BILLET de FLORESTAN

Déminéraliser et Renormandiser cette bonne ville de CAEN!

75 ANS après les bombes de 1944, 60 ANS après la fin de la Reconstruction qui a modernisé radicalement une vieille ville historique normande sur près de 50% de sa surface selon certains critères urbains de la seconde moitié du XXe siècle désormais périmés, il est temps, plus que temps de tourner la page pour écrire un nouveau chapitre de l'histoire d'une vieille ville historique normande...

Celle d'une nouvelle reconstruction qui, tout en parachevant ce que la première n'avait pas su faire (par exemple: restituer la qualité urbaine des espaces publics détruits en 1944), devrait préparer notre ville aux défis urbains d'un XXIe siècle placé sous le signe des conséquences du changement climatique tout en renouvelant un modèle urbanistique caennais à bout de souffle, à force de singer le modèle américain de l'étalement urbain dans le consumérisme automobile au risque d'une artificialisation des terres agricoles périphériques (alors qu'il nous faut reconstruire une périphérie verte dédiée à l'agriculture urbaine) et un dépérissement du centre-ville historique notamment en terme d'attractivité commerciale...

D'où cette formule qui tente d'embrasser l'ensemble des enjeux:

Déminéraliser et Renormandiser la ville de Caen!

1° DEMINERALISER la ville de Caen: Plantons des arbres pour noyer dans la verdure une architecture raide, austère, froide... insipide!

DEMINERALISER la ville de Caen notamment son centre-ville de la Reconstruction en plantant des arbres partout où il est techniquement possible d'en planter: le supplément d'âme qui manque à l'austérité, à l'ascétisme anguleux du béton des coeur d'îlots du quartier Saint-Jean et de ses artères circulantes bitumées ne se trouve que dans les arbres! Dans le cadre de l'actuel programme de renouvellement urbain des quartiers centraux datant des années 1950/1960 qui va débuter, a-t-on prévu le verdissement de ce centre ville hyper-minéral? Certains immeubles des années 1960 à l'architecture trop médiocre pour subsister vont être abattus à la pointe de l'île Saint-Jean au niveau du Rond-point de l'Orne: va-t-on restituer l'esplanade arborée de l'ancienne place d'Armes qui existait à cet emplacement avant 1944?

Une idée: planter un alignement d'arbres à haut jet et en port libre au début de la rue Saint-Pierre (dans la partie élargie après la Guerre). Aménager un jardin terrasse en belvédère sur le toit de l'immeuble commercial en béton qui ferme la rue Saint-Pierre sur le quartier des Quatrans (qu'il faut laisser dans la verdure par pitié!) avec des accès par ascenseurs dans l'arrière cour: ce dispositif très attractif de terrasse pour les cafés et restaurants permettrait de relancer l'intérêt commercial de la rue Saint-Pierre avec vue imprenable sur le clocher de l'église Saint-Pierre.

Une autre idée: magnifier l'écriture néo-hausmanienne de la première partie de la rue Saint-Jean (entre clochers Saint- Pierre et Saint-Jean) en élargissant les trottoirs et en plantant des tilleuls taillés en rideau pour souligner la cohérence de l'architecture. Aménager un parvis donnant sur le clocher Saint-Jean dans l'axe de la rue puisque cette dernière a été conçue par l'architecte de la Reconstruction pour mettre en valeur un dialogue visuel entre les deux clochers qui signent l'identité urbaine du centre-ville caennais: une mise en lumière du clocher Saint-Jean en accord avec celle prévue pour le clocher Saint-Pierre serait la bienvenue.

Rappel important: planter des arbres dans la minéralité urbaine lutte efficacement contre l'effet dit de l'"îlot de chaleur" pendant des étés qui risquent d'être de plus en plus caniculaires...

DEMINERALISER la ville de Caen c'est d'ABORD respecter le patrimoine végétal existant: à commencer par la Prairie autour du Parc Expo (puisqu'on prévoit de construire en arrière de celui-ci la future arène sportive caennaise sur un parking arboré situé en zone inondable). C'est, bien entendu, NE PAS COUPER LES TILLEULS de la parcelle "KX61" jouxtant la place de la République afin de créer le GRAND PARC PUBLIC D'ACCUEIL dans le centre ville historique depuis une promenade piétonne arborée traversant le parc de la préfecture, au départ de la Prairie...

