L'Etoile de Normandie vous propose de partager le texte suivant proposé par Michel Onfray au sujet du passage furtif d'Emmanuel Macron à Honfleur pendant le "pont de la Toussaint", plus précisément, le jour de la Mémoire des Morts... entre deux nuitées à 1500€ à la Ferme Saint-Siméon. Tout un symbole par ces temps de colère sociale de la "France d'en bas" contre la "France d'en haut"...


 https://michelonfray.com/interventions-hebdomadaires/le-negationnisme-des-progressistes-?mode=text

Emmanuel Macron, qui veut nous faire savoir qu’il va bien, très bien même, nous apprend le premier novembre qu’il vient à Honfleur tous les premiers janvier et qu’il n’y a donc là rien d’anormal! A deux reprises il nous assène que nous sommes le jour de l’An alors que c’est le jour des Morts! Que veut-il nous faire savoir: qu’il aimerait mieux changer d’année plutôt que d’être fêté par la maigre clique réunie devant le restaurant où il déjeune pour l’applaudir le jour des défunts? Si tel est le cas, c’est réussi…

   Ce même président qui fonctionne avec deux mois d’avance tellement il bat tout le monde sur le terrain de l’endurance, de la vitesse, de la puissance, du sommeil, et autres éléments de langage servilement ressassés par les médias du système depuis plus d’un an, a tout de même été obligé de débarquer en Normandie pour y poser ses valises. Il y a des limites à la communication complaisante; le réel l’apprend à qui sait le regarder. L’élément de langage du président qui ne dort jamais a fait long feu: en fait, il dort tout le temps…

   Lors de son bain de foule à Honfleur, il apparaît dans un blouson d’aviateur de la Patrouille de France. Ce jeune homme qui n’a jamais effectué son service militaire a dû garer discrètement son Alphajet à Deauville, l’aéroport le plus proche. Si j’étais sémiologue sur la Chaîne parlementaire ou éditorialiste sur une chaîne d’information continue, je dirais qu’avec cet attribut en cuir prêté par les héros de "Top Gun", il veut nous faire savoir de façon subliminale qu’il plane… C’est réussi.

   C’est drôle comme, à chaque sortie préparée par ses communicants (qui doivent être nombreux et très bien payés…), ce que l’on retient, c’est toujours l’à-côté, qui en dit toujours plus que le cœur de cible visé par son équipe image et communication. Aux Antilles, ce fut le doigt d’honneur; à Honfleur, c’est la confusion calendaire et le blouson de pilote! Il devait nous montrer que tout allait bien et qu’il n’était pas sur une civière: tout sourire, il prouve qu’il est dans le coma en nous montrant à deux reprises qu’il ne sait plus quel jour on est… Inquiétant.

   Or, c’est ce même homme qui a décidé qu’il fallait une fois de plus instrumentaliser l’Histoire afin de gagner les prochaines élections européennes. Il affirme sans vergogne dans "Ouest-France" (31 octobre 2018), qui en fait son titre: "Le moment que nous vivons ressemble à l’entre-deux-guerres". Dès lors, pour qui souhaite décoder le message en français et pour les Français, Marine Le Pen c’est la fille cachée d’Adolf Hitler…

    La ficelle est grosse, elle a été inventée par Mitterrand dans les années 80 du siècle dernier dans le but de se faire réélire. C’est dans cette perspective que le président décoré de la francisque des mains même du Maréchal Pétain avait fait le nécessaire pour mettre en selle un certain Jean-Marie Le Pen qui, à cette époque, ne dépassait pas 1%. On a beaucoup oublié que ce chef de l’Etat, qui se disait socialiste, est intervenu personnellement pour que le père de Marine Le Pen soit invité dans des émissions de télévision politiques grand public. C’est ainsi que François Mitterrand a commencé à faire la courte échelle au FN, qui a donc été une créature des socialistes dont le souhait était de casser la droite en deux afin d’assurer leur maintien au pouvoir. Mitterrand a été réélu grâce à la faiblesse de ses adversaires divisés, plutôt que grâce à sa force, disparue après que les Français eurent compris que lui et les socialistes avaient abandonné le socialisme avec la "rigueur" en 1983, puis avec Maastricht en 1992. Merci en passant à Jacques Attali, qui fut le grand ordonnateur de ces affaires et qui ne perd pas une occasion aujourd’hui de faire savoir qu’Emmanuel Macron est sa créature. Merci aussi à BHL, la matière grise de ces pensées brunes.

   La ficelle lepeniste a bien fonctionné lors de la dernière présidentielle: souvenons-nous que, le 28 avril 2017,  Emmanuel Macron s’est rendu à Oradour-sur-Glane. C’était entre les deux tours. Le 30 avril, soit deux jours plus tard, comme si la première ficelle n’avait pas été assez grosse, il se rend au Mémorial de la Shoah. A-t-on compris le message d’Emmanuel Macron?

   Le premier était le suivant:

Marie Le Pen et Oradour-sur-Glane, c’est la même chose 

Or, vous ne voteriez pas pour Oradour-sur-Glane?

