Dans la dernière édition de la Chronique de Normandie (n°556 29 octobre 2018) Bertrand Tierce a eu la bonne idée de demander à MM. Bouchery, Serry et Loubet, spécialistes de la géographie logistique et portuaire en Normandie leur vision de l'avenir portuaire normand au moment où de grands changements sont à venir de même que de grands défis:

haropaplan

Unité portuaire normande, gouvernance portuaire normande, avenir portuaire normand face aux défis du Brexit et de la concurrence des grands ports de l'Europe du Nord, il est clair qu'une part essentielle de l'avenir de la Normandie va se jouer dans ses ports puisque notre région, si l'on met ensemble les ports du réseau régional Ports Normands Associés (Dieppe / Caen-Ouistreham/ Cherbourg) et les ports dépendant d'HAROPA (GPM du Havre, GPM de Rouen -Honfleur) est, de fait, la première région française pour l'économie maritime et portuaire par les tonnages et trafics réalisés ainsi que par la diversité des activités observées.

Le problème est que pendant près de 60 ans, ce potentiel portuaire et maritime normand demeurait invisible à ses acteurs ou à ses décideurs car la Normandie n'existait plus dans la sphère institutionnelle et politique. Depuis 2016, la Normandie existe enfin à nouveau et Hervé Morin a bien compris que ce sujet qui est au coeur des compétences d'un conseil régional était un sujet majeur avec un triple objectif:

1) Réaliser l'unité et l'harmonisation de la Normandie portuaire (avec l'outil Ports Normands Associés): les plus grands ports normands sont dans le réseau régional PNA sauf Fécamp et Granville qui demeurent sous leur tutelle départementale et celui de Eu-Le Tréport géré par une CCI dont le siège est désormais à... Lille. Le travail d'unification normande n'est donc pas achevé.

2) Créer un réseau régional portuaire associé aux deux grands GPM de l'estuaire et vallée de la Seine pour développer les trafics de cabotage afin de compléter ou d'améliorer le fonctionnement de l'interface logistique de l'hinterland de nos deux GPM trop centrée sur la seule noria de camions entre Le Havre et Paris: la logique de toile d'araignée sur l'ensemble des ports normands voire vers les ports des îles britanniques paraît plus intelligente que celle du corridor routier de l'Axe Seine. Par exemple: il faut relancer le projet de navette fluvio-maritime de conteneurs entre le GPM du Havre et celui de Caen (avec un volume espéré de 25000 conteneurs annuels) plutôt que de surcharger nos routes normandes avec des poids-lourds!

3) Régionaliser la gouvernance des grands ports maritimes en expérimentant en France donc en Normandie ce qui fait le succès logistique et commercial des grands ports maritime de la Rangée Nord-européenne. Cela implique une vraie révolution culturelle et intellectuelle à laquelle, bien sûr, les hauts fonctionnaires d'Etat ni même les cabinets ministériels concernés ne sont prêts, bien au contraire. Il faut donc un arbitrage politique fort: tous les acteurs et observateurs dont nous sommes du dossier portuaire  normand attendent donc les annonces d'Edouard Philippe le 27 novembre 2018 au prochain CIMER qui se réunira à Brest...


 Lire la chronique de Normandie (n°556, 29/10/18):

 • Ports normands : les planètes s’alignent ?

Comment les ports d’Haropa peuvent-ils travailler avec ceux de PNA pour accroître le rôle de la Normandie comme nouvelle porte d’entrée du monde en Europe ? C’est la question posée à Yann Bouchery, “professeur de logistique” à l’EM Normandie et à Arnaud Serry et Lilian Loubet, tous deux maîtres de conférences en géographie de l’Université Le Havre Normandie.

Voici leur réponse commune, assortie de différentes propositions:

Alors que la nouvelle gouvernance des ports de l’axe Seine sera présentéep rochainement, le syndicat mixte Ports de Normandie (PN) associant les ports de Caen, Cherbourg et Dieppe entrera en fonction le 1er janvier 2019. Objets stratégiques, les ports normands doivent bénéficier d’un soutien politique fort, à la fois national et local qui doit permettre de lever les interrogations autour des interactions entre les ports de la région et le port de Paris. HAROPA a ouvert des pistes de collaborations que la recomposition du système portuaire intra-normand ne doit pas remettre en cause.”

Des acteurs privés davantage présents. Ces ports gagneraient à intégrer davantage les acteurs privés aux processus décisionnels. Par exemple, les armateurs, les opérateurs de terminaux, et les logisticiens sont peu représentés dans les instances décisionnelles. Ils disposent cependant d'un pouvoir d'influence non négligeable. Leurs stratégies, leurs choix de localisation conditionnent les orientations et le développement des ports. En cela, ils impactent les modèles économiques et les infrastructures portuaires.

Croisières, EMR: des synergies possibles

Les enjeux de gouvernance propres ne doivent pas faire perdre de vue les nombreuses synergies possibles entre les Grands Ports Maritimes du Havre, de Rouen, et les ports régionaux de Ports Normands Associés. Citons, par exemple, le développement d’une offre intégrée qui renforce l'attractivité pour les croisiéristes, les synergies dans le domaine des énergies marines renouvelables ou encore l’irrigation de l’hinterland par des modes alternatifs à la route (via la "feederisation" (ndlr: en français, dire cabotage) des flux conteneurisés, notamment vers le sud-ouest français).

Le défi du Brexit

De même, le Brexit renforce les avantages de la Normandie, en même temps que les risques, entre positionnement géographique favorable et rôle à redéfinir dans les flux transmanche. Les connexions roulières existantes sont conçues port à port (un port en Normandie et un port en Grande-Bretagne). Même si des liaisons multiples (par exemple Le Havre-Cherbourg-Dublin) sont plus complexes, elles permettraient d’augmenter la fréquence des traversées ou le nombre de ports touchés des deux côtés de la Manche. Cette logique crée également des connexions maritimes entre les ports en Normandie, ce qui pourrait favoriser de nouveaux modes de mobilité.”

Conclusion des auteurs: “il serait regrettable de balayer ces pistes d’un revers de main. Entre l’esprit de conquête normand, les réformes de gouvernance en cours et les ambitions régionales, les planètes semblent alignées pour davantage de synergie entre les ports normands.”