Guillaume Lejeune, journaliste à Paris-Normandie a fait son travail avec honnêteté sinon courage sur un sujet délicat et qui nous tient à coeur puisqu'il s'agit de promouvoir le magnifique patrimoine de la Normandie médiévale dans le cadre d'une démarche innovante d'histoire publique, en l'occurrence, un parc d'attractions à thème sur les Vikings porté par le maire d'Evreux, Guy Lefrand... Sauf que, sauf que... Le diable niche dans les détails notamment financiers!

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INFO PN. Le parc viking aux portes d’Évreux mort-né à cause d’un montage financier ?

Loisirs. Porté par le président de l’Agglomération lui-même, ce parc d’attractions aux couleurs normandes, prévu à Gauville-la-Campagne, aux portes d’Évreux, pourrait être enterré avant d’avoir vu le jour. Explications.

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Un coup d’épée dans l’eau synonyme de nouveau coup dur pour Guy Lefrand ? Fortement contesté par des habitants de Parville et de Gauville-la-Campagne, où il doit être construit aux portes de la capitale euroise, le projet de parc viking pourrait ne pas sortir des cartons. Malgré la discrétion du président (LR) de l’Agglomération Évreux Portes de Normandie (EPN) et maire d’Évreux, qui en a fait l’un de ses domaines réservés, plusieurs indicateurs confirment que l’ambitieux parc d’attractions (50 ha) a du plomb dans l’aile.

Montage financier : ça se complique

Après avoir repoussé le vote de sa délibération portant sur la mise à disposition des terrains (DUP), au conseil communautaire d’octobre 2018, de crainte d’être mis en minorité par les élus, selon certains, pour une raison technique selon l’entourage de Guy Lefrand ; après avoir essuyé plusieurs manifestations hostiles ; et alors que les finances de l’Agglomération ne plaident pas en faveur d’un tel investissement (80 M€), comme le soulignent régulièrement des élus, c’est le montage financier lui-même qui, aujourd’hui, met ce projet en péril.

Ainsi, selon un document que Paris Normandie a pu consulter, la future société d’économie mixte à opération unique (Semop) bâtie par l’Agglomération présente une sacrée faille. Pour résumer, cette Semop, qui associe public et privé, ne peut compter plusieurs collectivités territoriales à son capital. Y figurent pourtant la Région et le Département, notamment.

20 M€ de subventions

Selon ce document, le Département et la Région ne peuvent plus participer légalement au capital. Et l’opérateur privé étant majoritaire dans cette Semop, ces collectivités n’ont plus la possibilité, dans ce cadre, de mettre la main au portefeuille et donc de subventionner ce parc d’attractions. Une aide sonnante et trébuchante qui reviendrait à aider une entreprise.

Pas moins de 20 M€ de subventions sont sur la table : 15 M€ de la Région Normandie et 5 M€ du Département de l’Eure.

« J’attends d’avoir tous les éléments »

« Le Semop n’est pas un sujet », nous a répondu du bout des lèvres Guy Lefrand, également vice-président de la Région, quand nous l’avons interrogé sur ce montage financier, mi-janvier 2019. Peu disert sur le projet du parc viking, dont l’ouverture était annoncée pour 2022-2023, et alors que bruisse de plus en plus sa remise en cause, le président de l’Agglomération concède seulement « attendre d’avoir tous les éléments pour trancher. Dans tous les cas, j’en informerai d’abord les élus. » Le dossier sera-t-il évoqué le 5 février 2019, date du prochain conseil communautaire à Évreux ?

Guy Lefrand (à droite) lors de sa visite dans le parc Walibi, en Belgique :

INFO PN. Le parc viking aux portes d’Évreux mort-né à cause d’un montage financier ?

Plus de concurrence directe

D’ici là, l’appel d’offres destiné aux investisseurs et exploitants est toujours d’actualité. Trois investisseurs potentiels ont retiré un dossier l’été 2018, comme s’en félicitait Guy Lefrand, mais combien iront jusqu’au bout ? Le retour des candidatures ne devrait pas être connu officiellement avant ce printemps.

Le maire d’Évreux voit, dans ce projet d’envergure, une manne pour l’emploi (150 contrats dont une très grande majorité de saisonniers) et un levier de l’attractivité touristique et économique locale : il vise les 500 000 visiteurs au bout de cinq ans. Sa visite dans un parc d’attractions en Wallonie, chez Walibi, en mai 2018, l’avait fortement inspiré.

Une chose est sûre aujourd’hui : l’autre projet de parc à thème (sur le Moyen Âge) qui devait s’installer dans l’Eure ne verra pas le jour dans le département. « Il n’y avait pas de terrain adapté à notre implantation... apparemment », explique Éric Fonteneaud, un Yvelinois passionné d’Histoire, porteur du projet baptisé Athanor. Plus de concurrence directe pour celui de Guy Lefrand. Et plus de parc du tout ?

« Une interrogation juridique »

Le montage financier peut-il enterrer le projet viking ? « Les services de la préfecture de l’Eure nous ont alertés sur une interrogation juridique liée à ce dossier. Cela ne remet pas en cause notre engagement à soutenir ce projet inscrit au contrat de territoire signé avec Évreux Portes de Normandie et la Région, nous a fait savoir le cabinet du président du Département de l’Eure, collectivité qui participe au capital et au financement via une subvention. Nous attendons qu’une étude juridique soit menée par le promoteur du futur parc pour trouver le montage qui permettra au Département de participer, comme prévu, au financement de ce projet. »
De son côté, la Région n’a pas souhaité répondre à nos questions.