Billet de Florestan

Pour être à la fois souverain (donc libre) et respecté par les autres il faut être capable de:

1) De penser et d'agir par soi-même

2) De travailler avec les autres...

logo_haute_normandie

(Logo de la ci-devant région de Haute-Normandie dont la signification symbolique était la suivante: un demi-léopard normand nageant dans la Seine vers Paris en remontant le courant quitte à risquer la noyade...)

Sur le premier point, essentiel, confirmation qu'une partie des élites économiques et politiques rouennaises ont du mal à penser la nécessité d'une autonomie vis-à-vis de Paris ou de maîtriser les éléments les plus stratégiques de l'action régionale normande en cours faute de s'y intéresser sérieusement...

Le second point découlant naturellement du premier, nous n'y reviendrons pas pour l'avoir amplement traité ici: la métropole rouennaise n'est pas régionale mais corridorienne (axe Seine: Paris- Le Havre ou "Paris-Normandie") avec, pour conséquence, le maintien d'un vain clochemerle avec Le Havre et une ignorance teintée de mépris pour Caen au moment même où il nous faudrait affirmer enfin l'agglomération de Rouen comme métropole régionale d'équilibre du Nord-Ouest, c'est-à-dire de toute la Normandie avec un espace d'influence allant du Mans (Maine) à Amiens (Picardie) en passant par Chartres: une métropole régionale normande non pas enfermée, pour ne pas dire, naufragée sinon noyée dans son fleuve comme le demi léopard "haut-normand" d'un logo officiel ci-devant régional hélas par trop explicite, mais rayonnante au loin sur ces deux rives avec un travail de coopération avec Caen et Le Havre et l'ensemble  du réseau régional des villes normandes.

Comme il n'y a toujours pas de tête pensante rouennaise, il n'y a toujours pas d'équipe des villes normandes: sur le terrain de la Normandie, le conseil régional de Normandie est le seul à jouer ou presque.

Cette situation ne peut durer: certaines élites rouennaises doivent comprendre que la coopération avec leurs homologues du Havre et de Caen ainsi qu'une relation de confiance et de travail avec la nouvelle collectivité territoriale régionale de Normandie sont les deux seules et dernières chances historiques qui s'offrent à Rouen pour que l'ancienne seconde ville de France ne soit pas condamnée à n'être qu'une seconde Mantes-la-Jolie. Définitivement!

 Ci-après, quelques exemples à l'avenant pouvant, hélas, étayer symboliquement notre analyse:

1) Fusion portuaire: sur un sujet aussi essentiel pour l'avenir de la Normandie et de Rouen, il eut été préférable que les élus centristes municipaux rouennais accordassent leurs violons avec l'orchestre régional de Normandie dirigé par Hervé Morin, lequel a clairement dit qu'il ne soutenait la fusion portuaire dans la Vallée de la Seine qu'à la condition expresse que la direction du futur établissement portuaire soit située en... Normandie!

motion_rouen_au_centre_CM_10_d_cembre

2) Alors que nous sommes en pleine jacquerie fiscale et que nous subissons actuellement la plus grave crise sociale et politique depuis les années 1960, le MEDEF rouennais présidé par Yves Kérouédan ne trouve rien de mieux que d'inviter le patronat local, avec le concours de Les Républicains, à une conférence, le 8 janvier prochain dans un amphi de la NEOMA (????) Business school (sic!), avec Agnès Verdier-Molinié, la passionaria du tous à poil après passage d'un grand coup de rabot ultra-libéral dans la dépense publique. Son dernier essai, intitulé " En marche vers l'immobilisme" est présenté ainsi:

Agnès Verdier Molinié 8 janvier 2018 avec le MEDEF-1

« Le gouvernement ne va ni assez vite, ni assez loin dans sa politique de réforme de la France. Rien ne serait pire que de décevoir les Français en sombrant dans le piège de l'enlisement. Les quinquennats passent mais les urgences restent les mêmes : réduire les dépenses publiques et les impôts, mais aussi renforcer au plus vite la compétitivité des entreprises. »

On se demande sur quelle planète vit cette créature et si elle est au courant qu'il est obligatoire d'avoir un gilet jaune dans la boîte à gants de sa voiture en cas d'accident après une sortie de route suite à un tête-à-queue.

Des réformes il en faut, bien entendu, (par exemple: achever la décentralisation) tout comme il faut d'urgence réduire la pression fiscale en contrepartie d'une véritable justice fiscale et sociale (en luttant contre la fraude fiscale par exemple) dont l'absence alimente la colère de ceux qui, vêtus de gilets jaunes, ont parfaitement compris le lien direct entre leur pouvoir d'achat et le chiffre d'affaires des entreprises commerciales puisqu'ils bloquent désormais de façon préférentielle les centres commerciaux de périphérie les samedis et dimanches à quelques semaines de Noël. Le téléphone du Ministre de l'Economie, Bruno Lemaire, doit chauffer en ce moment et les cabinets ministériels parisiens sont en émoi jusqu'à l'Elysée: c'est ainsi qu'il faut se faire entendre en France lorsqu'on ne dispose pas d'un carnet d'adresses privilégiées... Du lobbying en jaune depuis les rond-points!

On attendra, donc, en vain que le Médef rouennais nous propose une conférence sur le projet métropolitain régional rouennais ou sur une politique d'intelligence économique territoriale en Normandie avec Rouen comme épicentre...  Puisque le Médef rouennais est dirigé par des gens qui n'ont toujours pas renoncé à l'idée d'un renoncement stratégique sous prétexte de pragmatisme, à savoir, la mise sous tutelle de l'agglomération rouennaise par les grands donneurs d'ordres parisiens. Ces messieurs du Médef de Rouen n'ont jamais accepté le retour de l'unité normande ou l'affirmation puissante d'une collectivité territoriale régionale nouvelle sur l'ensemble de la Normandie puisqu'ils sont, avant tout, en affaires avec la région parisienne.

3) Enfin, la CCI de Rouen-Dieppe continue de faire la moue lorsque la région Normandie obtient des résultats très positifs après s'être introduite avec audace dans leur saint des saints, à savoir, le conseil aux entreprises et le financement des projets industriels par une entrée directe au capital des entreprises et par la mise en oeuvre expérimentale pour une collectivité régionale d'un fonds souverain normand: au lieu de renforcer par leurs contributions et leurs connaissances ce bel outil stratégique pour le développement économique de la Normandie, les milieux consulaires et financiers rouennais font des mines de dégoûtés vis-à-vis de la Région alors qu'elle n'y est strictement pour rien dans le marasme actuel des chambres de commerce, ces "corps intermédiaires" ignorés par l'Etat central macronien sauf quand il s'agit de leur faire les poches!

Tout cela est bien dommage car il en va de l'avenir même de Rouen en tant que place financière régionale un tant soit peu souveraine!