Donc, votez pour moi…

   Le second était celui-ci:

Marine Le Pen et la Shoah, c’est la même chose

Or, vous ne voteriez pas pour le nazisme ?

Donc, votez pour moi…

   Résultat, le 7 mai 2017, pour éviter Oradour et la Shoah, et afin d’empêcher Adolf Hitler d’accéder à l’Elysée, un grand nombre de Français ont voté pour Jean Moulin et le général de Gaulle, autrement dit: pour Emmanuel Macron!

   Si ces syllogismes à la noix étaient vrais, alors pourquoi ne pas employer les moyens légaux et traîner Marine Le Pen devant la justice afin de faire la démonstration qu’elle est bien partie prenante d’Oradour et de la Shoah? Que son programme est bien de déporter et de détruire les juifs d’Europe? Qu’elle a pour ce faire le projet de camps de concentration et d’extermination? Qu’elle souhaite envoyer dans des convois de la mort des homosexuels et des Roms, des communistes et des francs-maçons, des libres-penseurs et des témoins de Jéhovah? Qu’elle a le projet de grands autodafés? Qu’elle a enfin derrière la tête l’envie de mettre toute l’Europe a feu et à sang en entrant militairement dans des pays  pour les annexer –lesquels d’ailleurs? Si ces démonstrations étaient faites devant des juges, alors, oui, elle serait à elle seule Oradour, la Shoah et la menace d’Oradour et de Shoah nouveaux.

   A défaut, ça n’est pas Hitler et le national-socialisme qu’on instrumentalise –ce ne serait d’ailleurs pas la première fois… Cette pathologie a même son nom: c’est le fameux point Godwin. Cette loi énonce que "plus une discussion dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s'approche de 1". Cette discussion dure depuis longtemps: pour être précis, depuis que Mitterrand s’est fait le fossoyeur de la gauche et que, depuis cet enterrement du socialisme, aucune autre alternative que ceux qu’on nomme les populistes ne semble désirable aux victimes du libéralisme autoritaire imposé par l’Etat maastrichtien depuis un quart de siècle.

   Ce qui me révulse ça n’est pas l’instrumentalisation d’Hitler et des nazis, on a l’habitude, mais de ses victimes et des juifs en premier lieu, c’est nouveau… Car jongler ainsi avec les morts de la communauté juive, une fois comme Edwy Plenel qui affirme dans "Pour les musulmans" (La Découverte) que les musulmans d’aujourd’hui sont les juifs de l’avant-guerre, une autre fois comme son comparse Emmanuel Macron, que le spectre nazi rôde en France avec Marine Le Pen ou en Europe avec des dirigeants élus démocratiquement par leur peuple, c’est se servir des morts de la Shoah pour de petits projets de basse politique politicienne.

   Les juifs, qui sont les victimes de prédilection des intégristes musulmans partout sur la planète, n’ont pas besoin d’avoir sur leur autre flanc de faux amis vrais ennemis qui, en instrumentalisant la Shoah, la banalisent. Car, soyons sérieux, si le programme politique de Marine Le Pen, c’est "Mein Kampf", alors Hitler ne serait pas ce que l’on dit et il n’aurait pas fait ce que l’on dit qu’il a fait. Ce négationnisme des progressistes autoproclamés me fait froid dans le dos et ce bien plus que les votes populaires qui cherchent à se défendre de ces populicides qui recourent à cette rhétorique brune.

   Si le populisme est un problème, alors posons nous la question: qu’est-ce qui rend possible le populisme? Et répondons à cette interrogation, car ceux-là seuls qui fécondent et nourrissent le populisme sont le problème: et ceux qui le fécondent et le nourrissent, ce sont clairement les populicides –étymologiquement ceux qui exterminent les peuples– qui disposent des pleins pouvoirs en Europe depuis 1992, soit depuis plus d’un quart de siècle. Et cette engeance ne compterait pour rien dans l’état des lieux? Allons, soyons sérieux…

 Michel Onfray


 Autre symbole, pas très loin de Honfleur, on dira "outre l'eau"... du côté du port du Havre.

En effet, depuis peu, on y trouve une oeuvre d'art monumentale sculptée de Fabien Mérelle qui nous impose une nouvelle situation scabreuse (aussi scabreuse que la photo "officielle" de notre président de la République décrite par Michel Onfray dans sa "lettre à Manu"). Cette oeuvre représente un homme (un dompteur?) qui porte sur son dos un énorme éléphant dans un douloureux effort, les bras écartés et le postérieur bien en arrière. Cette statue laisse les badauds interdits et elle a été, bien entendu, vandalisée récemment.

Or, en regardant la chose de plus près, la  physionomie, la corpulence voire le visage de ce Sisyphe contemporain pourraient nous rappeller furieusement quelqu'un qu'on a effectivement aperçu à Honfleur récemment.

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Pour notre part, on pourrait se risquer à y voir un Macron s'efforçant de porter sur son dos un gros éléphant socialiste... maastrichien tout en nous offrant son postérieur pour une éventuelle correction populaire sinon populiste (c'est bien entendu, très subjectif!)

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