En terme de guerre mondiale, la Normandie a payé jusqu'au sacrifice et au martyre de ses principales villes et de sa population avec près de 30000 victimes civiles directes: il s'agit, bien entendu, de la Seconde guerre mondiale, notamment l'été tragique de la Libération en 1944.

La Normandie n'est donc pas, a priori, concernée par la Première guerre mondiale qui a labouré jusqu'en Enfer la Flandre, le Hainaut, l'Artois, la Picardie, les Ardennes et la Marne de 1914 à 1918. Notre région aura pu, néanmoins, servir de base arrière pour accueillir les réfugiés, les blessés ainsi que le gouvernement en exil du royaume de Belgique occupé par les Allemands ou recevoir par le port du Havre, les renforts humains et les matériels envoyés par l'empire Britannique ou par les Etats-unis d'Amérique au début de l'été 1918 alors que l'Armée française faisait front vaillamment quasiment seule face aux dernières offensives allemandes qui faillirent réussir au printemps 1918 suite au retrait des Russes du front de l'Est après la signature de la paix séparée de Brest-Livtosk avec les Bolcheviks en 1917...

Cependant, on apprend grâce à l'article proposé par Paris-Normandie à découvrir ci-après, que la Normandie sur son flanc le plus oriental fut directement concernée par les conséquences des combats terribles de septembre 1914:

https://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/histoire-patrimoine/le-saviez-vous-lors-de-la-premiere-guerre-mondiale-des-combats-ont-eclate-a-la-frontiere-de-l-eure-BN14088485?utm_source=Utilisateurs+du+site+LA+NEWS&utm_campaign=dca3996bbc-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_233027d23b-dca3996bbc-137315997

Le saviez-vous ? Lors de la Première Guerre mondiale, des combats ont éclaté à la frontière de l’Eure

14-18 dans l’Eure. Paris Normandie célèbre le centenaire de l’armistice. Aujourd’hui, retour sur un épisode peu connu : quatre hommes tués en forêt de Lyons par une unité allemande, en 1914. L’alerte avait été donnée par une habitante de Martagny.

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C’est un épisode méconnu de la Grande Guerre, loin des tranchées et de ses horreurs, qui s’est déroulé à la frontière de l’Eure.

En ce mois de septembre 1914, les armées franco-britanniques viennent de mettre en échec les troupes allemandes sur le front de la Marne. Une bataille passée à la postérité pour les fameux taxis parisiens réquisitionnés par le général Joseph Galliéni afin d’acheminer des renforts en première ligne.

Les deux adversaires tentent réciproquement une contre-offensive pour se déborder par l’ouest. L’armée allemande déploie à l’arrière de petites unités de corps francs pour détruire certaines voies de communication stratégiques afin de couper l’approvisionnement et la progression des troupes alliées depuis la Manche.

C’est dans ces conditions que le commando mené par le capitaine Walther Tiling, composé d’une quinzaine d’hommes tout au plus, est surpris en terrain ennemi, ce matin du 16 septembre 1914, en forêt de Lyons. Non pas par des soldats mais par une simple nourrice de Martagny, petite commune euroise à la lisière de la Seine-Maritime. Octavie Delacour, 56 ans, emprunte ce jour-là un chemin forestier depuis le hameau du Bord-du-Bois, où elle réside, pour rallier Ferrières-en-Bray (76). Elle y croise des hommes en uniforme, qui la laissent finalement repartir.

Octavie est persuadée d’avoir reconnu des Allemands. À Neuf-Marché (76), la commune la plus proche, elle tente d’abord de convaincre le maire de la présence allemande dans le coin. L’élu dépêche un garde champêtre sur place. Rien à signaler.

Octavie Delacour s’obstine

La nourrice s’obstine et se rend à Gournay-en-Bray (76) pour raconter son histoire aux gendarmes. Cette fois, le maréchal des logis-chef Jules Crosnier, 47 ans, l’écoute plus attentivement, même s’il n’est pas totalement convaincu. Au volant d’une voiture réquisitionnée au garage Allée et conduite par René Allée, Jules Crosnier et deux de ses hommes, Eugène Praëts (61 ans) et Eugène Lebas (41 ans), prennent bientôt la direction de la forêt de Lyons. Les gendarmes de Mainneville doivent les rejoindre sur place. Edmond Noiret, un instituteur de 23 ans, et Fernand Blacher, âgé de 25 ans, ont également pris place à bord du véhicule.

