Aujourd'hui, 2 novembre, c'est le jour des Morts. Et il arrive parfois que certains ressuscitent  en revenant de loin de très loin... On poussera cette métaphore de la résurrection jusqu'à évoquer une réalité collective à laquelle tout Normand se doit d'être attaché puisqu'il s'agit d'une ville qui a déjà deux mille ans d'existence derrière elle: on parle de Rouen, la métropole (au premier sens historique du mot) qui a suscité la création de la Normandie dans le cadre de l'antique province ecclésiastique, ancienne Seconde lyonnaise de la fin de l'empire romain.

Et Rouen dans sa longue histoire entre deux tentatives d'anéantissement total (une première fois lors des raids vikings de la fin du IXème siècle et une seconde fois sous les bombes de la Seconde guerre mondiale) fut, au meilleur de son développement urbain notamment entre 1500 et 1750, la seconde ville de France avant que Lyon ne lui ravisse ce titre dans les premières années du XIXe siècle.

Car il faut, hélas, rappeler que Rouen c'est aussi la plus grande dégringolade de la hiérarchie urbaine française, Rouen étant doublement LA victime non pas de Caen ou du port du Havre (au départ pensé et voulu par les Rouennais comme leur avant-port maritime) mais de... PARIS:

1° D'une part, en raison de la proximité relative (notamment par le trafic fluvial sur la Seine) de l'énorme ville capitale française puisque Paris est la seule ville officiellement honorée du titre de "capitale" en France, les autres n'étant que des "chefs-lieux"...

2° D'autre part, par l'impossibilité de comprendre depuis Versailles ou Paris, de Louis XIV à Napoléon 1er, que la PAIX avec l'Angleterre est la condition indispensable pour le développement de l'économie maritime de la France depuis ses principales villes portuaires: Rouen et Le Havre. L'historien et démographe Jean-Pierre Bardet dans sa magistrale étude sur la ville de Rouen avait ainsi repéré dès la fin du XVIIe siècle les premiers signes du déclin rouennais à cause de ce contexte géopolitique défavorable et le grandiose projet de doublement de la ville de Rouen sur sa rive droite avec construction d'un nouvel hôtel de ville aussi imposant que le grand hôtel Dieu de Lyon proposé, dans les années 1750, par l'architecture urbaniste rouennais Lecarpentier ne verra jamais le jour en raison de la... Guerre de Sept ans.

Il faudra donc attendre le XIXe siècle et l'Entente cordiale confirmée en 1830 avec l'Angleterre pour que Rouen, sa ville et son port (tout comme celui du Havre par ailleurs) retrouvent de l'éclat voire, connaisse un nouvel âge d'or qui va durer jusqu'à la Première guerre mondiale: ce sera celui du premier grand développement industriel et portuaire à la mode anglaise qui fera de Rouen la ville la plus moderne et la plus active de France avec le symbole extraordinaire de la cathédrale de Rouen plus haut monument humain du monde grâce à la flèche d'Alavoine (151 mètres de haut) entre 1876 et 1880 date à laquelle la cathédrale de Rouen est détrônée par l'achèvement de la cathédrale de Cologne puis de la Tour Eiffel parisienne en 1889...

A côté du développement industriel et portuaire qui occupe la rive gauche et dont la fébrile activité, ses richesses et ses misères fascineront écrivains et peintres (on pensera à Pissarro), Rouen invente le tourisme patrimonial historique célébrant le Moyen-âge gothique: Stendhal fera de Rouen "l'Athènes du genre gothique" et Victor Hugo s'inspirera de la cathédrale Notre-Dame de Rouen pour écrire... Notre-Dame de Paris tandis que Monet s'isolera derrière un paravent au fond d'un magasin de lingerie féminine pour peindre sa monumentale série consacrée aux variations lumineuses sur la dentelle gothique de Notre-Dame située en face.

Le malheur revient à Rouen par le ciel avec la Seconde Guerre Mondiale: une fois encore, l'Angleterre est l'ennemie et quand l'Angleterre devient notre ennemi les Normands doivent comprendre que c'est très, très mauvais pour eux!

De 1940 à 1944 des milliers de bombes vont tomber sur l'agglomération rouennaise: on pensera au sinistre raid expérimental de 1943 première opération de l'US air force dans le ciel français pour mettre au point le viseur Norden de bombardement de haute altitude qui ne fonctionnera correctement qu'au dessus d'Hiroshima et de Nagazaki en août 1945...

