faire les poches. Rien n'énerve plus un élu local que la formule suivante: "ne vous inquiétez pas, l'Etat compensera tout à l'euro près!".

Dans la France dite d'en bas, tout le monde sait que c'est foutaise: il n'y a qu'à Bercy et dans les cabinets ministériels parisiens qu'on feint de ne pas le savoir...

Alors, il faut donc bien faire bonne figure en attendant des jours meilleurs en faisant "risette" aux élus locaux et par delà aux Français qu'ils représentent car il n'y a pas que le président de la République à bénéficier de l'onction du suffrage universel dans ce pays. Il faut donc donner quelques nonos à ronger aux chiens qui aboient.

Notamment en Alsace où un retour "homéopathique" à une vraie région Alsace a été prudemment salué la veille (29/10/18) par les élus Alsaciens opposés à la création du machin "Grand Est" avec l'officialisation d'une "collectivité qui serait l'émanation des deux départements alsaciens, tout cela dans la région Grand Est et avec des compétences particulières qui sont dues au transfrontalier et à l'identité alsacienne rhénane. Mais pas de statut spécial." (sic!) Cette nouvelle collectivité verra le jour en 2021 par la fusion départementale du Haut-Rhin et du Bas-Rhin mais devra respecter l'intégrité territoriale de la "région Grand-Est" (re-sic!):

https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/direct-nouvelle-collectivite-alsace-declarations-du-premier-ministre-edouard-philippe-1566414.html

Voir aussi ce lien qui fait état du refus massif des automobilistes alsaciens d'apposer le logo débile "Grand Est" sur leur plaque d'immatriculation:

https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/alsace-grand-est-cote-plaque-immatriculation-1412175.html

Pourtant, à 10000 kilomètres de là, à l'opposé du prurit néo-jacobin que nous subissons dans la métropole, la République Française tente une opération de dévolution territoriale complète jusqu'à un projet d'indépendance -association pour la Nouvelle Calédonie avec un référendum qui aura lieu le 4 novembre 2018: le NON est donné vainqueur dans les sondages.

Cela prouve une chose: il ne faut pas confondre régionalisme et nationalisme et indivisibilité de la République française et uniformisation jacobine!

https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-188194-opinion-nouvelle-caledonie-un-referendum-pour-rien-2217736.php


 L'opération "calinothérapie" des élus locaux est donc déclanchée par le pouvoir Macronien: voilà qui ne serait pas sans conséquences politiques pour le très Normand et très girondin président des régions de France un certain Hervé Morin, si l'on en croit les analyses de Bertrand Tierce dans la dernière livraison disponible de la Chronique de Normandie (n°556, 29 octobre 2018)

Droite normande : totale éclate. Un an et demi après, l’onde de choc “Macron” continue de fracturer la droite républicaine régionale, notamment en Haute-Normandie. - En Seine-Maritime, il y a d’un côté les “wauquieristes”, représentés par Françoise Guégot et de l’autre les “Philippiens” représentés par Agnès Firmin Le Bodo (Agir). Élue à la tête de la Fédération LR, la sénatrice Agnès Canayer va tenter de rassembler, ici la droite est cassée. Dans l’Eure, on n’y comprend plus rien puisque la plupart des élus LR (Alexandre Rassaërt, Pascal Lehongre, François Ouzilleau) sont fidèles à Sébastien Lecornu, devenu LREM, alors qu’ils viennent de porter Guy Lefrand à la présidence départementale de leur parti, Guy Lefrand qui a durci son discours anti-Lecornu. Ici, c’est surréaliste.

Et en Basse-Normandie ? La situation est un peu plus claire puisque trois parlementaires proches de Laurent Wauquiez sont à la tête de LR (Jérôme Nury dans l’Orne, Philippe Gosselin dans la Manche et Pascal Allizard dans le Calvados), ce qui n’empêche pas d’autres personnalités de droite d’occuper le terrain de façon très différente. Dans le Calvados, Joël Bruneau est l’élu référent, mais, peu sensible au jeu des appareils, et éloigné des coteries, il représente une droite modérée et pragmatique qui agit sur le terrain. Dans la Manche, David Margueritte, aussi cherche à se repositionner personnellement, loin de Paris, en actionnant “Le Cercle du Cotentin”, son micro-parti local, pour partir à la conquête de Cherbourg. Il joue de plus en plus  la carte du pragmatisme et du terrain.

Hervé Morin plus fragile ? Où sont les centristes ?

En Normandie, ils font peau de chagrin. L’éclatement de la droite réduit l’espace politique d’Hervé Morin qui doit compter avec les wauquieristes de sa majorité sans pour autant pouvoir s’appuyer sur la droite modérée. Vat-il atténuer sa posture anti-gouvernementale ? Beaucoup de ses amis le souhaitent ; à terme, ils la jugent contre-productive, en attendant, ils redoutent déjà le choc du leadership régional :  “Morin vs Lecornu”


 Commentaire de Florestan:

Le parti présidentiel "En Marche" n'est pas plus flambant que la droite parlementaire classique que cela soit du côté des LR que du côté des Centristes. On vient de voir que le poste de "délégué général" LREM laissé vacant par le départ de Christophe Castaner ne stimule pas l'enthousiasme: et pour cause! 2022  c'est loin voire très loin! Et avant 2022 (présidentielles) il y a 2021 (les régionales) et avant: 2020 (les municipales) et encore avant: 2019 (les européennes). Vu l'état actuel de l'opinion et la politique déjà pratiquée depuis plus d'un an par Emmanuel Macron dans un contexte social, économique mais aussi géopolitique de plus en plus préoccupant, la République en Marche des Macronistes risque d'être celle d'un chemin de croix.

Et avant de parler du choc Morin vs Lecornu pour les régionales normandes de 2021, attendons de voir ce qui pourra rester de l'illusion macroniste au fond des urnes des élections européennes au printemps prochain.

Gardons sang froid et lucidité: des qualités normandes!

110860949_o

http://www.filetcreation.com/archives/2016/05/25/33865915.html

Le projet normand c'est un travail de patience à l'instar de la broderie: un travail qui ne donnera que du fil à retordre à ceux qui pensent que faire risette suffit!