Inutile de rester les bras croisés en subissant les conséquences du Brexit de ce côté-ci de la Manche en attendant qu'un haut-fonctionnaire parisien avec un nom à particules qui vient d'être nommé ait pris connaissance du dossier dans toute sa complexité sachant que, par ailleurs, le ministre des affaires étrangères à tout sauf à celles de Bretagne a décidé de ne pas aider les Normands à s'organiser solidairement de Jersey au Tréport sur le dossier très délicat de l'avenir des droits de pêche (voir ici-même un billet précédent).

Autre sujet où l'Etat central français jacobino-parisien soutient les Normands comme la corde soutient le pendu: le dossier hydrolien avec la publication d'une nouvelle note critique de l'ADEME le 19 novembre 2018 sur cette filière innovante que ces haut-fonctionnaires qui n'ont pas l'habitude de la mer, jugent encore immature pour encore 5 à 8 ans. Raison de plus de la développer avec les Anglais, les Ecossais, Irlandais et les Canadiens...

Plus que jamais, faute, hélas, d'action interrégionale partagée du côté français de la Bretagne à la Flandre (quid de l'Arc Manche?) il nous faut nous débrouiller seuls en nouant des relations et des accords directs avec les autorités britanniques.

C'est ainsi qu'une importante délégation normande s'est rendue à Londres le 21 novembre 2018 pour notamment aborder l'avenir des ports normands  après  le Brexit, question essentielle à l'économie normande avec trois passerelles ferry (Cherbourg, Ouistreham, Le Havre) et un port "anglo-normand" (Dieppe-Newhaven).

Espérons que le grand passé prestigieux anglo-normand puisse jouer son rôle dans la réussite d'une négociation directe entre la Normandie et le Royaume-uni.

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https://www.paris-normandie.fr/actualites/economie/brexit--les-ports-normands-et-britanniques-dans-le-brouillard-PC14169060

Brexit : les ports normands et britanniques dans le brouillard

International. Hervé Morin a réuni des acteurs portuaires normands et britanniques, hier à Londres, pour évoquer les conséquences d’un Brexit dur, sans accord.

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Le Brexit et son grand flou. Alors que le Royaume-Uni sort officiellement de l’Union européenne le 29 mars 2019, les conséquences sont incertaines. Surtout en cas de Brexit dur, c’est-à-dire sans accord de sortie. Cette incertitude, les acteurs portuaires, qu’ils soient normands ou britanniques, en ont témoigné, hier mercredi.

Des travaux à prévoir

Alors qu’une délégation de la Région Normandie était en déplacement à Londres, mardi 20 novembre et hier mercredi, Hervé Morin a réuni autour de la table différents acteurs. « On ne sait pas où on va. On est dans le brouillard », lance le président de la Région. En effet, alors qu’un projet d’accord de sortie de l’Union européenne a été trouvé la semaine dernière entre le Royaume-Uni et l’Europe, celui-ci n’est pas sûr d’être adopté par le Parlement britannique.

Mais un Brexit dur, c’est-à-dire sans accord, s’appliquerait sans période de transition, dès la fin mars : les arrivées sous douane dans les ports, avec paiement de taxes, seraient rétablies, tout comme des contrôles vétérinaires et phytosanitaires. Par conséquent, les temps d’embarquement et de débarquement seront allongés. Par exemple, le temps de débarquement d’un ferry est estimé à trois heures contre quarante-cinq minutes actuellement. Et pour permettre de réaliser ces contrôles, des aires de stockage devront être créées. Le Havre est le seul port normand à en être équipé.

« On sait que le Brexit va provoquer des coûts considérables. On prévoit 30 millions d’euros d’infrastructures [principalement la création d’aires permettant de garder sous douanes les véhicules devant être contrôlés, N.D.L.R.]. Le gouvernement dit qu’on va pouvoir lancer les travaux en urgence. On va le faire dès janvier », assure Hervé Morin. La construction de postes de contrôles à Dieppe, Cherbourg et Ouistreham a été décidée par la Région avec les partenaires. « Il y a également des fonctionnaires à embaucher. Actuellement il n’y a pas le nombre nécessaire pour alimenter les postes de contrôles qu’il faudra créer », note Hervé Morin, qui demande des aides financières de l’État qui, selon lui, n’a « pas traité certaines questions. Celle des contrôles a été sous-évaluée. Or, si les ports ne peuvent pas les assurer, ils vont perdre le trafic, qui va se déporter sur d’autres ports notamment belges et hollandais, qui se disent davantage prêts à répondre à ces nouvelles règles ».