En 1944, c'est une ville éventrée, défigurée, anéantie notamment sur son front de Seine qui est libérée avec des milliers de victimes et de sinistrés. Mais le plus grave c'est que la Reconstruction plutôt médiocre dans ses matériaux qui a, en outre, enfermé la Seine dans une gangue de béton avec des ponts surelévés pour ne pas gêner le trafic fluvial qui remonte la Seine vers Paris, n'a rien reconstruit du tout puisque l'Etat central reconstructeur d'une Normandie totalement anéantie décide de sa nationalisation totale à commencer par une mise sous tutelle des grands ports maritimes normands, la mise en place d'une division administrative de la Normandie en deux régions puisque l'Etat  REFUSE de faire de Rouen la métropole régionale du Nord-Ouest au profit d'un grandiose projet d'étendre la région parisienne jusqu'au Havre.

A l'orée des années 1970, Rouen est au fond du trou: de l'ancienne seconde ville de France qu'elle fut, elle est en passe de n'être qu'une seconde Mantes-la-Jolie industrialo-portuaire! La vigilance du Préfet Chaussade et la crise économique des années 1975 mirent fin au cauchemar d'une absorption définitive de Rouen dans le magma d'une grande banlieue parisienne...

S'en suivent 40 années de déclin dans la médiocrité localiste d'une demi-région "haut-normande" gérée comme un gros département destiné à être fusionné avec l'Ile de France. L'industrie décline, le port se maintient mais Rouen ne pilote plus grand chose si ce n'est un pôle financier régional généré par la présence d'une mutuelle d'assurance: les élites rouennaises préfèrent monter à Paris pour chercher le pouvoir qui n'est plus à Rouen.

Il faudra attendre la toute fin des années 1990 pour que Laurent Fabius finisse par comprendre qu'un fief électoral (la Fabiusie) ne faisait pas un territoire, en l'occurrence une métropole régionale rayonnante comme à Lille, Nantes ou Bordeaux: les années 2000 seront consacrées au chantier difficile de construire enfin une métropole institutionnelle à partir d'une agglomération profondément divisée...

Autour des années 2010, le débat public régional s'anime enfin en Normandie autour du projet de l'urbaniste Grumbach soutenu par le maire du Havre d'alors, Antoine Rufenacht consistant à relancer les mirages des années 1960, à savoir, faire une vaste métropole étirée sur la Seine entre Paris et Le Havre. Dans ce ressassement de la pensée géographique (une vraie défaite intellectuelle), les décideurs rouennais pensent leur agglomération rouennaise qui n'est pas encore une métropole (c'est encore la "CREA" ) non pas comme une future métropole régionale mais comme un relais urbain et portuaire sur un corridor: le fameux "Axe Seine" tendu entre un terminus parisien et un terminal portuaire havrais. Là encore, la lucidité vint d'un certain Laurent Fabius qui s'inquiéta lors du colloque du Havre de mai 2010 que Rouen ne soit qu'un "espace interstitiel" entre Paris et la mer...

Au même moment, un collectif de douze puis de quinze géographes universitaires normands emmenés par les Rouennais Arnaud Brennetot et Yves Guermond, coordinateur d'un livre collectif au titre cinglant "Rouen, la métropole oubliée" paru en 2008, proposait enfin une autre vision que la vision corridorienne dans laquelle les élites rouennais ont pris, par paresse intellectuelle, l'habitude de s'enfermer. Dans un livre collectif paru en 2012, le collectif des géographes normands proposaient la réunification de la Normandie pour redonner l'espace régional qui manque à une vraie métropole normande dont le coeur est, bien entendu, l'agglomération de Rouen mais qu'il faut aussi penser en "tripolitaine" avec Caen à l'Ouest et Le Havre vers la mer afin d'avoir la masse critique nécessaire face à présence parisienne massive et tentaculaire.

Arrivent alors les grandes réformes territoriales voulues par le Rouennais François Hollande qui confère enfin à Rouen le statut de métropole régionale (mettant fin à une injustice causée par l'Etat central parisien en 1965) et qui, bien sûr, arbitre historiquement la veille du 6 juin 2014 en faveur du retour à l'unité normande sur la base d'un équilibre institutionnel tranché le 30 juillet 2014 par Bernard Cazeneuve, alors ministre de l'Intérieur, entre Rouen qui va devenir le siège de la préfecture régionale et Caen qui obtient le siège du conseil régional selon la logique de réseau qui convient à l'originalité de la géographie urbaine normande qui est polycentrique.