Il est 14 h 25 quand le piège se referme. À peine ces hommes ont-ils mis pied à terre qu’une fusillade éclate. Les trois gendarmes ripostent et abattent un Allemand mais s’écroulent l’un après l’autre sous le feu des balles ennemies. Fernand Blacher, lui, succombera à ses blessures. Edmond Noiret est le seul à échapper à la mort en parvenant à regagner la voiture, où était resté le fils Allée. Le combat de La Rouge-Mare entre dans l’Histoire.

Du point de vue de la stricte vérité géographique, il convient malgré tout de préciser que l’affrontement n’a pas eu lieu au hameau de La Rouge-Mare (commune de Martagny), dans l’Eure, mais à environ 200 m, au hameau des Flaments, à Neuf-Marché, en Seine-Maritime.

À l’arrivée des renforts, le corps allemand a déjà disparu. Le commando ennemi parvient à traverser Écouis, Fleury-sur-Andelle, puis Pîtres, où il se cache un temps en forêt de Boos, sans éveiller les soupçons. C’est vers 1 h, le 17 septembre, sur une route de Sotteville-sous-le-Val (76), qu’une première partie de l’unité en fuite, ou figure le capitaine Walther Tiling, est stoppée après des tirs. Des arrestations auront lieu plus tard à Tourville-la-Rivière (76).

Octavie Delacour, en reconnaissance de son action, sera décorée de la Légion d’honneur et de la Croix de guerre. Elle se verra également accorder la jouissance d’un bureau de tabac par l’entremise du conseil général de l’Eure. Elle s’est éteinte à l’âge de 79 ans, le 20 mars 1937.

À Neuf-Marché, sur les lieux du combat, un monument commémoratif a été érigé en 1929.

Raids aériens : un danger venu des airs

Bien qu’éloigné du front, le département de l’Eure n’était pas totalement à l’abri de raids aériens ennemis.
« Le danger peut venir des airs, avions et zeppelins pouvant opérer des bombardements de nuit sur les agglomérations urbaines, même loin du champ de bataille », rappelle le livre La grande guerre des Lovériens, un ouvrage collectif publié en septembre 2014 par la Société d’études diverses (SED) de Louviers.
Pour se prémunir de ces éventuelles attaques, « le mode de défense jugé le plus efficace par les autorités est de procéder à l’extinction des lumières... Ainsi, le 14 juin 1915, le maire de Louviers publie un arrêté sur les mesures de précaution à prendre contre les aéronefs, pour ne pas donner à ceux-ci des points de repère. »
Durant les quatre années de guerre, l’Eure subit peu de raids, « mais il y a eu alerte chaque fois que des avions ou des zeppelins étaient signalés se dirigeant vers Paris ou la région parisienne », écrit la SED.
En janvier 1917, « un avion allemand est contraint à un atterrissage forcé dans le village de Foucrainville, à 5 km de Saint-André-de-l’Eure, poursuivent les auteurs. Les deux aviateurs, aussitôt arrêtés par la gendarmerie, déclarent s’être égarés. L’un d’eux, qui parlait français, explique qu’en survolant Amiens (80), leur appareil avait reçu un projectile et qu’ils avaient ensuite erré à l’aventure, avant de devoir se poser à cause d’une panne de moteur, sans savoir où ils étaient. »
Enfin, dans la nuit du 14 au 15 août 1918, « une escadrille ennemie survole le département et bombarde trois localités : Vernon, Évreux et Goupillères (sans doute était-ce la gare de Serquigny qui était en réalité visée). Les dégâts sont uniquement matériels et au total peu importants. L’objectif principal du raid était la ville de Vernon, où se trouvait une garnison : 10 bombes sont lancées, dont beaucoup manquent leur cible, deux d’entre elles atteignant le parc du château de Bizy. La seule bombe tombée à Louviers, dans un jardin près de l’hôtel de ville, ne cause pas d’autres dégâts que des vitres brisées. »
Les bombardements de la Seconde Guerre mondiale seront autrement plus dévastateurs pour l’Eure et ses habitants...

Des mesures avaient été prises « en cas d’approche d’aéronefs ennemis » (photo archives municipales d’Évreux)

Le saviez-vous ? Lors de la Première Guerre mondiale, des combats ont éclaté à la frontière de l’Eure