Le président de la Région Normandie avait tenu une conférence de presse, en octobre, avec les acteurs portuaires régionaux pour alerter le gouvernement sur cette question. Depuis, « un délégué interministériel a été nommé ».

La réunion d’hier à, quant à elle, permis « d’avoir des interlocuteurs et de créer un lien » avec les acteurs britanniques. Mais elle n’a pas permis de gagner en clarté. Les interlocuteurs d’outre-Manche expliquant ne pas pouvoir en dire trop car, dans le cadre de discussion avec le gouvernement, ils ont signé un accord de non-divulgation. « On n’a pas eu beaucoup de dialogues avec le gouvernement jusqu’à il y a environ six mois. Un peu comme vous finalement. On se prépare au scénario du pire, sans accord », note Mike Sekkers, CEO du port de Portsmouth.

Rendez-vous en janvier

« On a l’impression que les autorités britanniques ne sont pas prêtes et veulent gagner du temps », estime Jean-Christophe Lemaire, vice-président du port de Dieppe. Il explique qu’ici « il n’y a plus de place pour accueillir les nouvelles infrastructures. Il faudra déporter les contrôles plus loin, au-delà de la frontière. Mais sur ce point, on n’a pas de réponse de la commission européenne, quant à savoir si on peut ».

Une nouvelle réunion va réunir les acteurs le 22 janvier. « On saura alors si un accord a été trouvé ou non ». Et s’il faut agir dans l’urgence ou non.

Un accord pour une ferme hydrolienne

À Londres, un accord signé entre la Normandie et Simec Atlantis pour la construction d’une ferme hydrolienne dans la Manche.
À l’occasion de son déplacement à Londres, Hervé Morin, le président de la Région Normandie, a signé hier avec Tim Cornélius, le président de la société Simec Atlantis energy, un document actant la joint venture entre Simec Atlantis et la Région Normandie, comme cela avait été annoncé en octobre. Après l’abandon par Naval Énergies d’un précédent projet - faute de soutien public - la société écossaise a manifesté son intérêt pour construire une ferme d’hydroliennes au large du Raz Blanchard, dans la Manche, deuxième courant marin le plus fort au monde. Dans un premier temps, « on souhaite produire 20 MW avec dix turbines. On aimerait que ce soit en marche en 2021 donc commencer à construire l’année prochaine. Cela dépendra des autorisations de l’État », précise Tim Cornélius. L’objectif est d’atteindre la production, d’ici 2027, de 2 gigawatts.
La Région soutient ce projet à travers son fonds d’investissement. Hervé Morin estime qu’il s’agit d’« un projet industriel majeur et d’un véritable espoir ».

savoir-faire normand

Mardi soir, alors que l’ambassadeur de France au Royaume-Uni, Jean-Pierre Jouyet, recevait une délégation de la Région Normandie, les invités, des membres de groupes de réflexion, ont pu déguster un repas mettant en valeur les produits locaux, de la coquille Saint-Jacques en entrée à la glace au calvados au dessert. En effet le chef en poste à l’ambassade, Gilles Quillot, a convié un confrère membre des Toques normandes. C’est Patrick Danet, traiteur installé à Mondeville, qui a concocté le menu. « Je n’ai bien sûr pas refusé ! », sourit le cuisinier parti à 5 heures de Caen. Il faut dire que Gilles Quillot, qui officie depuis vingt ans à l’ambassade est lui-même Normand, originaire de la région de Caen. Une fonction dont il ne se lasse pas : « À chaque ambassadeur, ça change, on ne s’ennuie jamais ! »
  Violaine GARGALA