Depuis le retour institutionnel et politique de la Normandie au 1er janvier 2016, les deux élus référents, Hervé Morin pour la région et Frédéric Sanchez pour la Métropole Rouen Normandie ont établi des relations de travail cordiales fondées sur la confiance réciproque puisque la Normandie et Rouen partagent un destin commun sinon des enjeux communs, notamment celui d'exister face à l'hydre parisienne.

C'est ainsi que la Région Normandie a décidé d'investir massivement dans le soutien financier de toutes les grandes opérations urbaines et autres visant à réveiller Rouen de sa torpeur, en terme d'équipements avec comme projets phares: la transformation des quais bas de la rive gauche Saint Sever; la création de nouveaux quartiers urbains sur d'anciennes friches industrielles; la transformation du technopôle du Madrillet en pôle de recherche de niveau mondial sur les nouvelles mobilités et les nouvelles motorisations; le contournement autoroutier que la ville attend depuis... 1972!

Et puisque nous allons parler de la renaissance du tourisme patrimonial et historique rouennais avec l'article à lire ci-dessous, on ne dira jamais ASSEZ semble-t-il que l'une des toutes premières mesures prises par Hervé MORIN en tant que tout nouveau président de la Normandie au printemps 2016 fut de débloquer les millions qui manquaient afin de démarrer ENFIN les grands travaux (actuellement en cours) de restauration intégrale des décors extérieurs de la cathédrale de Rouen avec la restitution à l'identique de la charpente médiévale du chevet, avec son toit et ses grands décors (notamment la fameuse statue de Saint Georges); la restauration à l'identique intégrale des décors de la flèche en fonte d'Alavoine avec une mise en lumière qui fera en 2023 de la flèche de la cathédrale de Rouen la... Tour Eiffel des Normands et enfin, l'achèvement des restaurations dues aux dommages de la Seconde guerre mondiale sur le collatéral Sud de la cathédrale.

Cet énorme chantier programmé par l'ex DRAC de Haute-Normandie était en attente depuis des années: s'il peut enfin se réaliser, c'est grâce à l'arbitrage d'un certain Hervé Morin!


 

https://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/rouen-classee-quatrieme-ville-sur-vingt-ou-il-est-le-plus-agreable-de-partir-en-week-end-ED14067300

Rouen, classée quatrième ville sur vingt où il est le plus agréable de partir en week-end

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Selon une étude de L’Express, basée sur le Guide Michelin, Rouen serait la quatrième meilleure ville sur vingt où passer un week-end. Elle se place ainsi devant Strasbourg et Toulouse.

Qui a dit que Rouen est une ville grise et froide ? Pas le magazine L’Express, en tout cas, qui l’a placé quatrième meilleure ville sur vingt où l’on est assuré de passer « un week-end charmant ».

Ce dernier se base sur le classement opéré depuis des décennies par le Guide Michelin, afin d’évaluer l’offre touristique des 100 premières agglomérations françaises. L’Express précise que l’offre hôtelière n’a volontairement pas été prise en compte, « car c’est un critère davantage économique, qui aurait avantagé les métropoles. »

Ainsi, sont pris en compte les étoiles gastronomiques décernées par le Guide Michelin, ainsi que la gratification de tous les sites remarquables de France. Des étoiles leur sont décernées, selon leur intérêt. À noter que Paris est hors classement, car, le magazine le précise, elle aurait « explosé les scores, obtenant, avec ses 213 sites recensés intra muros, un indice total de 323 points ».

Strasbourg et Toulouse, derrière Rouen

Si la première place revient à Aix-Marseille avec son indice de tourisme de 77 points pour 1 869 055 habitants, Rouen, avec ses 34 points, ne se place pas très loin puisqu’elle se retrouve en quatrième position, après Lyon (52 points) et Nice (48 points).

Suivent ensuite de près : Strasbourg, avec ses 31 points et Toulouse, avec ses 30 points. Une autre ville normande se retrouve également dans ce classement : il s’agit de Caen, qui arbore la vingtième place, aux côtés de Bourges, avec respectivement 19 points d’indices tourisme.

La cathédrale, la fameuse rue du Gros Horloge, la gare et le centre-ville pittoresque de Rouen n’ont pas fini de voir passer des badauds admiratifs devant pour leurs belles architectures. D’autant qu’avec l’Armada 2019, tous les feux sont au vert du côté du tourisme !


 

Commentaire de Florestan:

Rouen, ville idéale pour un week-end. Mais pas encore pour y habiter définitivement... Le point de vue parisien sur Rouen ne sera plus favorable que si se développe à Rouen un point de vue rouennais ET normand suffisamment attractif et original pour attirer l'attention des Parisiens de plus en plus nombreux à vouloir quitter une région capitale qui devient invivable!