DEMINERALISER la ville de Caen c'est AUSSI de rédecouvrir, revaloriser et reconstruire des patrimoines végétaux anciens et identitaires de la ville aujourd'hui méconnus, dégradés ou disparus: c'est d'insérer et de valoriser par l'art du jardin les anciens cimetières dormants des paroisses caennaises des XVIII et XIXe siècles dans un parcours et un réseau des parcs et jardins de la ville au lieu de n'avoir que des friches à gérer a minima et sans imagination avec du vandalisme sur les monuments funéraires qui tombent en ruine faute d'entretien...

C'est de SAUVER les abords du Manoir des Gens d'Armes (Toute première résidence de fin de semaine à la campagne construite à Caen en... 1530): ce chef d'oeuvre de la Renaissance caennaise dont il faudrait achever la restauration, devrait bénéficier d'un écrin de verdure et d'un beau jardin public dans ses alentours sur le thème de la Renaissance pour attirer les publics scolaires et les touristes: pour lors, ce n'est qu'une friche boueuse qui parfois sert de dépotoir!

DEMINERALISER, c'est aussi de relancer une vieille tradition caennaise: celle de l'hortillonnage et du verger urbain qui faisait l'attractivité et la prospérité des quartiers périphériques caennais comme celui de Saint-Gilles avec tous ses "clos" enserrés en leurs murs à espaliers (protection contre le gel) avec une abbaye-aux-Dames dont les religieuses assuraient la fortune en organisant le commerce des fruits et légumes caennais. Il faut restituer ces vergers fruitiers caennais: le réaménagement du clos Vaubenard (ex CHR Clémenceau) est le haut-lieu de cet enjeu!

Au delà de ces exemples emblématiques, il faudrait encourager partout en ville et dans tous les espaces disponibles, des expériences de verdissement, de jardins partagés dans les quartiers, entre voisins: ces expériences existent déjà ainsi que les associations qui les font vivre. Il faudrait généraliser et renforcer ces expériences sur toute l'agglomération caennaise en évitant la com et le "greenwashing" car il ne faut pas que d'excellentes initiatives citoyennes masquent utilement l'inaction des tartuffes officiels! Il faut de la cohérence à tous les niveaux et chez tous les acteurs sachant que l'exemple de la vertu publique doit surtout venir du perron de l'hôtel de ville!

DEMINERALISER c'est aussi ENCADRER SERIEUSEMENT l'activité des promoteurs immobiliers pour éviter qu'ils ne saccagent totalement la ressource urbaine qui les fait vivre!

C'est de les contraindre à la qualité architecturale et végétale, au respect du patrimoine existant avec des documents juridiques contraignants et, enfin! un Architecte des Bâtiments de France efficace et compétent! La situation caennaise, de ce point de vue, n'est guère exemplaire hélas! C'est pourquoi, nous saluons, une fois encore, le promoteur Edifidès qui par ses deux programmes en cours de réalisation à Caen, démontre qu'il est possible de créer des immeubles modernes qui n'agressent pas l'environnement urbain: c'est ainsi que l'ancienne villa Demogé, sa marquise, son perron, son jardin et son arboretum va être restaurée et valorisée dans la création d'une nouvelle résidence, avenue de Creully.

Conclusion: déminéraliser la ville c'est INTERDIRE toute opération immobilière de rénovation radicale sur table rase et excavation totale de la parcelle disponible surtout lorsqu'il s'agit d'un morceau de ville datant d'avant 1944! C'est ainsi que des coeurs d'îlots en pleine terre doivent être conservés (surtout en zone inondable!) et que le jardin situé en arrière du magnifique hôtel Daumesnil (XVIIe siècle classé MH) ne doit pas être loti puisqu'il y eut toujours sur cet emplacement... un jardin!

2° RENORMANDISER la ville de Caen pour ne plus en faire une ville médiocrement banale mais une ville AUTHENTIQUE qui assume son IDENTITE NORMANDE afin d'attirer les touristes étrangers, faire revenir les Caennais et les Normands à Caen pour l'intérêt de la ville afin de renouveler les chalandises locales:

Il faut cesser, de toute urgence, de confondre centre-ville avec centre commercant et centre commercant avec centre commercial.

