La Normandie urbaine a la chance d'être multi-polaire puisqu'on y a mis les "villes à la campagne" comme le dit joliment le célèbre humoriste honfleurais Alphonse Allais: une ville de 10000 habitants tous les 30 kilomètres et trois grandes villes de tête plutôt qu'une seule car à plusieurs, en principe, on est plus intelligent que tout seul...

Parmi ces trois grandes agglomérations urbaines (Caen, Rouen et Le Havre), attardons nous sur celle du Havre qui est devenue, depuis le 1er janvier 2019, le "Grand Havre" suite à la fusion de trois intercommunalités précédentes: 54 communes, 275000 habitants et 115 000 emplois.

Les échelles institutionnelles changent car il faut être plus efficace en terme de finances publiques.

En effet, les villes centres qui justifient les agglomérations qui sont autour s'épuisent et se dépeuplent avec le risque de passer sous certains planchers qui conditionnent l'octroi par l'Etat de la fameuse Dotation Globale de Fonctionnement, l'argent de poche de collectivités territoriales toujours considérées comme mineures en matière de finance tout en étant obligées par la loi de voter des budgets en équilibre alors que l'Etat central paternaliste n'y est pas tenu.

Pour maintenir le niveau des dotations financières, il faut donc grossir et mutualiser. Mais grossir et mutualiser pour quoi faire?

Organiser le développement d'un territoire commun de niveau régional et, qui plus est, ayant un intérêt national. Puisqu'il s'agit du "Grand Havre" qui vient de naître "outre l'eau", la question de la gestion d'un espace commun qui est celui de l'Estuaire de la Seine se pose plus que jamais et, si l'on devait considérer cet estuaire commun à tous les Normands dans la profondeur géographique de ses rives, il faudrait alors considérer les liens, les coopérations et les projets à mener en commun avec Caen-la-Mer à l'Ouest et Rouen Métropole Normandie à l'Est.

Lorsque les trois premières EPCI normandes auront stabilisé leur croissance, établi des frontières définitives et, surtout, réorganisé leur gouvernance interne (on pensera tout particulièrement à Rouen), il faudra alors relancer, sans tarder, la stratégie d'un pôle métropolitain normand unique au lieu de tenter, fort inutilement, d'en faire vivoter trois, sachant que l'épicentre se trouve sur l'Estuaire, en partie sur le territoire du Grand Havre.

L'aménagement de la Vallée de l'estuaire de la Seine pour en faire un pôle logistique maritime et industriel de niveau européen devrait être LE projet fédérateur de même que la création d'un archipel métropolitain régional avec ses pôles d'excellence spécialisés et complémentaires dans chaque ville: ce qui implique aussi d'améliorer très sensiblement la qualité des transports publics, notamment ferroviaires, entre Caen, Rouen et Le Havre.

La région Normandie en la personne d'Hervé Morin y est prête.

Mais elle est bien seule.

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Lire le dossier proposé par la Chronique de Normandie (Bertrand Tierce) n°565 en date du 14 janvier 2019:

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