L'activité commerciale n'est pas la CAUSE de la ville mais sa CONSEQUENCE:

Pour relancer l'activité commerciale du centre ville caennais il faut, au préalable, qu'il existe une ville à vivre et à visiter! Belle, agréable, intelligente et authentique si possible...

Il faut donc une reconquête de la qualité urbaine caennaise: cela passe par le patrimoine historique, monumental artistique et culturel d'une ville qui assume son identité normande.

Caen ne doit plus être une friche mémorielle entre deux débarquements: celui de 1066 et celui de 1944.

L'histoire très riche d'une vieille ville historique normande qui bénéficie du label "ville d'art et d'histoire" doit être, à nouveau, présentée à toutes et tous: or ce n'est toujours pas le cas alors que le potentiel est énorme. Puisque l'office du tourisme doit déménager dans l'ancienne orangerie de l'abbaye aux Hommes (et les services administratifs iront dans l'ancienne bibliothèque municipale), l'ancienne église Saint Etienne le Vieux ou les parties devant restées publiques de l'ancien palais de justice devraient accueillir ce musée d'art et d'histoire de la ville qui manque cruellement à notre ville qui n'est pas que du béton sur les ruines de la Guerre.

Bref! il n'y a pas que le Mémorial de Caen à Caen... Il faut aussi un "centre d'interprétation de l'architecture et du patrimoine" pour respecter enfin le cahier des charges du label "ville d'art et d'histoire".

Il n'y a donc pas que le Mémorial ou IKEA qui pourraient attirer du monde à Caen: ces deux grosses boîtes attirent, en effet, près d'un million de visiteurs par an mais elles sont sur le périphérique, pas dans le centre ville de Caen qui souffre d'un manque de flux de visiteurs ayant un pouvoir d'achat suffisant sachant que le revenu médian mensuel caennais est à 1600 euros par mois... La chalandise locale ne suffit plus.

L'intérêt régional de Mondeville 2 c'est son immense parking gratuit. L'intérêt régional, national et international du centre ville de Caen c'est Guillaume Le Conquérant, ses abbayes et son château: la ville de Caen l'a enfin compris et c'est tant mieux!

Renormandiser la bonne ville de Caen c'est donc retrouver les fondamentaux tel que le château de Caen: symboliquement il faudrait que Caen se dote enfin d'un logo qui fonctionne vraiment puisque les logos qui fonctionnent vraiment sont des modernisations graphiques des armoiries historiques. L'actuel logo, totalement abscons fait penser à un clochemerle municipal alors que les trois pointes rouges dressées vers le haut n'ont officiellement rien à voir avec les flèches de pierre de la superbe église Saint Etienne de l'ancienne abbaye-aux-Hommes qui abrite l'hôtel de ville depuis 1963.

Nous suggérons d'en revenir au code couleur fondamental de la ville de Caen:

Le rouge de la Normandie avec la tour (donjon) du château fondé par Guillaume Le Conquérant, tour figurant d'ailleurs toujours à la pointe de l'écu normand brodé sur les uniformes de la gendarmerie normande de la Basse-Normandie...

CAEN-14-02

Le vaste chantier de "requalification" des espaces publics du centre ville de Caen généré par le futur tramway (dont les voies seront engazonnées), donne l'occasion de créer un nouveau parc public central symbolique au coeur même de la ville, au pied des remparts du château dont l'histoire normande sera enfin valorisée tant à l'intérieur de l'enceinte qu'à l'extérieur. Une centaine d'arbres vont être plantés, dont des pommiers, un parc paysager associant une promenade dans les fossés du château va être crée.

L'épopée de Guillaume et de Mathilde, les deux grands personnages historiques normands tutélaires de la ville, va être enfin présentée et valorisée symboliquement dans l'espace public de la ville tandis que le clocher de l'église Saint Pierre deviendra, par sa mise en lumière, le phare des émotions collectives caennaises, normandes et nationales.

C'est bien! C'est même très bien que la ville ait enfin compris qu'il fallait DEMINERALISER et RENORMANDISER les espaces publics du château de Caen...

Cela rend donc encore plus inexcusable et regrettable le... PLANTAGE de la place de la République!